Gaza : une crise sanitaire majeure provoque une puanteur insoutenable dans l'enclave
Publié24. septembre 2026, 13:46
Proche-OrientÀ Gaza, la puanteur d’une crise sanitaire devenue incontrôlable
Eaux usées, déchets et rats empoisonnent le quotidien à Gaza. Dans la nuit, des habitants ont aussi signalé de mystérieux largages malodorants.

À Gaza, la puanteur est devenue l’un des symptômes les plus visibles d’une crise sanitaire majeure. Selon une enquête publiée jeudi par The Guardian, les eaux usées circulent désormais entre les tentes et les habitations dans plusieurs secteurs, tandis que les déchets s’accumulent et que les rats prolifèrent. Les conséquences commencent même à franchir la frontière: des scientifiques établissent un lien entre les rejets d’eaux usées de Gaza dans la Méditerranée et une exceptionnelle prolifération d’algues qui a perturbé les installations israéliennes de dessalement.
Les cinq stations d’épuration de la bande de Gaza seraient aujourd’hui hors service. Omar Shatat, responsable du service des eaux des municipalités côtières, estime que quelque 45'000 mètres cubes d’eaux usées non traitées se déversent quotidiennement dans la Méditerranée. Quelque 15'000 mètres cubes supplémentaires contamineraient chaque jour les sols et les nappes phréatiques, notamment autour des camps informels d’Al-Mawasi.
«Les Palestiniens vivent entourés d’eaux usées», résume Pat Griffiths, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge à Gaza. Dans les camps, des habitants décrivent des mares stagnantes autour des lieux de vie, avec moustiques, mouches, rongeurs et odeurs nauséabondes. Une déplacée interrogée par le quotidien britannique raconte que l’eau utilisée pour laver le linge ou la vaisselle finit directement dans la rue, faute d’infrastructures fonctionnelles.
La pollution revient jusqu’en Israël
Cette catastrophe environnementale touche désormais aussi Israël. Une prolifération de microalgues longue d’une centaine de kilomètres a récemment obstrué les filtres de cinq des six principales usines israéliennes de dessalement, qui ont dû fermer plusieurs jours avant de reprendre à capacité réduite. L’association environnementale israélienne Zalul estime que les nutriments contenus dans les eaux usées provenant de Gaza peuvent favoriser ces proliférations.
Selon The Guardian, Médecins sans frontières estime que 90% des infrastructures d’eau et d’assainissement de Gaza ont été détruites depuis octobre 2023. Des puits, conduites, réservoirs et installations de dessalement ont notamment été frappés durant la guerre. Le Cogat, organisme israélien chargé des affaires civiles dans les territoires palestiniens, n’a pas répondu aux questions du quotidien sur la remise en état du réseau d’assainissement.
Et de mystérieuses odeurs dans la nuit
C’est dans ce contexte déjà saturé de mauvaises odeurs qu’un autre épisode intrigue depuis mercredi soir. Plusieurs médias palestiniens rapportent que des habitants de Gaza-ville ont soudainement senti une très forte odeur nauséabonde durant la nuit. Des sources locales citées par le quotidien égyptien Al-Shorouk affirment que des quadricoptères israéliens auraient largué des sacs contenant une substance malodorante. Le journal précise cependant que la nature du produit et l’objectif d’un éventuel largage ne sont pas connus.
Le «Skunk», une arme olfactive déjà utilisée par Israël
Le «Skunk» est un liquide extrêmement malodorant utilisé par les forces israéliennes comme moyen de dispersion des foules. Selon l’ONU, il est composé notamment d’eau, de levure et de bicarbonate de sodium et peut provoquer irritations, nausées et douleurs abdominales. Son odeur, comparée à celle des égouts, peut persister longtemps sur les vêtements, les bâtiments ou les véhicules. Des rapporteurs de l’ONU ont également documenté son utilisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, parfois avec des critiques sur des pulvérisations visant des habitations ou des commerces.
Tsahal reconnaît avoir développé des systèmes permettant à des drones de transporter et de diffuser du «Skunk water» à distance, notamment lors des manifestations à la frontière de Gaza en 2018-2019. L’armée israélienne présente ce dispositif comme un moyen «non létal» destiné à repousser les foules. Une commission d’enquête de l’ONU a également fait état de l’utilisation de drones pour pulvériser ce liquide durant cette période. Cela ne permet toutefois pas d’affirmer que le produit signalé cette semaine à Gaza était bien du Skunk.
D’autres médias palestiniens évoquent des «bulles» ou des objets largués par des drones et attribuent directement à ceux-ci la puanteur ressentie de Choujaïya et Tuffah jusqu’à Beit Lahia. Ces récits n’ont toutefois pas été confirmés de manière indépendante, et aucune preuve disponible ne permet pour l’instant d’identifier la substance évoquée ni même d’établir avec certitude qu’elle explique l’odeur signalée cette nuit-là.
Une prudence d’autant plus nécessaire que les habitants de Gaza sont déjà exposés quotidiennement aux effluents, aux eaux stagnantes et aux montagnes de déchets. Quelle que soit l’origine de l’épisode nocturne signalé cette semaine, la puanteur qui règne dans une partie de l’enclave est, elle, largement documentée et s’inscrit dans une crise de l’eau et de l’assainissement qui menace directement la santé de la population.

Adrien Iseli (adi) est journaliste au 20 Minutes depuis janvier 2007. Intégré au pôle pilotage, il gère la homepage de 20 Minutes.
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