Zellige, onyx, damier : voici les 7 tendances de carrelage à adopter en 2027
En 2027, ces 7 tendances de carrelage apportent de la couleur, de l’éclat et une touche d’histoire à nos salles de bains.
À Fès, quelqu’un est justement en train de tailler les bords d’un carreau à l’aide d’un petit marteau bien affûté. Le fait qu’il soit un peu de travers au final n’est plus considéré depuis longtemps comme un défaut, mais comme une preuve d’authenticité. Autrefois, on aurait contesté une telle livraison ; aujourd’hui, c’est précisément ce que l’on commande, au mètre carré. D’une manière générale, notre rapport au carrelage a évolué. Pendant longtemps, il représentait simplement une option pratique pour la salle de bains : lavable, discret, blanc dans le meilleur des cas. Aujourd’hui, on discute avec autant d’ardeur des glaçures, de la largeur des joints et des formats que l’on parle ailleurs de vins d’exception ou de nouveaux genres musicaux.
Sept tendances se dessinent pour l’année 2027 : des zelliges façonnés à la main aux pastels chatoyants, en passant par les motifs en damier, les mini-carreaux, l’onyx, le rouge et les formes géométriques de l’Art déco. Derrière presque chacune d’entre elles se cache une histoire plus fascinante que la tendance elle-même : un trou d’épingle dans un Vermeer, un bloc d’onyx qui devait à l’origine servir à fabriquer des vases pour un bateau à vapeur, ou encore un rouge qui n’existerait pas sans laboratoire de chimie. On apprend d’ailleurs beaucoup de choses au passage : que derrière le plus bel éclat se cache parfois du plomb, ou que les petits carreaux coûtent plus cher à poser que les grands. Et que, malgré tout le plaisir de l’expérimentation, imiter les matériaux est rarement une bonne idée.
#1 Le zellige, parfaitement imparfait
Il est rare que deux zelliges se ressemblent, et c’est justement ce qui fait tout leur charme. Les zelliges sont fabriqués à partir d’argile brute provenant des environs de Fès ; ils sont émaillés, cuits, puis façonnés à la main à l’aide d’un ciseau. Les commerçants indiquent désormais ouvertement qu’environ un cinquième d’un lot présente des fissures, des microfissures ou des bords ébréchés.
On ignore souvent d’où provient traditionnellement cet éclat : du plomb. Les zelliges historiques issus de constructions marocaines sont recouverts d’un émail à forte teneur en plomb, et certaines tuiles fabriquées artisanalement en contiennent encore aujourd’hui. Une fois posées au mur, elles ne présentent aucun risque tant que l’émail reste intact. La situation devient délicate lors de la découpe à sec et du meulage, qui génèrent une fine poussière. C’est pourquoi la découpe s’effectue à l’eau et le travail s’effectue avec un masque FFP3. Ces carreaux ne conviennent pas comme plan de travail, car le citron et le vinaigre peuvent dissoudre le plomb contenu dans l’émail. Certains fabricants publient désormais leurs teneurs en plomb dans des fiches de données de sécurité. Ceux qui ne souhaitent courir aucun risque résiduel opteront pour du grès cérame fin à l’aspect « zellige ». L’imperfection est alors toutefois calculée.
Combien ça coûte ?
Ce n’est pas donné. Chez Leroy Merlin en France, les zelliges artisanales de Fès au format 10 × 10 centimètres coûtent 159 euros le mètre carré. Chez le fabricant marocain Aït Manos, les zelliges commencent à 185 euros le mètre carré, mais certains modèles préassemblés à motifs peuvent dépasser 1 300 euros le mètre carré. À cela s’ajoute la pose. Pour les carreaux muraux de salle de bains, il faut actuellement compter entre 40 et 75 euros par mètre carré, uniquement pour la main-d’œuvre. La version en grès cérame fin est quant à elle disponible à partir de 28 euros.
