À Mouscron, les restaurants se préparent à la fin de la cigarette en terrasse : "On appliquera l'interdiction totale dès le 1er janvier"

À Mouscron, les restaurants se préparent à la fin de la cigarette en terrasse : "On appliquera l'interdiction totale dès le 1er janvier"

Avec les beaux jours qui rythment notre été, les terrasses se remplissent. Les verres comme les couverts tintent. Et, presque machinalement, certaines mains cherchent une clope ou une cigarette électronique dans une poche.

Ce geste, banal depuis des décennies, appartiendra bientôt au passé : à partir du 1er janvier 2027, il ne sera plus autorisé de fumer ni de vapoter sur les terrasses des cafés et restaurants de notre pays. Cette nouvelle règle promet de modifier les habitudes des clients… mais aussi le quotidien des professionnels de l'Horeca.

"Demandez si ça ne dérange pas"

Au Bistro des Anges, la grande cour est très prisée. Les volutes de fumée y sont encore tolérées par Stef et Tanja.

"Des clients me demandent s'ils peuvent fumer. Je ne pose pas de condition, je les invite simplement à demander à leurs voisins de table si ça ne les dérange pas, lorsqu'ils ne le font pas d'eux-mêmes. Je remarque un respect qui est appréciable, dit Stéphane Ingelbrecht. Certains posent déjà pas mal de questions sur cette interdiction, des "On a entendu que…". Ils pourront toujours aller devant, à l'avenir. J'ai surtout été content lorsque l'interdiction a été mise en place à l'intérieur des restos : on voit forcément ça d'un autre œil en tant que non-fumeur."

À Ô Bercail, à Herseaux, la patronne Séphora abonde dans le même sens que son confrère de la route Express : "Je pense que, comme l'interdiction de fumer à l'intérieur des restaurants il y a quelques années, où tout s'est fait naturellement (même s'il y a toujours des râleurs), avec le temps, cela se fera naturellement aussi. Non-fumeuse, je trouve cela logique : avec de l'alimentation, ce n'est pas très agréable quand tu manges. C'est peut-être moins le cas sur les terrasses de café."

Avec son extérieur très vaste, la fumée n'y a jamais véritablement posé problème : "Je n'ai d'ailleurs pas encore eu vraiment de demande, d'autant que je constate qu'il y a de moins en moins de clients qui fument en terrasse…"

Autre vaste espace vert où le public aime faire une halte pour manger au grand air : le Piro Lanno, sur les hauteurs du zoning hurlu.

"Nous avons encore pas mal de fumeurs mais il y a un constat à souligner : ils respectent de plus en plus les non-fumeurs : soit ils demandent s'ils peuvent fumer, soit ils s'éloignent automatiquement. J'ai fort heureusement un très grand jardin aménagé avec deux bancs où ils peuvent prendre leur temps et apprécier leur cigarette dans un cadre face à la campagne, mais on appliquera l'interdiction totale dès le 1er janvier prochain. Personnellement, je trouve ça très désagréable de sentir l'odeur d'une cigarette lorsqu'on profite d'un bon plat plein de saveurs !"

Interdit depuis toujours au Grand Central

Pour certains, cela ne changera rien dans cinq mois puisqu'ils appliquent déjà ce qui va devenir obligatoire. C'est notamment le cas du Grand Central, à la gare de Mouscron : une petite plaque souligne l'interdiction de cloper dans la cour de Camille et Tony.

"On a voulu fixer cette règle dès le départ, il y a bientôt 12 ans, même pour les cigarettes électroniques car ça ne va pas d'avoir une odeur de barbe à papa en mangeant ! Les habitués connaissent la règle. Ce sont surtout les clients de passage à qui on doit parfois rappeler l'interdiction.

Certains sont vexés lorsqu'on le leur dit, il y en a qui sont même partis pour cela mais cela est resté très rare. Même dans notre petit sas à l'entrée, ce n'est pas permis car la fumée s'engouffre à l'ouverture de la porte d'entrée. Les gens doivent fumer sur le trottoir et on a d'ailleurs apprécié la distribution des cendriers communaux pour l'horeca."

"Il aurait fallu différencier restaurants et cafés"

À Dottignies, le Gaston Vouzote déploie un grand jardin à l'arrière. "On a encore pas mal de clients qui fument. Depuis quelques mois, on ne l'interdit pas mais on distribue les cendriers uniquement au moment du dessert, vers 14 h 30/15 heures pour le service du midi et après 22 heures le soir, afin que la fumée n'importune pas les voisins non-fumeurs durant le repas", indique le patron, Jérémy Vanderbeke.

Le professionnel du boulevard des Canadiens estime que les cafés n'auraient pas dû être logés à la même enseigne que les restaurants : "C'est dommage pour eux, la cigarette et boire un verre font partie d'un ensemble pour certains… Je pense que cela aura pour conséquence d'être un frein à l'activité."

Un avis effectivement partagé par le secteur local, comme vous le lirez ci-dessous.


L'enthousiasme est plus modéré sur la terrasse des cafés

La cigarette en terrasse d'un café, c'est terminé dans 5 mois, en Belgique.
La cigarette en terrasse d'un café, c'est terminé dans 5 mois, en Belgique. ©David Henry

Autant la fumée de clope pendant qu'on mange, beaucoup n'en veulent plus. Autant pour accompagner une chope, l'accueil de l'interdiction est plus mitigée. Le point à Herseaux Place.

Du côté de Herseaux, Mike Torres derrière le zinc de l'Excel depuis deux ans a eu le temps de se forger une opinion qu'il développe avec force de détails : "Pour être honnête, je suis non-fumeur, donc je ne défends pas cette position par intérêt personnel. En revanche, j'ai toujours connu les cafés avec des personnes qui fumaient en terrasse, et ça fait partie d'une certaine habitude. À l'intérieur, je trouve que l'interdiction de fumer a été une très bonne évolution.

Aujourd'hui, les vêtements ne sentent plus la cigarette et l'ambiance est bien plus agréable. Là-dessus, je pense que tout le monde y a gagné. Par contre, concernant les terrasses, même en tant que non-fumeur, je n'y voyais pas vraiment d'inconvénient. Les gens sont à l'extérieur et je pense que, avec les années, tout le monde s'y est habitué".

"Je ne pense pas que cela fera arrêter les gens de fumer"

La question de la nouvelle habitude à prendre dans cinq mois commence à se poser.

"Certains se demandent déjà où ils pourront fumer. Je pense qu'il faudra un temps d'adaptation et qu'il y aura certainement quelques incompréhensions au début. Comme pour toute nouvelle règle, il faudra la faire respecter…"

Ce que le jeune cafetier craint, c'est un impact sur la fréquentation. "Je pense qu'il y en aura un, surtout dans les cafés où beaucoup de clients aiment accompagner leur consommation d'une cigarette. Certains viendront peut-être un peu moins souvent ou resteront moins longtemps s'ils doivent se déplacer pour fumer. Je ne pense pas que cela fera arrêter les gens de fumer ; cela risque plutôt de modifier leurs habitudes et d'avoir un impact sur certains établissements. Je comprends évidemment l'objectif de santé publique derrière cette décision.

Mais, personnellement, je ne suis pas convaincu que cela changera réellement la fréquentation des terrasses du côté des non-fumeurs ou des familles. Je pense que la plupart des gens s'étaient habitués à cette situation. Au final, même si je ne fume pas, je comprends la déception des fumeurs. Je trouve ça dommage, parce que cela ne les empêchera pas de fumer, mais leur enlèvera simplement un espace où ils pouvaient le faire en extérieur. C'est la loi et il faudra la respecter…"

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