À 37 ans, Quentin-Thomas, ex-vendeur de montres de luxe, devient instit' dès ce lundi à Huy: "Je voulais donner plus de sens à ma vie"
L'heure de la cloche a sonné pour près de 900 000 élèves et 120 000 enseignants en Fédération Wallonie-Bruxelles. Après sept semaines de congé, la rentrée des classes a lieu ce lundi. La formation d'instituteur/institutrice maternel (le) et primaire étant passée de 3 à 4 ans, ils/elles seront très rares à effectuer leurs premiers pas devant une classe aujourd'hui. À Huy, ça sera pourtant le cas de Quentin-Thomas Pirson. Ce Gesvois va donner le cours de citoyenneté dans les écoles communales de Tihange et des Bons Enfants. "Nous ne sommes que deux à avoir été diplômés cette année à l'Henallux de Champion (Namur), sourit-il. En réalité, il ne me restait que mon mémoire à rentrer."
Singularité de ce nouvel instit': à 37 ans, ce n'est plus un jeunot. Malgré le contexte morose qui entoure le monde de l'enseignement, ce papa d'un petit Arthur, élève de primaire à Ben-Ahin, a en effet décidé d'entamer une reconversion professionnelle.
"J'ai notamment travaillé dans l'horlogerie et la vente de montres de luxe, avance-t-il. Mais après être devenu papa, j'ai souhaité trouver un cadre professionnel plus compatible avec une vie de famille. J'ai donc repris des études en ressentant progressivement le besoin de donner davantage de sens à mon activité. Ayant opté pour un métier en pénurie, j'ai pu continuer à toucher une allocation de chômage de 600 euros par mois, et je suis retourné vivre chez ma maman. En travaillant dans l'enseignement, je pense que j'aurai la sensation de faire du bien dans le monde plutôt que de juste être dans le monde."
Détail qui n'en est pas un: chez les Pirson, l'enseignement est aussi profondément ancré dans l'histoire familiale. "Je suis la quatrième génération d'enseignants", raconte-t-il. Son arrière-grand-père était instituteur, sa grand-mère professeur de mathématiques, tandis que ses parents sont eux-mêmes instituteurs. Un frère et une sœur ont également choisi cette voie.
Parler de l'intelligence artificielle aux élèves
À Tihange et aux Bons Enfants, Quentin-Thomas Pirson donnera au total 17 périodes, "soit presque un 3/4 temps". Mais il sera un instit' un peu différent des autres puisqu'il donnera le cours de citoyenneté. "J'ai suivi une formation complémentaire pour obtenir le titre requis. Le programme de ce cours me parle vraiment. J'y retrouve les valeurs que je souhaite transmettre et, surtout, une pédagogie qui correspond à ma conception de l'école."
Son mémoire, achevé cette année, porte d'ailleurs sur l'intelligence artificielle à l'école primaire et sur la manière d'aborder cette question dans le cours de philosophie et citoyenneté. Esprit critique, éducation aux médias, capacité à argumenter ou à écouter l'autre: pour lui, ces apprentissages doivent être rendus visibles aux enfants.
"Il faut être explicite sur les compétences qu'on travaille", estime-t-il. Un enfant qui apprend à écouter, à argumenter ou à travailler avec les autres doit savoir qu'il développe ces compétences. "C'est aussi une manière de réduire certaines inégalités entre les élèves, tous ne bénéficiant pas du même environnement familial pour acquérir spontanément ces aptitudes."
Plus de boule à zéro
À quelques heures de la rentrée, Quentin-Thomas Pirson le reconnaît: il sent le stress monter. "Certaines de mes nuits ont été perturbées car j'avais plein d'idées en tête pour mes cours", glisse-t-il, avant d'avouer qu'il a aussi soigné un détail… capillaire: "J'avais l'habitude de me raser la boule à zéro, mais pour paraître moins dur auprès des plus jeunes élèves, je laisse repousser un peu mes cheveux".
Alors qu'il ne souhaite pas commenter la grogne des enseignants – "Mon avis ne serait pas le plus pertinent puisque je vais seulement effectuer mes premiers pas dans ce métier" – l'instit' se prépare aux joies et… tensions de sa nouvelle vie. "Mon ancien métier comportait aussi des risques, narre-t-il.J'ai connu braquage et home-jacking, et mon collègue a même découvert un dispositif GPS placé sous son véhicule…" Le Gesvois a aujourd'hui définitivement tourné la page. Sauf si ses nouveaux collègues lui demandent un jour de réparer le mécanisme de la sonnerie annonçant l'heure de la récré…
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