À Ceuta, le sentiment d’abandon de la population et des migrants est très fort : que fait l’Europe ?

À Ceuta, le sentiment d’abandon de la population et des migrants est très fort : que fait l’Europe ?

La présence de l’aide de l’Union européenne n’est pas perceptible par les habitants de Ceuta, enclave espagnole au Maroc, touché par un afflux de près de 70 000 migrants les 30 et 31 juillet 2026. Le sentiment d’abandon est très fort chez les habitants comme chez les migrants.

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La présence de l’aide de l’Union européenne n’est pas perceptible par les habitants de Ceuta, enclave espagnole au Maroc, touché par un afflux de près de 70 000 migrants les 30 et 31 juillet 2026.
La présence de l’aide de l’Union européenne n’est pas perceptible par les habitants de Ceuta, enclave espagnole au Maroc, touché par un afflux de près de 70 000 migrants les 30 et 31 juillet 2026. - PHOTO MATTHIEU BOTTE

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Par Aïcha Noui Publié: 14 octobre 2026 à 14h11

Temps de lecture: 1 min

« C’est un abandon total », lâche Jorge Gonzalez, 34 ans, habitant de Ceuta, enclave espagnole au Maroc, frontière terrestre et extérieure de l’Union européenne. Il le dit avec force et conviction, contemplant depuis le balcon de sa villa la situation sur la plage du Trampolín, occupée par des campements de migrants depuis l’afflux de 70 000 personnes en provenance du Maroc les 30 et 31 juillet 2026. Les deux jours suivants, au moins 60 000 personnes sont reparties, poussées par les autorités ou volontairement.

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Si depuis deux mois, la plage vit au rythme d’évacuations partielles vers des centres d’accueil temporaires ouverts en urgence par le gouvernement socialiste (PSOE), le 3 octobre, encore jusqu’à 3 000 personnes vivaient là, sous des tentes de plastique, sous des bâches ou des couvertures.

En guise de protestation, des habitants ont installé leur tente en plein cœur du centre historique.
En guise de protestation, des habitants ont installé leur tente en plein cœur du centre historique. - PHOTO MATTHIEU BOTTE
Un mouvement apolitique et citoyen s’est créé avec une visibilité dans le centre historique de Ceuta pour lutter contre l’abandon de l’enclave par le pouvoir central espagnol.
Un mouvement apolitique et citoyen s’est créé avec une visibilité dans le centre historique de Ceuta pour lutter contre l’abandon de l’enclave par le pouvoir central espagnol. - PHOTO MATTHIEU BOTTE

Dimanche dernier, l’annonce de la venue du roi d’Espagne, Felipe VI a encore précipité les choses. Une nouvelle évacuation a eu lieu, plus importante. Sera-t-elle de quelques jours, le temps du passage royal ? Jorge Gonzalez a été témoin de trop de choses pour y croire. « Ils ont évacué des gens plusieurs fois mais à chaque fois, ils reviennent et se réinstallent », nous disait-il le 1er octobre.

Jorge Gonzalez, 34 ans, sur le balcon de sa villa avec vue sur les camps de migrants.
Jorge Gonzalez, 34 ans, sur le balcon de sa villa avec vue sur les camps de migrants. - PHOTO MATTHIEU BOTTE

« On se joue de nous »

Abdel Mounib, 38 ans, estime que l’Europe comme l’Espagne et le Maroc, « se jouent des migrants ».
Abdel Mounib, 38 ans, estime que l’Europe comme l’Espagne et le Maroc, « se jouent des migrants ». - PHOTO MATTHIEU BOTTE

Dans ce contexte très tendu, les 80 000 habitants de Ceuta, des citoyens espagnols dont 50 % sont chrétiens, 50 % musulmans, sont vent debout pour défendre cette ville autonome passée au cours des siècles sous domination grecque, romaine, amazigh, arabe, portugaise et espagnole. Une histoire riche que les habitants veulent préserver comme leur vivre ensemble. Dans le centre-ville historique, les drapeaux espagnols s’affichent pour dire au monde que Ceuta, ville autonome, fait partie du royaume d’Espagne et aussi de l’Union européenne. Emilio Moñoz a quitté sa maison face à la plage pour s’installer sous une tente Plaza de Los Reyes pour protester.

