Absence de sexe et femmes effacées : Nolan vide de sens “L’Odyssée”
25 juillet 2026
“De toutes les inexactitudes historiques sur lesquelles on peut râler dans la dernière adaptation de L’Odyssée, la plus déconcertante est l’absence de sexe”, s’indigne The Cut, qui s’interroge : “Personne n’a envie de baiser dans L’Odyssée ?”
Et puis, “le protagoniste, Ulysse, est certes un homme, mais L’Odyssée est une légende où les femmes occupent une place prépondérante”, rappelle la BBC Afrique. “L’Odyssée n’est pas simplement un récit d’héroïsme, mais une histoire de sexe, de stratégie et de pouvoir.”
Alors qu’en reste-t-il ? Spoileur : pas grand-chose.
“L’Ulysse du poème épique d’Homère tirait son coup pendant la nuit sur une île pendant qu’à l’autre bout de la mer, sa femme, Pénélope, repoussait des prétendants ivres qui allaient ensuite se taper des servantes vite fait bien fait”, retrace The Cut.
Pourtant, dans l’adaptation moderne de Christopher Nolan, “c’est à peine si quelqu’un a un début d’érection”.
“L’Odyssée n’est qu’une raison de plus de désespérer.”
La critique Stephanie Zacharek dans Time
Outre l’absence de sensualité et d’érotisme, les femmes sont aussi reléguées au second plan.
“Même les critiques les plus enthousiastes – pour ne rien dire des évaluations des spécialistes – semblent reconnaître que les femmes (qui n’ont jamais été historiquement le point fort de Nolan) sont un peu maltraitées dans le film”, argue la critique Catherine Shoard dans les colonnes du Guardian.
Concrètement, que reproche-t-on à l’adaptation de Nolan ?
Déjà, “l’Athéna jouée par Zendaya – une des divinités parmi les plus puissantes – n’a presque rien à faire là, à part, vaguement, suivre Ulysse, déguisée comme une épouse en deuil sous son voile, hochant doucement la tête ou la secouant parfois avec tristesse, telle l’enseignante qui vous déclare qu’elle n’est pas fâchée, mais simplement déçue”, regrette le quotidien britannique.
Pareil pour la Calypso incarnée par Charlize Theron, qui “ne lui sert en réalité que de faire-valoir, elle marche derrière lui dans le sable en portant boissons et fleurs de lotus. Des fleurs, nous suggère-t-on, qui sont secrètement là pour empêcher Ulysse de se souvenir de son identité”, abonde encore Catherine Shoard.
En réalité, elle en fait son esclave sexuel pendant huit ans, “mais le film n’en dit rien”.
“La Calypso d’Homère est un rôle formidable. Celle de Nolan est une femme quelconque qui tient un bar sur la plage tout en envisageant de se reconvertir dans la psychothérapie.”
La critique Catherine Shoard dans le quotidien britannique The Guardian
Résultat ? “Dans le monde de Nolan, les femmes ne sont que des véhicules pour transmettre le message antiguerre, ce qui explique le peu de temps qui leur est offert à l’écran. Elles ne sont que des victimes du désir, elles n’en usent pas elles-mêmes”, déplore The Cut.
“Avec ces changements, les femmes sont systématiquement soit plus ennuyeuses, soit plus dingues.”
La critique Catherine Shoard dans le quotidien britannique The Guardian
Au début, les scènes avec Circé (interprétée par Samantha Morton) sont prometteuses : “Elle prépare un banquet pour les hommes d’Ulysse dans son cottage tout droit sorti d’un guide de voyage (bonne table, pas de télé) avant de les transformer cruellement en cochons.”
“Ulysse débarque, pige ce qu’elle a fait et la persuade d’annuler son sort, non pas en lui assénant un long discours et en entretenant des relations sexuelles avec elle pendant un an – comme dans le poème –, mais en lui balançant deux ou trois mots, en convenant que les hommes peuvent être des monstres, mais que ceux-là ne sont pas trop mal, dans le genre”, déplore le Guardian.
“La guerre, c’est mal. Un bien beau message, sauf que Nolan insiste tellement dessus qu’il vide de sens tout ce qui rend L’Odyssée intéressante.”
Le magazine américain The Cut
Enfin, même les retrouvailles avec Pénélope ont été recouvertes d’un vernis de chasteté.—
Éloïse Duval