À trop parler de guerre, on en oublierait la paix : c'est "un projet politique qui vise à inculquer une nouvelle culture dans la société"

À trop parler de guerre, on en oublierait la paix : c'est "un projet politique qui vise à inculquer une nouvelle culture dans la société"

Parler de paix alors que la guerre et la violence armée font rage aux quatre coins de la planète, cela pourrait s'apparenter à une forme de contre-courant. Mais c'est celui que la CNAPD (Coordination Nationale d'Action pour la Paix et la Démocratie) a choisi depuis des années de développer. Et encore plus cette semaine au cours du premier Festival pour la Paix organisé à Bruxelles et en Wallonie. Ces ateliers et discussions s'articulent, pendant six jours, autour des luttes pacifistes et antimilitaristes, décryptent la propagande militaire et proposent des alternatives.

Ce mardi, c'est dans un bar associatif que Samuel Legros, chargé de recherche et plaidoyer à la CNAPD, a abordé la "militarisation en Belgique". "'Défense' et 'investissement militaire' ont intégré notre structure mentale", pointe-t-il. La logique actuelle s'inscrit dans "un processus multifactoriel et qui a pour vocation de s'insérer dans une multitude de domaines de la société." Ce qu'il veut démontrer, c'est que l'armée n'est pas uniquement dans les casernes ou sur les terrains d'entraînement. Depuis 2014, sous le premier ministre PS Di Rupo, l'engagement a été pris d'aligner les dépenses militaires belges à 2 % de son PIB afin de s'accorder avec la norme OTAN. "La Belgique était à 0,93 %, ce n'était pas anecdotique." Entre 2014 et 2024, le budget alloué à l'armée belge a été doublé. Et, ensuite, la vitesse supérieure a été enclenchée sous le gouvernement Arizona et son ministre de la Défense Francken. "La défense en 2026, c'est 13,1 milliards. C'est cinq fois plus que le budget de la Justice et 625 fois plus que la politique environnementale et climatique du gouvernement fédéral. Hors sécurité sociale, la défense, c'est un peu plus d'un tiers du budget fédéral."

"Inculquer une nouvelle culture dans la société"

Pour l'activiste de la paix, le ministre Francken s'est inscrit dans "un projet politique qui vise à inculquer une nouvelle culture dans la société. Il faut insuffler cet esprit et pas uniquement dans et par l'armée." La défense s'est ainsi invitée dans les foyers, auprès des mineurs d'âge lorsque 149 000 courriers ont été adressés aux jeunes de 17 ans pour les encourager à postuler au service militaire.

Samuel Legros s'interroge également sur le débat politique autour des investissements dans l'armée ainsi que sur le futur "codex", le code militaire. "Actuellement, les militaires peuvent utiliser la violence qu'en situation de légitime défense. Mais Francken veut changer ça. "Notamment en ouvrant plus largement les missions à la sécurisation civile.

Les échanges sont ouverts avec le public venu participer à cet atelier du Festival de la paix. "On nous a mis dans la tête que l'Union européenne était un faiseur de paix. Mais, maintenant, il n'y a plus aucune relation diplomatique avec la Russie, regrette cet intervenant. On reproche aussi aux mouvements de paix d'être naïfs, quelle que soit la nature de leurs interventions." Un autre relève que les "volontés de paix" ne sont pas suffisamment médiatisées. Se méfier des chiffres de la guerre et de l'armement, clame un autre intervenant : "On y donne énormément d'énergie plutôt de faire ce qu'il faut pour la paix."

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