YouTube fait une flopée d'annonces, et l'IA prend clairement les commandes, mais pas encore partout !

YouTube fait une flopée d'annonces, et l'IA prend clairement les commandes, mais pas encore partout !

Lors de sa grand-messe annuelle, YouTube a dévoilé mercredi une belle salve de nouveautés, beaucoup infusées à l'intelligence artificielle, du montage vidéo au shopping. Toutes ne débarqueront pas en France, en tout cas pas tout de suite.

Lors de Made on YouTube 2026, YouTube a dévoilé une série de nouveautés dopées à l'IA pour les créateurs et les spectateurs. © YouTube

Lors de Made on YouTube 2026, YouTube a dévoilé une série de nouveautés dopées à l'IA pour les créateurs et les spectateurs. © YouTube

Depuis le début de l'année, YouTube a déjà déployé plus de 3 000 mises à jour, et dire que la plateforme en gardait encore sous le coude pour Made on YouTube, son grand rendez-vous annuel. « Les créateurs YouTube façonnent la culture d'aujourd'hui », a rappelé mercredi son patron, Neal Mohan, qui veut que la technologie du célèbre service vidéo et audio de Google « garde toujours une longueur d'avance » sur la façon dont le monde crée, découvre et se rassemble. Au programme de cette édition 2026, donc, on retrouve une production assistée par IA, de nouvelles façons de gagner de l'argent pour les créateurs et, côté spectateurs, une page d'accueil que l'on compose en une phrase. Le menu est copieux, cela va sans dire, même si une partie restera, pour l'instant, réservée aux Américains ou aux anglophones.

Plus de 20 millions de vidéos sont mises en ligne chaque jour sur YouTube, et leurs auteurs viennent raconter leurs histoires, « pas pour se laisser submerger par les tâches de montage, de packaging et de gestion de chaîne », explique Neal Mohan. Le remède s'appelle Ask Studio, l'assistant IA de YouTube Studio. Dès cet automne, il saura commenter un brouillon de vidéo à la lumière des contenus passés et des commentaires reçus. Il pourra aussi générer des titres, ainsi que des miniatures calquées sur le style habituel de la chaîne. Ces deux fonctions seront réservées au Programme Partenaire. Au même moment, l'assistant s'invite sur iOS et Android. Les statistiques font elles aussi peau neuve. Prévu cet automne, Insights ne se contentera plus d'aligner des chiffres mais expliquera le « pourquoi » des résultats, comme un autre géant, Amazon, le fait pour ses vendeurs avec le Seller Assistant. Déjà ouvert à une sélection de créateurs, le flux Research décortique enfin ce qui fonctionne sur la plateforme pour souffler idées, titres et miniatures.

Autre nouveauté prometteuse : l'A/B testing vidéo. L'A/B testing est déjà en place pour les titres et miniatures des vidéos, et c'est d'ailleurs un outil formidable. Mais l'an prochain, un créateur pourra importer jusqu'à trois montages d'une même vidéo ou d'un Short, avec des accroches, des rythmes ou des structures différents, pour voir lequel captive le mieux son public. Les miniatures suivent la même logique. D'ici la fin de l'année, une sélection de créateurs pourra en proposer trois par vidéo, et le système servira la plus percutante à chaque segment de spectateurs. Début 2027, un agent baptisé « Optimize Your Catalog » se chargera même de créer, tester et moderniser les miniatures des anciennes vidéos, et le créateur gardera le dernier mot.

Le vrai tour de passe-passe, c'est le montage conversationnel intégré à Shorts et à l'application YouTube Create. On lui demande en langage courant de supprimer les pauses ou de revoir le rythme, il propose ses retouches, et l'on peut reprendre la main à tout moment. Dans Create, il sera épaulé à terme par l'édition par images clés, des sous-titres stylisés et un mode caméra avec téléprompteur. Mais il y a un hic, en tout cas de notre point de vue de Gaulois réfractaires. Prévue début 2027 et en anglais uniquement, la version Shorts fera l'impasse sur l'Espace économique européen, la Suisse et le Royaume-Uni. Quant à la version Create, attendue au même moment, la France ne figure pas parmi ses quatorze pays.

YouTube Shopping transforme les recommandations en revenus

Si YouTube soigne autant ses créateurs, c'est aussi une affaire de gros sous. Plus de 100 milliards de dollars (dont pas loin de 90 milliards d'euros) ont été reversés aux créateurs, artistes et entreprises de médias ces quatre dernières années. Et le commerce vidéo décolle, puisque plus de 1,3 million de créateurs sont inscrits à YouTube Shopping, et la valeur des ventes a été multipliée par 13 dans le monde entre le premier trimestre 2024 et celui de 2026. Leurs revenus shopping, eux, ont doublé en un an. Neal Mohan le dit, « les créateurs n'ont plus besoin d'attendre de décrocher un contrat avec une marque pour commencer à générer des revenus ». Le programme d'affiliation, qui les rémunère sur les produits recommandés, couvrira d'ailleurs 35 marchés d'ici fin 2026.

