289 km/h en Corvette C5 : un essai qui aurait pu très mal tourner
C’est beau l’Andalousie. C’est parfois désertique aussi, et fascinant souvent. Pas seulement parce que Sergio Leone et des légions de réalisateurs moins talentueux que lui y ont posé la caméra de leurs westerns spaghetti.
Certains recoins de ce grand sud transportent ceux qui s’y aventurent très loin de l’Espagne, si les enseignes publicitaires à l’effigie des taureaux noirs géants ne venaient pas, de temps à autre, remettre la corrida au milieu de la plaza de toros.
Westerns spaghetti et lignes droites
C’est dans ces paysages lunaires que General Motors Europe a décidé, en 1997, de présenter, et de faire essayer à la presse européenne, sa nouvelle Chevrolet Corvette C5. Pas question pour autant de fouler de nos pneus le bitume du circuit de Jerez non loin de là : il a fallu se contenter de ces fameuses petites routes andalouses.
Une frustration qui nous a conduits à faire rien que des bêtises ? En tout cas, en compagnie d’un confrère, Sous le soleil andalou, l’incroyable auto écrasait le sol de toute sa largeur, en compagnie de son impressionnant V8 chantant de 344 ch.
Le conducteur met le contact et le passager jette un œil sur le road-book fourni par la marque qui, en ce temps-là, était encore en papier. Le document est censé indiquer à l’essayeur les spots visuellement intéressants pour sa production d’image et, accessoirement, les emplacements des radars et autres réjouissantes limites de vitesse, Waze n’étant même pas encore à l’état de projet.
Mais voilà que, quelques encablures plus loin, les deux larrons se retrouvent devant une pure ligne droite, un trait de bitume rectiligne tracé dans une plaine désertique. Impossible d’en voir le bout, mais à peine deux kilomètres plus tard, le road book indique un croisement et conseille de tourner à gauche. À gauche pour rater cette étonnante et infini trait rectiligne ? Pas question. Faisant fi des conseils, nous continuons notre chemin.
L’occasion est trop belle, le bitume est impeccable et tout neuf, et pas une seule auto ni sur notre voie ni en face ne vient troubler la quiétude du lieu, si ce ne sont les typiques Toros noires sur leurs énormes panneaux publicitaires. Alors, invisible de tous, on décide de vérifier la V/max : 281 km/h selon GM.
On l’atteint assez rapidement, mais la Corvette n’est pas tout à fait à bout de course. 285, 286, on n'y est toujours pas. À 289 km/h, la C5 avoue enfin sa limite et maintient cette vitesse.
Devant nous, la route, si elle défile rapidement, reste rectiligne, jusqu’à ce qu’une légère pente se profile. Une pente qui se prononce, jusqu’à ce qu’on n’aperçoive plus l’horizon.
Dans l’habitacle, l’ambiance vire alors au raisonnable. Que cache cette montée ? Un virage, ou la suite de la ligne droite infinie ? N’en ayant pas la moindre idée, nous décidons de ralentir. Et bien nous en a prit.
Route coupée et off-road
Arrivés au sommet, à près de 100 km/h, autant dire au ralenti, nous découvrons que la route est tout simplement coupée en contrebas. 50 m plus loin, c’est une simple piste qui la remplace, en attendant la reprise des travaux et la pose du bitume.
Un freinage appuyé plus tard, la Corvette entame la piste poussiéreuse presque au ralenti, sans aucun dommage ni pour les soubassements ni pour les trains. La terre est parfaitement damée et elle réclame simplement un peu plus de temps pour ralentir et un peu plus de délicatesse en virage.
Demi-tour. Nous reprenons le ruban, de bitume cette fois, en sens inverse, sans retenter la V/max. Arrivé au carrefour qui nous enjoignait de quitter cette route, nous obéissons. Et jusqu’à la fin de l’étape, nous suivons consciencieusement toutes les indications. Une bonne frayeur transforme les gamins turbulents en enfants sages.