Des routes commerciales à l’époque précoloniale

Des routes commerciales à l’époque précoloniale

Une nouvelle étude archéologique ayant réuni des chercheurs de l’Alberta, de la Colombie-Britannique et de la Saskatchewan s’est employée à analyser des artefacts en jade mis au jour à l’est des Rocheuses. Cela a permis aux chercheurs de mettre en lumière les vastes réseaux commerciaux des peuples autochtones qui sillonnaient l’Ouest canadien avant l’arrivée des colons européens.

Le jade est un outil très solide et résistant, fabriqué à partir d’une pierre du même nom qui se décline dans plusieurs nuances telles que le vert émeraude, une couleur olivâtre ou encore une nuance blanchâtre.

Pendant plus de 3000 ans, des communautés autochtones dans le centre et le littoral de la région du nord-ouest du Pacifique ont soigneusement poli et taillé cette pierre pour fabriquer des lames, des ciseaux et des têtes de hache, qui servaient à leur tour à tailler le bois qui assurait leur subsistance.

1000 ans de présence dans les Prairies

Certaines de ces pierres ont traversé les Rocheuses il y a environ 1000 ans, comme l’explique Todd Kristensen, archéologue et auteur principal de l’étude (nouvelle fenêtre) (en anglais). Elles ont depuis été retrouvées en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba.

Les chercheurs ont voulu percer le mystère entourant la découverte de ces outils à l’est des Rocheuses.

Comme le note Todd Kristensen, si l’utilisation du jade néphrite par des peuples en Colombie-Britannique avant l’arrivée des Européens avait déjà été bien documentée, ce n’était pas le cas en ce qui concerne l’Alberta et la Saskatchewan, où il n’y avait pas de gisements et de traces de fabrication locale.

Alors, d’où provenaient ces objets et comment sont-ils arrivés là?

En analysant les 24 hachettes celtiques en néphrite répertoriées à l'est des Rocheuses au cours des 75 dernières années, l’équipe a pu confirmer leur composition minérale et leur origine à l'aide d'un appareil portable à fluorescence X, d'une spectrométrie gamma et de tests de densité.

Un graphique répertoriant tous les sites connus où des haches en jade ont été découvertes à l'est des Rocheuses.

Ce graphique répertorie tous les sites connus où des haches en jade ont été découvertes à l'est des Rocheuses.

Photo : Archaeological Survey of Alberta

La vallée du Fraser comme lieu d'origine

Les résultats ont prouvé que chaque spécimen provenait de la région de la vallée du fleuve Fraser, en Colombie-Britannique.

L'étude suggère que les artisans salish de l’Intérieur des terres auraient pu faire du commerce avec des groupes dénés voisins, qui auraient ensuite transporté les haches vers l’est, à travers les Rocheuses, pour les partager avec leurs proches dénés et les communautés cries ancestrales.

Une autre hypothèse est que des groupes dénés venant du nord de l’Alberta et se dirigeant vers l’ouest pour participer à des foires commerciales dans la région du fleuve Fraser auraient pu acquérir ces haches et les ramener chez eux.

Des Salish effectuant des voyages vers l’est dans les vallées fluviales montagneuses de l’Alberta auraient aussi pu commercer directement avec des Dénés de l’ouest.

Les conclusions de la nouvelle étude archéologique, qui a été évaluée par des pairs et publiée dans le North American Archaeologist, suggèrent que ces outils, également connus sous le nom de celts en jade, n’avaient pas qu’un rôle fonctionnel, ils étaient également des objets de prestige très convoités dans les Prairies.

La fabrication d’une hachette en néphrite de petite taille, incluant le travail de meulage et de polissage, prenait souvent plus de 100 heures, tandis que celle des pièces plus grandes pouvait nécessiter jusqu’à 500 heures de labeur.

Des peuples pas isolés

Comme le fait remarquer Todd Kristensen, l’étude a permis par ailleurs de montrer que les peuples autochtones n’étaient pas que des chasseurs et des cueilleurs, mais qu’ils étaient aussi des commerçants.

Kisha Supernant, directrice de l’Institut d’archéologie des Prairies et des peuples autochtones de l’Université de l’Alberta, abonde dans le même sens.

Selon elle, cette recherche remet en cause l’idée selon laquelle les groupes autochtones de la période précoloniale étaient isolés et démontre, au contraire, l’existence de liens humains et de déplacements sur de longues distances à travers l’Ouest canadien.

Selon M. Kristensen, l’étude s’est largement appuyée sur la science citoyenne, car la quasi-totalité des 24 celtes en néphrite qui avaient été découverts dans les Rocheuses l’avaient été par des agriculteurs et non lors de fouilles archéologiques.

À l'avenir, l'équipe de recherche prévoit de collaborer avec les communautés autochtones afin de croiser ses découvertes avec les récits oraux traditionnels.

D’après un texte (nouvelle fenêtre) de Wallis Snowdon