Un médecin alerte sur une “tumeur insidieuse” qui touche chaque année plus de 2.500 Belges

Un médecin alerte sur une “tumeur insidieuse” qui touche chaque année plus de 2.500 Belges

La professeure Karen Geboes explique pourquoi le cancer de l’estomac est si difficile à diagnostiquer. © HLN

L’année dernière, plus de 2.500 Belges ont appris qu’ils étaient atteints d’un cancer de l’estomac ou de l’œsophage. “Le taux de survie est plus faible que pour le cancer du sein ou du côlon, par exemple”, explique la professeure Karen Geboes (UZ Gent). Elle détaille les facteurs de risque et les signaux d’alarme auxquels il faut être attentif.

Inge Stiers, Martin Ducrotois

8 août 2026, 20:08

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Bien qu’on les associe souvent, les cancers de l’estomac et de l’œsophage sont deux maladies bien distinctes. “Il existe d’ailleurs deux types de cancers de l’œsophage. Le premier se développe dans la partie supérieure de l’œsophage”, explique la professeure Karen Geboes, cheffe de service de gastro-entérologie à l’UZ Gent. “Formé sur un tissu œsophagien normal, ce type de cancer est lié au tabac et à l’alcool.”

“L’autre forme est due à l’œsophage de Barrett. Les patients concernés souffrent de reflux chronique, sans toujours s’en rendre compte. Lorsque l’acide gastrique remonte, l’œsophage cherche à se réparer. Et à chaque phase de guérison, des cellules anormales peuvent apparaître et former une tumeur. C’est une forme de cancer de l’œsophage qui ressemble davantage au cancer de l’estomac et que l’on observe un peu plus souvent chez les personnes en surpoids.”

“Seule une grosse tumeur à l’estomac se fera ressentir.”

Karen Geboes,Gastro-entérologue (UZ Gent)

“Le cancer de l’estomac, quant à lui, peut être lié à la bactérie Helicobacter, responsable d’une inflammation chronique de l’estomac. Il existe également une forme héréditaire de cancer de l’estomac, mais elle reste très rare.”

Pourquoi est-il trop tard lorsqu’on sent une tumeur dans le ventre?

D’après le médecin, toutes les tumeurs situées dans la région abdominale sont très sournoises. “Le système digestif doit laisser passer la nourriture. Une tumeur vient occuper de l’espace dans une cavité, mais tant qu’elle reste petite, on ne sent rien. Après tout, on ne sent pas non plus les aliments traverser le tube digestif. Résultat: une masse peut se développer dans le ventre sans provoquer le moindre symptôme. Seule une tumeur volumineuse donnera une sensation de satiété rapide. C’est pourquoi les tumeurs de l’estomac et de l’intestin sont souvent découvertes à un stade où des métastases sont déjà présentes.”

En revanche, une tumeur de l’œsophage se fait remarquer plus rapidement. “Ce type de lésion entraîne de la dysphagie. Les patients ont l’impression que les aliments restent bloqués derrière le sternum et vomissent souvent après les repas.”

Quels sont les traitements?

Le traitement du cancer du bas de l’œsophage et celui du cancer de l’estomac sont identiques. “D’ailleurs, lorsqu’une tumeur se situe exactement à la jonction entre l’œsophage et l’estomac, il est difficile d’en déterminer l’origine exacte. S’agit-il d’une tumeur de l’œsophage qui s’étend à l’estomac, ou de l’inverse?”

“Les tumeurs de l’estomac étaient surtout observées dans les années 1950 et 1960. La bactérie responsable est aujourd’hui moins fréquente dans notre pays.”

Karen Geboes,Gastro-entérologue (UZ Gent)

La radiothérapie, la chirurgie, la chimiothérapie et, de plus en plus, l’immunothérapie font partie des traitements préconisés. “Lors d’une intervention chirurgicale, nous retirons une partie de l’œsophage et nous faisons remonter l’estomac”, explique la professeure Geboes. “S’il faut opérer l’estomac, nous essayons toujours d’en préserver un morceau. Les suites de cette intervention sont comparables à celles d’un bypass gastrique: les patients ne peuvent plus manger que par petites quantités, mais leur qualité de vie reste généralement bonne.”

“Les petites tumeurs de l’œsophage ou de l’estomac peuvent être retirées par voie endoscopique ou curetées, comme pour des polypes. Le patient reçoit généralement de la radiothérapie et de la chimiothérapie en complément pour maximiser les chances de guérison.”

“En cas de métastases, certains patients peuvent recevoir de l’Herceptin ou de l’immunothérapie en plus de la chimiothérapie. Ces traitements ne sont remboursés que si le patient remplit les critères d’éligibilité, car ils ne fonctionnent pas sur toutes les tumeurs de l’estomac et de l’œsophage. Cela permet de gagner du temps, mais il s’agit rarement d’années. Le taux de survie reste inférieur à celui d’autres cancers, comme le cancer du sein ou du côlon.”

Les hommes plus touchés que les femmes

L’année dernière, un peu plus de 1.700 personnes ont reçu un diagnostic de cancer de l’œsophage, selon les données du Registre du Cancer belge. Pour le cancer de l’estomac, ce chiffre s’élève à près de 1.000.

Les deux cancers touchent plus fréquemment les hommes que les femmes. Les données les plus récentes indiquent que 503 hommes ont développé un cancer de l’estomac contre 421 femmes (chiffres 2024). L’écart est encore plus marqué pour le cancer de l’œsophage, avec 1.265 hommes diagnostiqués contre 447 femmes (chiffres 2025). Il n’existe pas d’explication tranchée à cette nette différence. Dans la majorité des cas, ces tumeurs apparaissent à partir de 45 ou 50 ans.

La bonne nouvelle est que le nombre de cancers de l’œsophage attribuables au tabac et à l’alcool tend à diminuer dans les pays occidentaux, tout comme le nombre de cancers de l’estomac. “Les tumeurs de l’estomac étaient très fréquentes dans les années 1950 et 1960, mais la bactérie qui en est responsable est aujourd’hui moins présente chez nous. En revanche, les tumeurs situées à la jonction œso-gastrique sont en augmentation, principalement en raison de l’obésité et d’un mode de vie moins sain.”

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