A Comines-Warneton, la récolte des pommes de terre déjà compromise

A Comines-Warneton, la récolte des pommes de terre déjà compromise

Président de la section de Comines-Warneton de la locale de la Fédération Wallonne de l'Agriculture, Bernard Bonte constate avec dépit les conséquences de la sécheresse sur les cultures, notamment sur les pommes de terre.

"Nous ne sommes qu'à la mi-août et elles sont déjà occupées de mourir. C'est un champ de la variété Fontane. Cette variété est cultivée pour ses gros tubercules destinés à faire de longues frites. Or, à ce que j'ai pu constater, il n'y a pas la moindre grosse pomme de terre ! Je ne sais pas ce que l'usine va faire et à quelle sauce nous allons être mangés ! Comme nous avons signé des contrats pour un tonnage que nous n'atteindrons certainement pas, j'espère que les usines vont tenir compte des conditions climatiques exceptionnelles et ne pas s'en tenir au strict respect du contrat signé ! "

Le choix de ne pas arroser : "si on commence, il faut le faire tous les jours"

Bernard Bonte a fait le choix de ne pas arroser ou irriguer : "Cela coûte une fortune et, quand on commence, on est obligé de le faire tous les jours ! Certains agriculteurs constatent aussi que la pomme de terre recommence à germer. On peut également se poser des questions sur la qualité de l'eau puisée dans la Lys ! "

Dans le cadre des contrats avec l'agroalimentaire, il existe toutefois une obligation d'arroser ou d'irriguer certaines cultures : "C'est le cas pour la variété Innovator, une pomme de terre à frites. La régularité hydrique est importante pour obtenir des tubercules de calibre et de forme homogènes. Les légumes sont aussi concernés."

La nature du sol joue également un rôle : "Les sols argileux retiennent mieux l'eau. On a sûrement moins de pertes du côté de Ploegsteert qu'à Houthem, où le sol est plus sablonneux."

Une perte de quantité et de qualité

La pluie pourra-t-elle encore sauver les récoltes ? "Pour les pommes de terre, à mon sens, c'est fini. Les feuilles sont brûlées par le soleil. S'il pleut, elles ne reverdiront plus. Pour les prairies, l'herbe peut revenir, mais la qualité nutritive sera-t-elle encore au rendez-vous ? Certains agriculteurs sont déjà occupés à entamer leurs réserves d'hiver, comme en 1976. Mais je pense que le problème sera moins grave qu'alors, car il y a beaucoup moins de bêtes dans les fermes ! "

Le maïs souffre également : "La culture en deuxième récolte, après du ray-grass, est catastrophique. En première récolte, certains champs sont corrects, d'autres nettement moins. Il semble qu'il y ait eu un problème de fécondation : moins d'insectes et donc moins d'épis !

Toutefois, la vraie question porte sur la qualité du grain. Contiendra-t-il suffisamment d'amidon ? Une chose est sûre : on va ensiler avec un mois d'avance."

"Je pense que les légumes seront très chers cette année"

Et ne parlons pas des légumes, pour lesquels une catastrophe est annoncée : " Les agriculteurs sont obligés d'arroser tous les jours pour sauver leurs récoltes. Pour les haricots et les carottes, il faudra un miracle pour avoir du tonnage ! Je pense que les légumes seront très chers cette année."

Finalement, la seule récolte qui s'en sort un peu correctement, ce sont les betteraves : " Elles vont faire leurs kilos en octobre et, d'ici là, on aura de la pluie ! Enfin, on espère !"


Une argilière transformée en réserve d'eau ?

L'eau rime avec or bleu : "Il y a des années, Jean Castrique préconisait que les argilières des Briqueteries de Ploegsteert soient transformées en réserves d'eau. On ne l'a jamais écouté ! Avec les sécheresses à répétition, on s'aperçoit que c'était un véritable précurseur ! Je pense qu'il faudrait trouver un accord avec les Briqueteries pour réserver l'eau d'une de leurs argilières pour permettre aux agriculteurs de sauver les cultures. Ils disposeraient d'une eau de qualité et l'on ne puiserait plus dans la Lys, avec un impact sur la navigabilité."

Parallèlement, l'agriculture devrait repenser ses pratiques, même si rien n'est facile : "Le secteur est soumis à des exigences financières : emprunts importants, le prix des terres, etc. Et on ne parle pas de la lourdeur administrative, où l'on est contrôlé sur absolument tout ! Néanmoins, il ne faut jamais oublier que notre vocation première est de nourrir la population, tout en sachant qu'elle veut payer le minimum pour son alimentation ! Tous les agriculteurs veulent produire de la qualité mais comment le faire avec la mondialisation ?"

En ce qui concerne l'idée de l'argilière, l'échevin Philippe Mouton répond qu'il s'agit d'un domaine privé : "Les Briqueteries font déjà preuve d'un altruisme incroyable par rapport à l'environnement !"

Il est évident qu'il faudra avoir une réflexion sur les réserves d'eau : "On pourrait imaginer de réaliser des retenues d'eau sur des ruisseaux ou des bassins d'orage, avec des règlements précis, comme c'est le cas en Flandre. Peut-être le bassin d'orage de La Douve pourrait-il convenir ? Il faudra aussi économiser l'eau. Un exemple : l'agriculture moderne a entrainé le drainage des champs, soit l'expulsion de l'eau, qui n'est donc plus présente dans le sol quand on en a besoin !"

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.