À Jambes, trois coups de feu après une agression au couteau : "Un phénomène de bande urbaine"

À Jambes, trois coups de feu après une agression au couteau : "Un phénomène de bande urbaine"

Des coups de couteau, puis trois coups de feu. Ce mercredi au tribunal correctionnel de Namur, deux épisodes survenus les 6 juin et 30 août 2024 ont été examinés dans un même dossier. Pour le parquet, ils s'inscrivent dans un enchaînement marqué par la vengeance, sur fond de rivalités entre groupes.

Le premier épisode débute rue de Fer, à Namur, autour du vol d'une casquette Gucci. Une altercation éclate. Les tensions se poursuivent jusqu'à Jambes, où trois personnes sont victimes de coups de couteau. L'enquête peine toutefois à identifier avec certitude les auteurs.

Quelques semaines plus tard, le 30 août, un jeune homme de 18 ans au moment des faits, alors livreur Uber Eats, croise au cours de sa tournée un homme qui aurait été blessé lors des événements de juin. Selon ses déclarations au juge d'instruction, il fait demi-tour, va chercher une arme et revient sur les lieux.

Trois coups de feu sont tirés dans le parc de Jambes. La victime est touchée à la jambe et s'effondre. Le tireur prend alors la fuite à scooter, mais chute dans sa course. Son GSM tombe au sol et est récupéré, ce qui permet aux enquêteurs de remonter rapidement jusqu'à lui. Une arme sera également jetée dans l'eau.

Une intention meurtrière contestée

À l'audience, le prévenu, toujours détenu depuis son arrestation, survenue deux mois et demi après les faits alors qu'il s'était caché chez une amie, affirme avoir visé les jambes et nie avoir voulu tuer. "Je ne l'ai pas touché, il est parti, puis j'ai retiré", explique-t-il. Des témoins affirment pourtant l'avoir vu viser la tête.

Le parquet retient une intention meurtrière et voit dans le fait d'être retourné chercher une arme un élément de préméditation. "On choisit le moyen le plus dur chez soi, donc on veut tuer", estime l'accusation. Neuf ans de prison sont requis pour tentative d'assassinat.

La victime, constituée partie civile, fait état d'une hospitalisation, de soins intensifs, d'une nouvelle opération en janvier 2025 et d'un handicap évalué à 66 %. Les séquelles ne sont pas uniquement physiques. Selon son avocat, la peur reste présente au quotidien. En août 2025, une publication liée à un compte du détenu aurait également été interprétée comme une menace faisant référence aux tirs et à une future vengeance.

L'engrenage de la vengeance

Pour Me Geoffroy Bouvier, qui défend le prévenu poursuivi pour les coups de couteau, cette affaire illustre un "phénomène de bande urbaine", alimenté par les provocations et les réseaux sociaux. "La haine virtuelle dépasse la réalité", estime-t-il.

Son client nie d'ailleurs avoir porté les coups de couteau deux mois auparavant. Il affirme être rentré chez lui à Jambes après l'altercation. La défense conteste l'interprétation des images de vidéosurveillance et souligne que plusieurs personnes visibles sur celles-ci n'ont jamais été identifiées. Elle sollicite un sursis probatoire, avec un accompagnement destiné à éloigner le jeune homme de la violence et de la consommation de cannabis.

Me Balon-Perrin, avocat du tireur et de deux autres victimes des coups de couteau, évoque pour sa part "l'omerta qui règne dans ce genre de dossier". Son client aurait été blessé en juin avant de partir se faire soigner à Charleroi, sans déposer plainte. Puis serait venue la vengeance : "Il rumine sa vengeance en se procurant une arme." L'avocat conteste toutefois lui aussi la tentative d'assassinat. Trois tirs dans les jambes ne traduiraient pas, selon lui, une volonté de tuer : "Quand on veut tuer, on tire ailleurs."

À l'audience, chacun décrit ainsi le même engrenage, tout en rejetant la responsabilité de son déclenchement. Coups, humiliation, vengeance et représailles : deux épisodes qui semblent s'être nourris l'un l'autre.

Le tribunal correctionnel de Namur rendra son jugement le 14 octobre.

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