"Un projet colossal" : où est-on dans le réaménagement de la Vesdre, de ses affluents et des berges, cinq ans après les inondations?
Les inondations de juillet 2021 ont eu un impact considérable sur la vie des habitants de la vallée de la Vesdre. Et elles ont aussi mis en branle les certitudes jusque-là bien ancrées. "Que ce soit au niveau du SPW, des Communes, des services de secours…", rappelle Mathieu Massinon, attaché qualifié à la direction des cours d'eau non navigables au Service public de Wallonie (SPW). Les inondations ont vraiment chamboulé notre manière de voir les choses". Cette catastrophe a en effet montré qu'il fallait se doter d'une approche intégrée du bassin-versant.
Heure par heure, ce qui s'est passé lors des inondations en Wallonie en juillet 2021"C'est un projet colossal et c'est ça qui peut parfois dérouter l'opinion publique. Parce qu'on ne se rend pas compte de la charge de travail et des innovations qu'il y a derrière", lance-t-il. Dans un premier temps, la Région wallonne a procédé à des réparations et interventions urgentes (les fameux chantiers "Quick Win") pour un montant total de 16 millions d'euros. "C'était notamment enlever les embâcles, c'est-à-dire tous les éléments emportés par la crue et coincés au niveau des piles des ponts, pour rétablir l'écoulement. Ensuite, il s'agissait surtout de nettoyage. Et on a aussi par exemple placé des enrochements à Theux pour protéger la caserne." Ou encore élargi le coude la Nô à Pepinster. Un inventaire des désordres a été réalisé afin de prioriser les différents points. "Il y en avait 3500", précise Mathieu Massinon.
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Objectif : ralentir l'eau
En parallèle, le SPW Territoire a lancé des études, comme les schémas stratégiques et les plans de développement durable des quartiers. "Soit des visions urbanistiques à long terme pour essayer de rendre le territoire plus résilient. Pour nous, toutes nos vérités scientifiques sont tombées. C'étaient tellement des événements extrêmes que la manière de gérer d'il y a 15, 20 ou 30 ans n'est plus du tout bonne." Dans les années 60, la tendance était au tout à la mer le plus rapidement possible. "Ils ont rectifié les cours d'eau, pour les mettre les plus droits possible. Ils ont bétonné les berges et le fond du lit mineur pensant que plus vite on évacuait l'eau vers la mer moins on aurait de risque d'inondations. C'est un paradigme qui est faux."
Ce qui est privilégié aujourd'hui, c'est une reméandration et une renaturation, avec pour objectif de ralentir l'eau. "Pour qu'elle ait le temps de retourner dans les sols." Cela implique de revoir la gestion des forêts, des zones agricoles et l'urbanisation. Pour cela, il a fallu recueillir de nouvelles données pour disposer d'une topographie après catastrophe. A ensuite été développée, avec l'ULiège, la convention de recherche Modrec. "Ce n'est pas un catalogue de mesures, avec une liste de travaux à faire. Il faut pouvoir voir ça comme une calculatrice qui a été développée pour nous permettre d'évaluer tous les scénarios d'aménagement et de voir lequel est le plus pertinent." Un outil de modélisation hydraulique qui pourra d'ailleurs être transposé à d'autres bassins-versants que celui de la Vesdre.
Des travaux en cours à Limbourg, Pepinster, Theux et Spa
L'année 2026 marque donc le début d'une dizaine de chantiers sur la vallée de la Vesdre. C'est SPI, l'Agence de développement territorial pour la province de Liège, qui avait déjà été mandatée par la Région wallonne pour la réalisation des travaux "Quick Win", qui a été choisie pour être le maître d'œuvre. "On prend en charge les discussions avec les Communes, les riverains ou encore les impétrants, comme l'AIDE pour les canalisations qui passent dans la Vesdre", détaille Benjamin Servais, chef de projet chez SPI. Sont aussi concertés le DNF et les fédérations halieutiques et de pêche.
Pour ces grands chantiers structurants, la Région wallonne bénéficie d'un prêt de 300 millions € de la Banque européenne d'investissement. Parmi les conditions de ce prêt figurent bien sûr la réduction du risque d'inondation mais aussi la mise en place de solutions en faveur de la nature. "On pense tant au surplus d'eau qu'à la diminution du rythme d'eau, aux sécheresses", assure-t-il.

