17 octobre: pourquoi les violences sont comparées (à tort) à la franchise "American Nightmare"

Le film "American Nightmare", disponible sur Netflix - Netflix
Les violences commises en marge de la manifestation du 17 octobre sont parfois associées ces derniers jours à la franchise dystopique, où toute activité criminelle est permise une fois par an pendant 12 heures. Explications d'un contre-sens.
Et si dans un futur proche, un jour par an, toutes les violences possibles et imaginables étaient permises une fois le crépuscule venu? C'est en tout cas le concept de la franchise d'horreur dystopique The Purge, ou American Nightmare en français, qui est associée ces derniers jours, sur les réseaux sociaux, aux violences commises en marge de la manifestation du 17 octobre.
Ainsi, peut-on lire des internautes assurant sur X que "La France est devenue un American Nightmare" ou relayant à tour de bras, dans des vidéos, le son de la célèbre sirène du film. D'autres encore préviennent que le soir d'Halloween, le 31 octobre, "sera American Nightmare en France".
Pourquoi une telle comparaison? American Nightmare est une saga horrifique composée de cinq longs-métrages, sortis entre 2013 et 2021, dans laquelle un régime autoritaire et policier, arrivé au pouvoir après une crise économique et sociale, a instauré aux États-Unis une purge annuelle où toutes les horreurs sont permises, sans risque d'être poursuivi. Une manière, selon l'État, d'évacuer la violence.
"Dès que retentira la sirène, tout crime, y compris celui d’homicide, sera légal pendant les douze heures qui suivront. La police, les pompiers et les services d’urgence médicale seront indisponibles jusqu’à 7 heures demain matin, heure où la purge se terminera. Bénis soient nos Nouveaux Pères fondateurs et l'Amérique, une nation ressuscitée. Que Dieu soit avec vous", dit l'alerte annonçant le début de la purge dans les films.
Comparaison douteuse
Pour autant, cette comparaison n'est que peu fidèle à la réalité. Déjà, la brutalité est instaurée par l'État lui-même dans la saga. De plus, la dimension politique de ces violences y est évacuée, à l'exception du troisième volet qui montre quelques brèves agressions visant des figures de pouvoir. Idem pour la grande majorité des manifestants qui se sont exprimés pacifiquement ces derniers jours, absents de la franchise.
La nuit d'effroi d'American Nightmare ne vise en réalité qu'à supprimer les classes populaires et alléger les dépenses de l’État en matière d'aides sociales, de santé ou de logement. Aussi, les attaques sont uniquement perpétrées par les citoyens dans les films, puisque la police ne patrouille pas pendant la purge. Et les pompiers et les services d'urgence médicale sont suspendus pendant ces douze heures d'horreur.
Notons enfin que la saga se déroule non pas dans l'Hexagone, mais aux États-Unis, où la culture et la législation autour des armes sont bien différentes de celles françaises.
Cette référence piochée dans la pop culture s'apparente ainsi à une vaste entreprise de récupération politique orchestrée par l'extrême droite. La députée européenne Reconquête Marion Maréchal a notamment mentionné les films en relayant une vidéo du 17 octobre dans une salle des fêtes à Douai. "Ceci n’est pas un épisode de La Purge. Ceci est ce que sont en train de vivre les Français livrés aux barbares", a-t-elle légendé.
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Le député européen du Rassemblement national Julien Sanchez y fait lui aussi référence sur X: "Ce soir, comme dans le film American Nightmare ou La Purge: de nombreux Français des grandes villes restent cloîtrés effrayés." Tout comme l'influenceuse d’extrême droite Mila, se demandant sur X: "Maintenant que la nuit du French Nightmare est passée, vous comptez déployer l’armée quand?".
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Précisons enfin que ce n'est pas la première fois que la franchise devient une référence politique. Donald Trump y avait par exemple fait référence en 2024 lors d'un meeting pour la présidentielle, affirmant qu'"une journée vraiment violente" permettrait de lutter contre la criminalité ou quand le hashtag #BaltimorePurge avait été massivement relayé lors des émeutes de Baltimore après la mort d’un jeune Afro-américain arrêté par la police.
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