Albanie : face aux violences, le Premier ministre veut durcir la gestion des manifestations
Disant s'inspirer du "modèle français casseur-payeur", Edi Rama a présenté un train de mesures lors d'une allocution vidéo, retransmise en direct dimanche matin sur les réseaux sociaux.
"Quiconque choisit de rester dans une foule" commettant des violences ou pillages au sein de l'espace public ou "dissimulant son identité" s'expose à des amendes allant jusqu'à 5.000 euros, a-t-il déclaré.
Cela s'appliquerait à toute sorte de rassemblements "lorsqu'ils entraînent des dommages matériels".
Selon ce projet, la police sera également autorisée à "restreindre les rassemblements jusqu'à 72 heures" dans certains périmètres, "en cas de risque imminent de violence", a ajouté le dirigeant socialiste, au pouvoir depuis 2013.
Le texte, qui doit être présenté la semaine prochaine, prévoit par ailleurs l'"indemnisation immédiate des petites entreprises" et la "suspension" ou révocation de ceux qui "encouragent, organisent ou coordonnent la participation d'élèves mineurs à des rassemblements".
Des enseignants ont apporté leur soutien aux revendications des lycéens.
La capitale Tirana est depuis le 13 octobre le théâtre de scènes violences lors de manifestations, une escalade dans un mouvement de contestation née en mai contre un projet immobilier dans une réserve naturelle liée au gendre de Donald Trump.
Des milliers de personnes, notamment des jeunes, y ont participé pour dénoncer les mauvaises conditions d'étude dans les universités, la corruption, et exiger la démission du chef du gouvernement.
Heurts en Albanie lors d'une nouvelle manifestation contre la corruptionRetour au communisme
Pour sa part, Edi Rama dénonce des ingérences extérieures. "Quiconque exige ma démission se trompe en pensant qu'elle peut être imposée par la force", a-t-il déclaré dimanche.
Ces annonces n'ont pas dissuadé pour autant les quelques centaines de manifestants qui ont défilé dans l'après-midi au coeur de la capitale.
Deux retraitées ont ainsi exprimé, sous le couvert de l'anonymat, leur "inquiétude" face à ces "violations" manifestes, selon elles, des droits humains.
"Pourquoi les parents devraient payer pour les actes de leurs enfants alors que le Premier ministre n'est lui pas responsable des membres de son gouvernement" visés par des enquêtes, s'interroge l'une d'elles, qui dit toucher une retraite de 180 euros.
"Censurer les comptes en ligne qui appellent à manifester, arrêter des gens... c'est comme un retour" aux années communistes d'avant 1990, a estimé pour sa part Frida, 29 ans.
L'opposition a également critiqué le durcissement envisagé par le Premier ministre socialiste.
Son train de propositions "vise à étouffer les manifestations et à contrôler les réseaux sociaux", a réagi auprès de l'AFP le vice-président du parti Démocratique Belind Këlliçi.
Ces manoeuvres pour "porter atteinte" aux libertés d'expression et de réunion "violent les droits fondamentaux et contredisent les valeurs de l'Union européenne", dont l'Albanie aspire à devenir membre, a-t-il dit.
Dimanche en début de soirée, quelques heurts ont éclaté entre les manifestants et les forces de l'ordre aux abords du siège du gouvernement.
La veille, 23 personnes ont été arrêtées, selon la police. Treize autres font l'objet de poursuites judiciaires et 30 sont "recherchées".
Au total depuis mi-octobre, les autorités font état de plus de 300 blessés et d'autant d'interpellations.