À Pepinster, vient de commencer le chantier de rénovation de la passerelle du CPAS (pour un montant de 350 000 €)."Ce pont est bas et repose sur une culée qui fait bouchon. On va retirer cette culée pour élargir et remonter la passerelle pour qu'elle soit à une hauteur suffisante en cas de fortes pluies", note Benjamin Servais. En septembre, début octobre, il est prévu de procéder à la prolongation, en amont, de l'élargissement du coude de la Nô. "C'est le point chaud de la Hoëgne à Pepinster", rappelle Benjamin Servais.
À Theux, trois chantiers débutent cet été. "On est en train de démolir le gros barrage, dit Raxhon, au niveau de la rue des 600 Franchimontois, à l'arrière. À nouveau, ça ne se voit pas parce qu'on est sur une parcelle privée." Sa disparition va faire diminuer la ligne d'eau de 1,5 mètre au moins. "Il y aura plus de fluidité et on va mettre en place un système de gestion piscicole pour permettre le passage des poissons." Les travaux ont démarré du côté de l'avenue Reine Elisabeth à Juslenville. "On va reconsolider la berge et la culée du pont des deux côtés pour la partie récréative et, à l'arrière, on élargit une zone, pour en faire une zone humide. Le ruisseau du Wislez, qui est canalisé, va être rouvert et on installera une passerelle", poursuit le chef de projet. La phase 1, autour du centre sportif, pourra, elle, commencer en août.

À Limbourg, l'un des chantiers emblématiques concerne la remise à ciel ouvert du Rhuyff. Une opération en cours. Les acquisitions et démolitions des maisons, notamment au niveau du quartier du Vieux Moulin, ont aussi été opérées par la Commune, très impliquée dans ce projet. "On fera de cette zone un parc inondable. On espère pouvoir commencer en 2027. C'est un marché qui va être attribué à plus ou moins 8 millions € au final, précise Benjamin Servais. L'objectif est vraiment de permettre à l'eau de prendre de l'espace et que tout ce qui sera mis, au niveau récréatif, puisse être inondé."
Reconstruction post-inondations à Dolhain : de nouvelles acquisitions et un auteur de projet uniqueÀ Spa, on retrouve évidemment le chantier du lac de Warfaaz. "On est en train de finir la phase d'évacuation des terres pour récupérer une capacité de stockage, de 163 000 m³ potentiels. Le niveau du bassin va être rabaissé d'un mètre par rapport à son ancien niveau et, par un système de vannage, lors d'alertes de crues, on sait ouvrir pour évacuer l'eau avant, pour qu'on puisse en accueillir davantage", décrit le chef de projet. La 2e phase du marché est en voie de finalisation. "Il y aura un effet de suivi entre les deux phases." À cela s'ajoute la restauration des voûtes du Wayai.

Enfin, à Verviers, les premiers chantiers devraient être lancés fin de l'année. "Les cahiers des charges sont en fin de dépôt. Ils concernent surtout Verviers-Est. Là, on ne sait pas trop aller chercher de l'élargissement donc on va plutôt consolider avec des murs pour éviter les dents creuses et enlever les barrages." Cela ira des Surdents jusqu'à la rue Haute-Crotte, en passant par Renoupré (sur la commune de Dison). "On réalisera aussi des travaux rue des Hospices et rue des Alliés. La modélisation, allant du parc Marie-Louise jusqu'à la sortie (NDLR : et donc jusqu'à Ensival), sera présentée à la Commune dans les prochains jours."
D'autres chantiers de reconstruction et de prévention sont encore en cours d'élaboration et devraient s'échelonner au moins jusqu'en 2028. Pour suivre l'évolution de ceux-ci, il suffit de se rendre sur la plateforme Rives, créée à cet effet.
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