Amazon, dont les liens d'affiliation pullulent chez de nombreux créateurs, entre aussi dans la danse. Déjà possible aux États-Unis, l'étiquetage de ses produits gagnera l'Inde et le Brésil dans les prochaines semaines, puis d'autres pays d'ici la fin de l'année. Pour les chaînes suivies aux quatre coins du globe, les tags de produits s'adaptent désormais d'eux-mêmes au pays du spectateur, et les commissions suivent. Côté public, Ask YouTube va se muer en conseiller d'achat, capable de répondre sur un objet aperçu dans une vidéo sans y être cité. Ces fonctions arriveront progressivement. L'assistant est déjà proposé partout pendant le visionnage, mais seulement aux États-Unis dans la recherche.

Les marques ne sont pas oubliées, et pour cause : sur les vidéos courtes, les partenariats ont bondi de plus de 60 % en un an. Le programme YouTube Creator Partnerships, qui met en relation créateurs et annonceurs, est proposé dans plus de 20 pays, dont la France, même si celui-ci ne semble profiter qu'aux grosses chaînes. Début 2027, Ask Studio aidera en outre les membres du Programme Partenaire à répondre aux briefs, à concevoir des propositions et à peaufiner leur kit média. Aux États-Unis et en Corée du Sud, des campagnes d'affiliation permettent déjà aux marchands d'offrir commissions préférentielles et bonus en échange de contenus dédiés, sans brider la liberté créative des vidéastes.

Des duels en live aux Shorts en saisons, YouTube chouchoute ses spectateurs

Et les spectateurs dans tout ça, ceux qui regardent les vidéos ? Bientôt, une simple phrase comme « Soirée détente avec de longs documentaires » suffira à composer un flux d'accueil, que l'on pourra enregistrer et qui se renouvellera tout seul. Seuls les États-Unis sont annoncés pour le moment. Les Shorts, eux, se rangent déjà en saisons et en épisodes, partout dans le monde. C'est une aubaine pour les microdramas, ces fictions ultracourtes dont les réseaux sociaux chinois raffolent, qui ont dépassé 6,5 milliards de vues au premier semestre. Sur un an, leur temps de visionnage a grimpé de plus de 50 % et leurs vues sur téléviseur de plus de 90 %. D'ici la fin de l'année, les abonnés Premium et Music Premium de YouTube Music pourront explorer artistes et podcasts avec Ask Music, tandis que Podcast Lineup entrera en phase de test.

Le live (les vidéos en direct) s'offre des duels, oui ! Dans le détail, deux créateurs fusionnent leurs streams pour s'affronter en temps limité, avec un déploiement mondial prévu l'an prochain. YouTube teste aussi un doublage automatique en direct, en anglais et en espagnol, auprès d'un petit groupe de créateurs. Watch With, qui permet de réagir en direct, s'étendra quant à lui aux vidéos longues. Suivront des espaces réservés aux membres, une modération des commentaires par IA et des GIF dans les réponses. Sur les téléviseurs compatibles avec la commande vocale, on peut déjà commenter à la voix ou à la télécommande. Et les Posts, avec lesquels plus de 300 millions d'utilisateurs interagissent chaque jour en moyenne, y arriveront début 2027. Cet automne, une messagerie avec discussions de groupe sera lancée pour les plus de 18 ans aux États-Unis, au Royaume-Uni, à Singapour, au Brésil et dans certains pays européens. Hype with Jewels, qui sert à propulser les publications de ses créateurs favoris, ne mentionne en revanche pas la France dans son calendrier.

Il y a un sujet encore à évoquer, celui que l'on pourrait classer dans la catégorie propriété intellectuelle. « Dans un univers vidéo en pleine mutation, protéger votre visage, votre voix et votre image de marque est capital », rappelle Neal Mohan. L'outil de détection de ressemblance, qui repère les contenus générés par IA exploitant l'identité d'un créateur, gagnera l'application mobile d'ici la fin de l'année. On pourra s'y inscrire, recevoir des alertes et demander un retrait où que l'on soit. La détection de la voix arrivera au même moment, en anglais pour commencer. Pour le patron de YouTube, « la culture n'est plus dictée par le sommet ». Il faudra pour cela que tout le monde soit servi en même temps.