#2 Du pastel, oui, mais brillant

Dans cette salle de bains londonienne, le marbre rose pâle rencontre un vert olive intense, tandis que des éléments en laiton apportent une touche de glamour supplémentaire.
Michael SinclairLes tonalités pastel dans la salle de bains ont longtemps été la première chose que l’on faisait enlever après avoir acheté un appartement ancien. Lavabos roses, carrelage vert menthe, un porte-savon en forme de coquillage ici ou là. Aux États-Unis, ces salles de bains rétro portent aujourd’hui le nom de « Mamie Eisenhower » ou « Mamie Pink ». La blogueuse Pam Kueber estime qu’il y en avait environ cinq millions, et elles ont disparu presque aussi vite qu’elles étaient apparues. Depuis, plus de 1 000 personnes se sont engagées publiquement à conserver leur ancienne salle de bains rose.
La nouveauté de cette année, c’est la brillance. Les teintes pastel d’aujourd’hui se déclinent avec un vernis ultra-brillant, souvent dans des formats étroits et allongés, ce qui change complètement l’effet : au lieu d’un poudrier, on obtient un objet épuré, presque graphique. Dans la salle de bains, cela présente un avantage tout à fait pratique, car les surfaces brillantes réfléchissent plusieurs fois le peu de lumière qui pénètre par une petite fenêtre. Le retour de cette couleur en ce moment est sans doute aussi lié aux tendances des années précédentes : le « greige », le microciment et le gris béton. Le pastel est idéal pour tous ceux qui souhaitent retrouver de la couleur, mais pas encore de manière trop prononcée.
Combien ça coûte ?
En matière de prix, la fourchette est aussi large que pour n’importe quel autre carrelage émaillé. Ce n’est pas la couleur qui fait la différence, mais le fabricant et la manière dont le carrelage est posé. Si vous possédez encore une salle de bains aux tons pastel d’origine datant des années 1950, vous disposez peut-être déjà chez vous de la solution la plus économique.
#3 Le motif en damier, au-delà du noir et du blanc
Peu de motifs sont aussi anciens et aussi indestructibles. On trouvait des sols en damier dans les villas romaines, dans les églises médiévales, puis plus tard dans les diners américains. Leur retour dans les salles de bains s’explique par une certaine nostalgie des sols des immeubles anciens et des bistrots parisiens, mais aussi par une raison très prosaïque : une trame régulière apaise les petites pièces, où il y a de toute façon déjà beaucoup d’activité. En ce moment, les associations plus discrètes, les nuances proches les unes des autres qui ne révèlent le motif qu’au deuxième coup d’œil, sont plus intéressantes que la variante classique en noir et blanc.
Personne ne savait mieux que Johannes Vermeer comment construire précisément un tel sol. En 1993, le restaurateur Jørgen Wadum a découvert un minuscule trou d’aiguille dans l’un de ses tableaux. Le peintre néerlandais aurait apparemment enfoncé une aiguille dans le point de fuite et tracé les lignes de fuite à l’aide d’un fil tendu et enduit de craie. De telles piqûres ont été retrouvées dans 13 tableaux. Et un autre détail attire l’attention : Vermeer posait toujours les carreaux de sol carrés en diagonale, tandis que son collègue Pieter de Hooch les disposait souvent parallèlement au mur. La question de l’orientation des carreaux est donc bien plus ancienne que n’importe quel tableau d’inspiration sur Pinterest.
Combien ça coûte ?
Au niveau des matériaux, un sol en damier ne diffère pas d’un autre sol carrelé ; le surcoût réside dans le motif. Une pose en diagonale, comme chez Vermeer, implique davantage de découpes, plus de chutes et plus de temps de travail, et c’est précisément ce qui apparaît sur la facture du carreleur. La perspective a toujours eu un prix.
#4 Des mini-carreaux pour une sensation d’espace

De petits carreaux blancs qui s’étendent jusqu’à l’intérieur de la niche ; ici, le motif des joints remplace toute décoration. À travers ce projet londonien, le Studio Hagen Hall a su allier l’élégance du style Régence aux traditions japonaises.
