70 ans après, le film oublié du mariage entre Rainier et Grace de Monaco reprend vie en couleurs

70 ans après, le film oublié du mariage entre Rainier et Grace de Monaco reprend vie en couleurs

L’histoire commence dans une remise du Palais princier. Précisément à l’endroit qui servait de cabine au projectionniste, derrière l’historique salle de cinéma aménagée en son temps par la princesse Grace dans une aile du bâtiment. C’est là qu’il y a trois ans, une série de cartons poussiéreux et scellés ont été ouverts. À l’intérieur, 83 boîtes renfermaient les bandes du film « Le Mariage de Monaco » réalisé en 1956 par Jean Masson, qui avait suivi la noce du prince Rainier III et Grace Kelly.

Douze kilomètres de pellicule : le film de 31 minutes en trois langues (français, anglais, italien) et tous les rushes. Véritable trésor pour faire revivre cet OVNI cinématographique sorti dans les salles obscures le 2 mai 1956, quelques semaines après le mariage. Puis exploité deux ans dans le monde entier avant d’être remisé et plus jamais visible.

La suite, elle a déjà été racontée. Face à cette découverte, le prince Albert II a pris la décision de lancer une campagne de restauration de ces pellicules. Et celle-ci s’est achevée après trois ans, en cette année 2026, marquant le 70e anniversaire de l’union de ses parents.

Le parcours à travers les Grands Appartements se termine par une pièce iconique : une copie plus vraie que nature de la robe portée par la princesse Grace lors de la cérémonie religieuse du 19 avril.

Ainsi, dans la Cour d’Honneur lundi soir, le Souverain et la princesse Charlène ont découvert avec émotion la version restaurée du film « Le Mariage de Monaco », projeté devant un parterre d’invités au cours d’une ciné-conférence orchestrée par Vincent Vatrican, directeur de l’Institut audiovisuel de Monaco et Thomas Fouilleron, directeur des Archives du Palais princier, chargés de décrypter l’histoire de cette production. Et montrer comment le cinéma a joué sa part pour construire la légende de ce qui a été l’un des événements médiatiques majeurs du XXe siècle.

De ce film dont on ne connaissait pas grand-chose, c’est l’image qui touche en premier. Elle est splendide. Le cinémascope couleur fait revivre les décors et les visages du Monaco de 1956. Un témoignage émouvant qui entre tout droit au patrimoine d’une Principauté filmé sous tous les angles, et même par les airs pour en expliquer son relief.

Le couple princier entouré par l’équipe qui a mené la ciné-conférence.
Le couple princier entouré par l’équipe qui a mené la ciné-conférence.
Michael Alesi / Palais princier

Sur sa construction, le film étonne, porté par la narration de Jean Masson. Une voix-off tantôt factuelle, tantôt amusante qui accompagne les images des préparatifs du Palais, des spectacles, de la Principauté tout entière. Et qui est aussi au plus près des fiancés qui se retrouvent sur le pont du Deo Juvante II avant de se dire oui, quelques jours plus tard, dans la Salle du Trône puis dans la cathédrale.

« Aucune trace de notre passage ne doit être visible »

Dans son style, l’œuvre est inclassable. À mi-chemin entre le documentaire, le grand spectacle. Elle est aussi le douzième et ultime film de Grace Kelly sur grand écran. Qui se prête à une séquence d’actrice quand elle déambule dans les Grands Appartements sous le regard des tableaux représentant les princes de la dynastie Grimaldi. Là encore, la rénovation de la pellicule donne à ce passage, un éclat particulier.

Ce travail d’orfèvre a été réalisé par le laboratoire L’image retrouvée, qui entre Paris et Bologne a passé deux années sur ce chantier. Un défi pour ces spécialistes qui ont à leur actif la restauration du tout premier film des Frères Lumière.

Pour « Le Mariage de Monaco », le premier écueil était d’abord technique. « Le problème majeur était d’abord que les éléments étaient affectés par le syndrome du vinaigre, une dégradation chimique du film qui peut compliquer les opérations de restauration » détaille Elena Tammaccaro, directrice adjointe du laboratoire. « Avec le temps la pellicule apparaît gondolée, déformée. Cela entraîne une décoloration de l’image. »

Il a fallu d’abord œuvrer pour retrouver les couleurs originelles. Puis redonner à la pellicule la capacité mécanique de passer dans le scanner pour être numérisée. Et tenter d’enlever les défauts accumulés au fil du temps ou lors de manipulations. « Une opération très délicate, effectuée par des techniciens spécialisés, et aucune trace de notre passage ne doit être visible dans les images numérisées. »

Les heures de travail se voient à l’écran pour offrir aux spectateurs un film que l’on pourrait croire, par moments, tourné hier. Après cette avant-première, le film sera diffusé ce samedi 25 juillet dans sa version anglaise à 21 h 30 à l’Open Air Cinéma. Puis donnera lieu à nouvelle ciné-conférence, le 16 octobre, au Grimaldi Forum.