Avec 14 récompenses, cette série est la grande gagnante des Emmy Awards 2026
L’île hantée de Widow’s Bay a séduit les téléspectateurs, mais aussi les jurés des Emmy Awards. Après le triomphe de la mini-série Adolescence en 2025, sacrée à six reprises au cours de la même soirée, la 78e cérémonie des Emmys s’est tenue ce 14 septembre 2026 au Peacock Theater, au cœur de Los Angeles. L’événement, considéré comme l’équivalent des Oscars pour la télévision américaine, récompensait une nouvelle fois le meilleur des séries de la saison. Et cette année, une production s’est particulièrement distinguée : Widow’s Bay, créée pour Apple TV, a dominé le palmarès avec pas moins de 14 récompenses. Parmi elles, le prix du meilleur scénario pour sa créatrice Katie Dippold et celui de la meilleure réalisation pour Hiro Murai. La série entre ainsi dans l’histoire des Emmys en établissant un nouveau record pour une comédie, dépassant les 13 trophées remportés l’an dernier par The Studio.
La soirée a également consacré Matthew Rhys, qui est devenu la première personne à remporter, au cours d’une même cérémonie, deux prix d’interprétation dans les catégories principales. Le comédien britannique a en effet été sacré meilleur acteur dans une série dramatique pour Widow’s Bay, mais aussi meilleur acteur dans une mini-série pour The Beast in Me. Une double victoire qu’il a attribuée, avec son habituelle pointe d’humour, à la créatrice de Widow’s Bay : “Tout cela est uniquement dû à l’esprit dépravé et tordu de Katie Dippold, et son génie réside véritablement dans les recoins de son cerveau dérangé.”

© Robert Clark / Apple TV / Courtesy Everett Collection
Widow’s Bay, la révélation télévisuelle de 2026
De quoi parle donc la série qui a conquis à la fois le public et les professionnels de l’industrie ? Widow’s Bay nous entraîne sur une île de Nouvelle-Angleterre, au cœur d’un petit port de pêche dont la réputation de territoire maudit n’empêche pas le maire, Tom Loftis, de nourrir de grandes ambitions. Un peu dépassé mais déterminé, celui-ci rêve de transformer sa commune en destination touristique à la mode pour les vacanciers de la côte Est. Un projet qui s’annonce compliqué, entre les superstitions locales et les phénomènes inquiétants qui semblent confirmer que la malédiction de l’île n’appartient peut-être pas seulement au folklore. L’horreur est évidemment l’élément le plus immédiatement identifiable de la série. Brouillard, sursauts et scènes gores sont savamment distillés, suffisamment pour installer une véritable tension, mais sans jamais prendre le pas sur le reste. Car Widow’s Bay est aussi une comédie, qui navigue entre l’humour de bureau et la chronique familiale.

© Robert Clark / Apple TV / Courtesy Everett Collection
Tom doit ainsi composer avec toute une galerie de personnages aussi excentriques que lui : des locaux pour la plupart, dont les membres pour le moins incompétents de son équipe municipale. Mais à l’horreur et à la comédie vient s’ajouter une troisième dimension : celle du drame d’une petite ville et de ses habitants. Ces derniers constituent le véritable cœur de Widow’s Bay et incarnent, chacun à leur manière, la communauté dans laquelle ils évoluent. Ils ont leurs soucis et leurs joies, leurs obsessions, mais aussi leurs petites bizarreries. La série prend le temps de les regarder autrement que comme de simples ressorts comiques, révélant progressivement ce qui se cache derrière leurs comportements parfois absurdes. Patricia en est sans doute l’un des exemples les plus frappants. Maladroite et profondément solitaire, elle porte également les séquelles de l’ostracisme qu’elle a subi pendant des années de la part de ses camarades de lycée, devenues aujourd’hui des femmes plus ou moins matures... Une blessure ancienne qui continue de peser sur sa vie et rappelle que, derrière les phénomènes surnaturels, la série s’intéresse à toutes les manières dont on peut être hanté. Et, à l’échelle d’une communauté, le mal peut prendre des formes bien plus ordinaires qu’un spectre surgissant dans l’horizon brumeux.
À l’instar des meilleurs films d’horreur, la série joue ainsi sur une idée aussi simple qu’inquiétante : les fantômes ne sont peut-être pas le plus grand des dangers. Derrière eux se cachent des maux bien plus familiers, tels que la solitude, le rejet et les rancœurs du passé. Et si l’île de Widow’s Bay est bel et bien hantée, ses habitants ont peut-être finalement bien plus à craindre les uns des autres que des esprits qui la peuplent.