Verra-t-on bientôt des castors dans les Hauts Pays? "C'est une question de temps"

Verra-t-on bientôt des castors dans les Hauts Pays? "C'est une question de temps"

Il n'a pas encore montré le bout de ses dents dans les cours d'eau du Parc naturel des Hauts Pays. Mais le castor se rapproche progressivement du territoire et son arrivée semble désormais inéluctable. "Si aucune trace de son passage n'a encore été observée à ce jour, sa présence au sein du Parc naturel semble désormais n'être qu'une question de temps", explique Benjamin Abrassart, chargé de mission nature et développement au PNHP.

Le castor avait disparu de Belgique au XIXe siècle, notamment en raison de sa chasse pour sa viande et son castoréum, une substance utilisée en parfumerie et en médecine. Son retour s'amorce à la fin du XXe siècle, via notamment des lâchers illégaux depuis l'Allemagne. Depuis, l'animal poursuit naturellement sa progression en Wallonie. Natagora estime aujourd'hui la population entre 600 et 1 000 individus, répartis sur environ 250 territoires. Mais surtout, "un quart des sites potentiels d'implantation du castor européen en Wallonie ont été recolonisés à l'heure actuelle".

Autrement dit, le castor poursuit son bonhomme de chemin. Et il devrait donc prochainement débarquer dans les Hauts Pays. Le PNHP réfléchit déjà à cette arrivée. "Nous sommes en réflexion afin de sensibiliser les citoyens, acteurs et gestionnaires des cours d'eau pour qu'une cohabitation puisse avoir lieu", indique Benjamin Abrassart.

Car si le castor est un allié précieux de la biodiversité, sa présence peut aussi modifier les cours d'eau. Sur les petits ruisseaux, il construit notamment des barrages afin de maintenir une hauteur d'eau suffisante pour protéger l'entrée de son terrier ou de sa hutte. Ces retenues peuvent recréer des zones humides, favoriser de nombreuses espèces et ralentir les écoulements.

L'enjeu sera donc d'anticiper les éventuels conflits plutôt que de les subir. Natagora rappelle d'ailleurs qu'une bande riveraine de 10 à 20 mètres peut suffire à éviter une grande partie des problèmes de cohabitation.

Le castor inspire déjà le PNHP

Même si le castor n'a pas encore été repéré chez nous, il inspire déjà le PNHP. Une technique de régénération "low-tech" des milieux rivières, développée aux États-Unis et désormais utilisée en Europe, s'inspire directement de son écologie.

"L'idée est de reproduire certains processus naturels liés à l'activité du castor afin de régénérer les milieux rivières de manière simple et peu coûteuse", explique Benjamin Abrassart.

Concrètement, il s'agit de réaliser de petits aménagements qui reproduisent certains effets des barrages de castors : ralentir l'eau, favoriser son stockage et maintenir davantage d'humidité dans les milieux. Un principe particulièrement intéressant après les conditions climatiques extrêmes vécues cet été, entre sécheresse, fortes chaleurs et incendies. "Les recherches menées aux États-Unis par l'écohydrologue Emily Fairfax ont notamment montré l'impact positif des ouvrages de castors sur la préservation des habitats lors des feux de forêt", souligne le responsable du PNHP.

Alors que la Belgique vient de connaître le plus important incendie de son histoire dans les Hautes Fagnes, l'intérêt pour ces solutions naturelles prend forcément une résonance particulière. Le castor n'est donc pas encore arrivé dans les Hauts Pays. Mais, visiblement, le territoire a déjà beaucoup à apprendre de lui.