Felix SpellerLes carreaux de la taille d’un timbre-poste ont longtemps eu une connotation particulière : piscine municipale, boucherie, couloir d’hôpital. Dans les salles de bains modernes, cette association ne se fait plus, et cela tient avant tout à la cohérence avec laquelle ils sont utilisés. Au lieu de se limiter à un seul mur d’accent, ces petits formats recouvrent des pièces entières, épousent les contours des niches, des étagères et des rebords de baignoire, donnant ainsi à la salle de bains un aspect homogène. Le joint devient alors un motif, une trame fine qui apporte de l’ordre à l’espace.
Mais l’attrait n’est pas seulement esthétique. Les petits formats génèrent davantage de joints par surface, et ce sont précisément ces joints qui assurent l’adhérence. De plus, les petits carreaux s’adaptent mieux à la pente d’un sol de douche que les grands. C’est un argument de poids, notamment pour les douches à l’italienne, qui sont aujourd’hui presque la norme. Ironiquement, c’est justement le format qui ressemble le plus à un élément décoratif qui s’avère finalement être le plus judicieux.
Combien ça coûte ?
Le matériau en lui-même n’est souvent pas cher : dans les magasins de bricolage, les carreaux de mosaïque sont proposés à partir d’environ 25 euros le mètre carré. C’est la main-d’œuvre qui revient plus cher. La pose d’une mosaïque coûte entre 60 et 120 euros le mètre carré, soit nettement plus que pour des carreaux muraux classiques, dont le prix au mètre carré se situe entre 40 et 70 euros. Au niveau des niches, des bords et de la robinetterie, il faut découper les nappes de mosaïque et poser les petites pierres une à une ; vient ensuite le jointoiement, et sur un support pas tout à fait plat, la fine trame fait ressortir la moindre irrégularité. Petit et robuste ne signifie pas forcément simple.
#5 De l’onyx ? S’il vous plaît !

Un mur en marbre onyx et un sol en travertin dans la salle de bains de cet hôtel particulier signé Hugo Toro à Paris.
William Jess LairdAprès des années de règne du terrazzo et du microciment, la pierre signe son grand retour. Dans la salle de bains, l’onyx s’impose comme le matériau par excellence : translucide, aux veines sauvages, parfois si marquées qu’une simple dalle ressemble à un tableau. Cette pierre n’est toutefois pas sans poser quelques difficultés. Elle est tendre et sensible aux acides, et ceux qui n’aiment pas la patine risquent de s’en inquiéter.
La plus belle anecdote sur l’onyx nous vient d’ailleurs de Mies van der Rohe : il racontait comment, à Hambourg, il avait demandé à un négociant en pierres quelque chose de vraiment beau et avait entendu parler d’un grand bloc d’onyx qui avait toutefois déjà été vendu à la compagnie Norddeutscher Lloyd, pour la fabrication de grands vases destinés à la salle à manger d’un nouveau paquebot. Sans se démonter, il en a découpé un morceau de la taille d’une main, l’a fait polir – et s’est imposé face à la Norddeutscher Lloyd. Le bloc a ensuite été acheminé vers le pavillon de Barcelone. La hauteur de ce mur, 3,10 mètres, a déterminé la hauteur totale du bâtiment.
Combien ça coûte ?
Il n’existe pratiquement pas de prix catalogue ; la facturation se fait généralement à la dalle et sur demande, d’autant plus que rares sont les négociants en pierre naturelle qui ont de l’onyx en stock. Pour la pose de pierre naturelle, il faut compter entre 60 et 120 euros par mètre carré, hors matériel. On pourrait être tenté d’opter pour un carrelage en grès cérame imitant le veinage de l’onyx, mais c’est justement l’essentiel qui se perdrait alors. L’onyx tire toute sa beauté de la façon dont la lumière pénètre dans la pierre, tandis qu’une image imprimée reste à la surface ; de plus, sur de grandes surfaces, le veinage se répète souvent dès les premières dalles. « Fake it till you make it » n’est pas une option ici !
