Vincent Bolloré, le Super Tartuffe de la présidentielle

Vincent Bolloré, le Super Tartuffe de la présidentielle

Pour aller plus loin

Il n’est pas candidat à l’élection présidentielle, mais fait tout pour dicter son agenda réactionnaire. A 74 ans, le temps presse pour le milliardaire Vincent Bolloré. Ses objectifs ? Sceller l’union des droites, restaurer une France « fille aînée de l’Eglise », ratiboiser les dépenses publiques et combattre ce qu’il nomme la « submersion migratoire », « l’islam conquérant » et l’idéologie woke. Pour cette croisade, l’ancien corsaire de la finance devenu propriétaire d’un empire médiatique emploie toute sa puissance industrielle. CNews, Europe 1, « le Journal du Dimanche », Fayard ou Grasset… Partout, la même méthode s’applique : un contrôle éditorial de fer, des propagandistes zélés et des têtes d’affiche ancrées à l’extrême droite.

« Le milliardaire consacre désormais tout son temps et une partie de sa fortune colossale à mener une guerre culturelle et politique », résument nos journalistes Clément Lacombe et Camille Vigogne Le Coat, qui ont enquêté plus d’un an pour percer les secrets de cette éminence grise. Dans « la Droite de Dieu » (Les Arènes), dont nous publions des extraits exclusifs, ils brossent le portrait saisissant d’un milliardaire obsédé par le salut de son âme qui ne se confie qu’à un quarteron d’abbés traditionalistes voués, comme lui, à la « reconquête chrétienne ». Et peu importe que le père Gabriel Grimaud, son confesseur depuis trois décennies, ait été accusé à plusieurs reprises d’agressions sexuelles. Ces affaires prescrites n’ont pas dissuadé notre Tartuffe de lui confier la direction du foyer Jean-Bosco, centre d’accueil d’étudiants catholiques où règne un climat de harcèlement moral et de violence psychologique. C’est là que Vincent Bolloré assiste à la messe, souvent en compagnie de son vieil ami Nicolas Sarkozy, ex-président touché par la grâce lors de son séjour à la prison de la Santé.

En politique, le magnat cherche le missionnaire idéal. « C’est simple, je veux quelqu’un qui soit libéral économiquement, mais avec le programme du Rassemblement national, très fort sur le régalien », a-t-il confié à Valérie Pécresse en 2021. Dont acte. Bolloré a d’abord donné carte blanche à son ami Eric Zemmour, première star réac de sa chaîne CNews. Mais l’auteur du « Suicide français » n’a fini par obtenir que 7 % des suffrages. Dépité, le milliardaire breton a ensuite jeté son dévolu sur le jeune Jordan Bardella. Populaire, l’étoile montante du RN présentait à ses yeux l’avantage de défendre une trajectoire économique probusiness et une stratégie de fusion des droites. Jusqu’à ce que la cour d’appel de Paris lève l’inéligibilité de Marine Le Pen, l’autorisant à se présenter pour la quatrième fois à l’élection présidentielle.

Un caprice de la Providence pour Vincent Bolloré, qui ne prise guère la cheffe du RN : il lui reproche ses lacunes en économie, ses lubies sociales et son isolement partisan. Mais le milliardaire breton se défie bien plus de la « droite molle et centriste » incarnée selon lui par Edouard Philippe. Bruno Retailleau ? Le catholique vendéen conservateur l’a un temps séduit, puis décontenancé. Le patron s’énerve de son refus de s’allier avec l’extrême droite. Pour tourner la page du règne d’Emmanuel Macron, qu’il exècre toujours plus depuis l’arrêté d’expulsion de sa protégée, la propagandiste poutinienne Xenia Fedorova, Vincent Bolloré ne peut miser que sur la favorite des sondages Marine Le Pen… Tout en s’employant à « corriger » sa ligne économique. Sus à la dépense publique ! C’est le sens de la publicité faite au « Casse du siècle », brûlot poujadiste de Sarah Knafo. Si besoin, la jeune énarque droitière a le profil idoine pour prendre la relève de son mentor Eric Zemmour.

Sous pression, Marine Le Pen a déjà changé de religion. Si elle maintient sa vieille promesse de rétablir la retraite à 62 ans, la candidate du RN affiche un nouveau rigorisme en matière de finances publiques : adoption d’une règle d’or limitant le déficit budgétaire à 3 % du PIB et proposition, dès 2027, d’un plan d’économies drastique de 125 milliards d’euros. Vincent Bolloré devrait apprécier. Les pièces de sa machine de guerre présidentielle se mettent méthodiquement en place. 

Par  Sylvain Courage