Vol d’une montre de luxe à Monaco : prison ferme pour les deux prévenus qui échappent de peu à la peine maximale
Une semaine après avoir été interpellés par la Sûreté publique puis incarcérés pour avoir arraché une montre sur le port à Monaco, les deux voleurs argentins partent en détention pour plusieurs années.
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S.T
Sacha Tisic
Créé le 24 juillet 2026 • 21:30
Mis à jour le 24 juillet 2026 • 21:30
Sébastien Botella / Nice-Matin
Cinq jours après le renvoi du dossier, l’heure de vérité. Ugo et Gabriel arrivent menottés face au tribunal correctionnel de Monaco. Les deux trentenaires argentins arrêtés et incarcérés pour un vol de montre sur le port Hercule comparaissaient ce vendredi 24 juillet 2026 pour répondre de leurs méfaits, au préjudice d’un influenceur réputé en Principauté. Pour introduire l’audience, tout en rappelant le déroulé des événements, le président du tribunal Florestan Bellinzona indique que les débats auraient pu être tout autres si certaines circonstances aggravantes avaient été retenues.
« Vendredi 17 juillet dans la soirée, le requérant va dénoncer un vol avec violence. Même si vous êtes prévenus pour un vol simple. Un vol avec violence est un crime ici, qui est passible de 10 à 20 ans de réclusion criminelle. Ceci étant dit, la victime explique passer la soirée en famille avec sa fille de cinq ans. Ils dînent dans un restaurant sur le port. Et au moment d’y retourner, un individu, Gabriel, vient à côté de lui et le projette au sol pour lui arracher sa montre, une Patek Philippe [5131 world time, dont l’estimation du modèle précis se situerait davantage autour de 120 000 euros, NDLR] », relate-t-il.
Une action calculée ?
Grâce à l’exploitation des images de vidéosurveillance par la Sûreté publique, les suspects sont rapidement arrêtés en Principauté. La montre est retrouvée dans le caleçon de l’un des coauteurs. « Ce qui ressort des images, c’est que Gabriel court pour rejoindre le scooter conduit par Ugo au niveau de la place Sainte-Dévote. On constate également que Gabriel a changé de tenues à plusieurs reprises. Et qu’ils apparaissent devant la table où la victime et sa famille étaient installées », énumère le président, précisant par ailleurs que le deux-roues avait été loué en France.
Un plan millimétré donc ? « On y a pensé sur le moment. On n’y avait pas réfléchi avant. Les montres, c’est un domaine que je ne connais pas », plaide Gabriel. Le tribunal n’y croit pas franchement : « Pas de bol… vous tombez sur un modèle à plus de 100 000 euros et non pas sur une Swatch. »
Pour Florestan Bellinzona, plusieurs éléments vont dans le sens d’un mode opératoire planifié en amont. « Vous avez le temps de vous changer, de vous mettre d’accord sur un lieu de rendez-vous, vous faites du repérage… ce n’est pas un "coup de tête". » L’influenceur parle quant à lui de « professionnalisme » dans le passage à l’acte. Le président se pose aussi quelques questions sur la présence des deux prévenus en Europe depuis deux mois. En Italie précisément. Gabriel et Ugo - répétant de laconiques excuses la tête baissée - invoquent des raisons professionnelles. Là encore, le tribunal est perplexe.
Me Rapaire représentant les intérêts d’Ugo balaye la préméditation et demande « la clémence de l’action publique » au regard de la reconnaissance immédiate des faits et « du rôle secondaire » exercé par son client, qui pilotait le deux-roues. « Six attestations de bonne moralité ont été délivrées depuis l’Argentine. Ugo est intégré à la société et on ne comprend pas pourquoi on le retrouve devant nous aujourd’hui. C’était un vol d’opportunité », assure-t-elle.
Interdiction de paraître à Monaco pendant 10 ans
Dans ses réquisitions, le substitut du procureur général Frédéric Cousin dénonce « l’extrême violence » de l’acte dans « la quiétude du moment familial », tout en soulignant la dimension traumatisante pour la victime et sa fille. « Elle est choquée », confirme avec colère l’influenceur, « qui demande la peine maximale ». Soit cinq ans de prison ferme. Un an de plus que les réquisitions du procureur, qui demande quatre ans ferme et une interdiction de paraître en Principauté pendant 10 ans.
« Je suis surpris par l’ampleur de ces réquisitions. Ce qui les motive, ce n’est pas la justice mais de contenter l’opinion publique », lance Me Gamerdinger, partageant également une « difficulté » rencontrée lors de la préparation de ce dossier. « On nous prévient un lundi à 8 h 30 pour une audience qui se tient à 11 h et on nous donne le dossier à 10 h. C’est irritant car quand on a les moyens de faire un communiqué pour le transmettre à Monaco-Matin le dimanche, nous, on doit attendre le lendemain matin pour être au courant. »
Le tribunal a suivi les réquisitions du procureur : quatre ans de prison ferme pour les deux Argentins, plus d’escapade à Monaco pendant 10 ans une fois libres, et l’obligation de verser 4000 euros à la victime, constituée partie civile. La défense examine la question d’un recours.
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