#6 Le rouge, plus qu’une simple touche de couleur

Une salle de bains entièrement rouge, dans une villa Belle Époque surplombant la plage de Miramar à Biarritz. Dans ce même appartement, on trouve d’ailleurs une autre grande salle de bains entièrement jaune.
Alice Mesguich; Courtesy of Jean-Philippe Delhomme & Perrotin, GemäldeLe rouge a longtemps été pratiquement absent de la salle de bains, et ce n’était pas nécessairement parce qu’on ne faisait pas le lien entre l’eau et le rouge. La raison était d’ordre technique : il était tout simplement difficile d’obtenir un rouge vif et stable sur de la céramique. Les composés permettant d’obtenir un rouge intense supportaient mal la cuisson ; les glaçures restaient molles, se fissuraient et se coloraient de manière inégale. Ce sont les pigments dits « encapsulés » qui ont changé la donne : le sulfoséléniure de cadmium est emprisonné dans des cristaux de zircon et résiste aux températures élevées, avec environ un trentième de la quantité de cadmium présente dans les glaçures antérieures. Le rouge éclatant que l’on trouve dans la salle de bains est donc, à proprement parler, une réussite de laboratoire.
Aujourd’hui, cette couleur se décline en nuances très variées, telles que le pourpre, le rouge brique ou le rouge cerise, et ne paraît en aucun cas aussi criarde qu’on pourrait le craindre. Cela tient aussi à la lumière. Les surfaces rouges projettent une lueur chaleureuse sur la peau et dans le miroir, et le regard que l’on jette dans le miroir tôt le matin s’avère nettement plus indulgent que face à un blanc froid.
Combien ça coûte ?
Ce qui était autrefois une réalisation exceptionnelle en laboratoire n’a plus aujourd’hui de prix spécifique ; comme pour tous les carreaux émaillés, la fourchette de prix s’étend des modèles bon marché vendus en grande surface aux pièces artisanales. Le véritable investissement est tout autre : c’est la décision d’entrer chaque matin dans une pièce rouge.
#7 Les motifs géométriques Art déco

Double vasque, grands miroirs et sol en mosaïque turquoise et bleu : pour cette villa urbaine à Montmartre, le studio Claves a conçu, en collaboration avec l’artisane d’art mosaïste Delphine Messmer, une salle de bains entièrement dans l’esprit Art déco.
Alice Mesguich
Un ciel à la Magritte au-dessus d’une baignoire en carreaux brillants bleu pétrole et, au sol, des méandres rouge rouille dans une mosaïque couleur crème : le spa de cette villa à Montmartre, conçu par le studio parisien Claves.
© Alice MesguichÉventails, marches, bordures, losanges : la géométrie des années 1920 est de retour. En 2025, l’Exposition universelle des arts décoratifs de Paris de 1925 a fêté son centenaire ; des expositions et des livres illustrés ont suivi, et ces motifs ont fini par se retrouver sur le carrelage. Cela s’intègre étonnamment bien dans la salle de bains. À l’époque, toutefois, ce style n’avait toutefois pas encore de nom. Le terme « Art déco » n’est apparu qu’en 1966 dans le titre d’une exposition au Musée des Arts Décoratifs de Paris, et ce n’est qu’avec la parution du livre Art Deco of the 20s and 30s de Bevis Hillier en 1968 qu’il s’est imposé comme une appellation courante. Avant cela, on parlait de « style moderne » ou de « la mode 1925 ».
Combien ça coûte ?
Les carreaux eux-mêmes coûtent ce que coûtent les carreaux, mais les motifs sont facturés en supplément. Les bordures, les motifs en diagonale et les répétitions, qui doivent s’aligner parfaitement, constituent des prestations spéciales pour les carreleurs et sont facturées en conséquence. La géométrie des années 1920 se paie finalement au mètre.
Article initialement publié dans AD Allemagne.