À tout juste 20 ans, il prenait le maquis à Vabre : Lucien Lazare, l’un des derniers maquisards, s’est éteint à 101 ans

À tout juste 20 ans, il prenait le maquis à Vabre : Lucien Lazare, l’un des derniers maquisards, s’est éteint à 101 ans

l'essentiel Décédé à 101 ans, Lucien Lazare était l’un des deux derniers survivants des maquis de Vabre. De la Résistance juive au sauvetage d’enfants pendant la guerre, puis du maquis tarnais à son travail d’historien à Yad Vashem, sa vie aura traversé le siècle. À Vabre, où il revenait régulièrement témoigner, son souvenir reste intimement lié à celui des maquisards qui ont combattu pour la Libération du Tarn.

Il avait 20 ans lorsqu’il est arrivé dans le Tarn. Le 15 juin 1944, Lucien Lazare est inscrit dans le registre des Maquis de Vabre, sous le pseudonyme de "Lapeyre". Numéro 174. Quelques semaines plus tard, le jeune homme originaire de Metz connaîtra ici la guerre, la clandestinité et la Libération de Castres. Il vient de s’éteindre à 101 ans. Il était l’un des deux derniers survivants du maquis vabrais, laissant derrière lui une vie qui semble épouser toute l’histoire de la Résistance juive en France.

"Au départ, Lucien Lazare, c’est un sauveur d’enfants", résume Simon Louvet, historien de l’Amicale des Maquis de Vabre. Avant le maquis, il y a Lyon, où sa famille s’est réfugiée après l’Exode de 1940. Les premières lois antisémites de Vichy lui font découvrir une identité juive qu’il connaissait peu. Il rejoint alors les Éclaireurs israélites de France et leur réseau clandestin de sauvetage, "La Sixième".

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À 18 ans, pendant les rafles de l’été 1942, il participe à la fabrication de faux papiers et au convoyage d’enfants juifs pour les soustraire aux arrestations. Une première forme de résistance qui va le conduire à la lutte armée.

De combattant à tailleur

Le Tarn est une destination logique. De nombreux jeunes scouts juifs passent par le chantier rural de Lautrec, avant que la répression ne les pousse à se disperser. Certains rejoignent alors les maquis. Le frère de Lucien, Alfred, est déjà à Vabre lorsqu’il le rejoint en juin 1944. "À travers leur action de sauvetage à partir de 1942, on a le squelette de la Résistance armée de 1943-1944", explique Simon Louvet.

À Vabre, Lucien découvre la vie de maquisard. Et l’apprentissage des armes ne se passe pas comme prévu. Lors de sa formation, une mitraillette Sten se déclenche accidentellement : "deux balles blessent un camarade à la cuisse", raconte l’historien. La carrière de combattant de Lucien Lazare prend alors une autre direction. Il devient tailleur militaire.

Une fonction moins spectaculaire, mais essentielle. "La hiérarchie a vraiment l’objectif que les maquisards ressemblent à une armée. Et donc qu’ils aient des uniformes militaires dignes de ce nom, avec le drapeau, pour ne pas être considérés comme des terroristes", précise Simon Louvet. À Vabre, le savoir-faire des tailleurs issus notamment du monde juif parisien trouve naturellement sa place. Des centaines d’uniformes seront confectionnés pour les maquisards.

Le 8 août, la guerre rattrape le maquis

Le 8 août 1944, les Allemands attaquent les cantonnements de la Roque et de Lacado, deux bases de repli du Maquis de Vabre. Lucien se trouve à Lacado. Les maquisards prennent la fuite tandis que le cantonnement est en partie détruit.

Cette journée laissera une autre trace dans sa mémoire. Dans les bâtiments abandonnés, une Torah est retrouvée par un soldat allemand qui la profane. Pour les maquisards juifs comme pour le pasteur Marcel Ducommun, qui entretenait avec eux un dialogue œcuménique, le geste est particulièrement violent. Des années plus tard, Ducommun fera parvenir à Lucien Lazare un ouvrage biblique ancien pour remplacer celui qui avait été profané, raconte Simon Louvet.

Puis vient la Libération. Castres est libérée le 20 août 1944. En septembre, Lucien quitte le maquis avec une partie de ses camarades pour rejoindre l’armée de Libération. Il ne cessera pourtant jamais de revenir vers cette histoire. Après-guerre, Lucien Lazare se tourne vers les études religieuses et l’histoire. En 1968, il part vivre en Israël. Il devient historien de la Résistance juive et travaille notamment à Yad Vashem sur les Justes parmi les Nations. En 1987 paraît La Résistance juive en France, l’un de ses ouvrages majeurs.

Mais le lien avec le Tarn demeure. Il revient à Vabre, participe aux colloques, témoigne et raconte. En 2004 encore, lors du colloque organisé au temple de Vabre pour les 60 ans de la Libération, il prend la parole. "Il est resté un homme de gauche et un humaniste jusqu’au bout", conclut Simon Louvet.