À certains endroits de Ceuta, c’est la grande débrouille pour les migrants et aussi pour les habitants.
À certains endroits de Ceuta, c’est la grande débrouille pour les migrants et aussi pour les habitants. - PHOTO MATTHIEU BOTTE

Car le sentiment d’abandon est ici très fort. Les migrants qui vivent dans des conditions extrêmes dans des camps de fortune, le martèlent eux aussi, comme les habitants. « On se joue de nous ! », regrette Abdel Mounib, migrant marocain, âgé de 38 ans, arrivé à Ceuta, le 30 juillet à la nage. « Le Maroc a des accords avec l’Union européenne pour nous retenir, puis on nous laisse passer. Pourquoi ils s’amusent avec nos vies comme ça ? » La question est lancinante à Ceuta, des deux côtés.

Un peu tard ?

Dans la ville, la visibilité des autorités espagnoles est massive : déploiement renforcé de l’armée, de la « Policia nacional » et de la « Guardia civil ». Mais personne ne se doute qu’elle la doit en partie à l’aide financière et technique de l’Union européenne.

Les militaires et forces de l’ordre espagnoles sont très visibles, un renforcement sur place en partie lié aux financements et à l’aide technique européenne.
Les militaires et forces de l’ordre espagnoles sont très visibles, un renforcement sur place en partie lié aux financements et à l’aide technique européenne. - PHOTO MATTHIEU BOTTE
Les militaires et forces de l’ordre espagnoles sont très visibles, un renforcement sur place en partie lié aux financements et à l’aide technique européenne.
Les militaires et forces de l’ordre espagnoles sont très visibles, un renforcement sur place en partie lié aux financements et à l’aide technique européenne. - PHOTO MATTHIEU BOTTE

Pour les habitants et les migrants, rien de tout cela n’est perceptible. Pour faire face à la crise, en septembre, un mois après l’arrivée des migrants, la commission européenne a débloqué une aide d’urgence de 114,7 millions d’euros, pour renforcer les frontières, gérer les expulsions, déployer des effectifs supplémentaires, construire de nouvelles installations de sécurisation de la frontière et des centres d’accueil temporaires. Un peu tard pour beaucoup ici, sentiment ici renforcé par l’impression que Ceuta est livrée à elle-même. Et ce, malgré le soutien renforcé, à la demande de l’Espagne, de Frontex, de l’agence européenne de gardes-frontières et garde-côtes et de l’agence pour l’asile (AUAA).

Manque de visibilité

L’argent de l’Union européenne offre une aide logistique à l’Espagne, mais sur le plan des distributions alimentaires aux migrants, les moyens restent très limités.
L’argent de l’Union européenne offre une aide logistique à l’Espagne, mais sur le plan des distributions alimentaires aux migrants, les moyens restent très limités. - PHOTO MATTHIEU BOTTE

La seule trace visible de l’Union européenne constatée sur place, elle se trouve sur une plaque collée sur un des véhicules de la Croix-Rouge espagnole, en charge de la distribution alimentaire aux migrants. Elle évoque un cofinancement de l’Union européenne via le Fonds asile migration et intégration (FAMI). Le 1er octobre encore, on observait cette logistique impressionnante, un ballet de camions-grues pour livrer de l’eau et quelques denrées, essentiellement du pain et du fromage, aux migrants une fois par jour, en quantité loin d’être suffisante. « No comida, no agua », entend-on dans les camps. « J’ai perdu beaucoup de poids, rapporte Abdel. On mange moins, je ne m’attendais pas à ce qu’on nous laisse vivre comme ça en Europe. »

Retrouvez notre reportage long format à Ceuta dans nos pages « On vous en dit plus » et sur notre site Web les 12 et 13 octobre.

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« L’Europe représente 75 % du chiffre d’affaires de notre groupe. Près des deux tiers de nos effectifs européens sont en France. On est aussi présents en Belgique, en Espagne et en République tchèque avec des usines et des opérations industrielles. »

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