Allemagne: avec la victoire de l'AfD en Saxe-Anhalt, les déconvenues s'enchaînent pour Friedrich Merz

Allemagne: avec la victoire de l'AfD en Saxe-Anhalt, les déconvenues s'enchaînent pour Friedrich Merz

Le chancelier allemand Friedrich Merz est au défi ce lundi de réagir au triomphe électoral de la formation anti-immigration et prorusse AfD en Saxe-Anhalt, un scrutin qui place l'extrême droite en position favorable pour diriger une région allemande pour la première fois depuis 1945. L'AfD pourrait potentiellement chercher à former une coalition avec un parti d'extrême gauche poro-russe.   

Publié le : 07/09/2026 - 07:38Modifié le : 07/09/2026 - 09:04

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Le dirigeant conservateur enchaîne depuis son arrivée au pouvoir en mai 2025 les déconvenues, lui qui avait promis de juguler l'essor de l'AfD, devenue deuxième force du pays aux législatives de l'an dernier. Il a mené une politique économique libérale et réduit l'immigration. Mais au final, l'extrême droite, menée par le charismatique Ulrich Siegmund, 35 ans, a infligé un camouflet historique au parti du chancelier, la CDU, le devançant avec 44% des suffrages contre moins de 18%. Le grand vainqueur a ironisé dimanche en qualifiant Friedrich Merz de « très bon agent de campagne électoral pour l'AfD ».

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Dimanche soir, à Magdebourg, le ministre-président sortant, le chrétien-démocrate Sven Schulze, abattu, prend la parole environ deux minutes devant ses troupes, le moral en berne avant de quitter la soirée électorale. Déjà d’aucuns au sein de la CDU réclament sa démission.

Le chancelier Merz désigné coupable

Pourtant, les membres du parti interrogés sont unanimes. Le coupable c’est l’impopulaire Friedrich Merz que les électeurs ont d’abord voulu sanctionner, rapporte notre correspondant, Pascal Thibaut. « Nous payons l’addition pour la mauvaise politique de Merz à Berlin. J’ai été un super supporter de Merz mais les électeurs ne sont pas bêtes. Nous devons défendre les valeurs conservatrices », tacle un membre du parti.

Après le père le fils. Fabian Theige, membre des jeunesses chrétiennes-démocrates qui ont soutenu Merz avec ferveur dans le passé, est sur la même ligne. « Ce qu’il fait, c’est effrayant. Espérons qu’avec ce résultat, le message du peuple sera entendu. »

L’analyse de ces militants n’est pas fausse. Les sondages réalisés hier montrent que les électeurs voulaient d’abord sanctionner le gouvernement fédéral et plus spécialement la CDU et le chancelier Merz qui accumule les déconvenues politiques et les mauvais sondages d'opinion depuis plusieurs mois. À peine plus d’un an après son arrivée à la chancellerie, en juin dernier, le dirigeant de la coalition « rouge-noir » Friedrich Merz avait le soutien de seulement 14 % des électeurs

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Selon les projections de l'audiovisuel public allemand, il manque à l'AfD (Alternative pour l'Allemagne) trois sièges au parlement régional pour atteindre la majorité absolue de 42 sièges. Il s'agirait alors de débaucher quelques élus d'autres partis ou de former des alliances.

Un parti d'extrême gauche pro-russe et anti-immigration

C’est paradoxalement un petit parti d’extrême gauche qui pourrait aider l’extrême droite à arriver au pouvoir en Saxe-Anhalt. Crédité de 5% des voix, le BSW, un parti populiste de gauche, pro-Poutine et opposé à l’immigration, partisan du gaz russe bon marché, présente un certain nombre de points communs idéologiques avec l’AfD, rapporte notre correspondante à Berlin, Nathalie Versieux.

« Nous avons dès le début dit que nous nous réservions le droit de décider au cas par cas avec qui nous pourrions réaliser tel ou tel projet spécifique. Et il y a bien sûr des projets que nous pourrions tout à fait réaliser avec l’AfD, a affirmé Claudia Wittig, la candidate du parti en Saxe-Anhalt, dimanche soir à la télévision publique. Par exemple la thématique du prix de l’énergie. C’est un énorme problème en Saxe Anhalt. Pour nous aussi c’est un projet très important. Là on pourrait réaliser quelque chose avec l’AfD. » 

Face à elle, la cheffe de l’AfD, Alice Weidel, exulte. « Vous voyez ! C’est comme ça qu’on fait une politique raisonnable. C’est comme ça que se comportent les démocrates. À savoir en se confrontant sur les questions importantes plutôt que de monter des murs pare-feu. Parce que dans une démocratie, il faut parler les uns avec les autres. » 

Seul parti à rejeter le principe du « mur pare-feu »

BSW est le seul parti allemand à rejeter le principe du « mur pare-feu autour de l’extrême droite », un concept qui interdit depuis 2010 aux partis allemands tout rapprochement avec l’AfD. La formation d’une majorité entre ces deux extrêmes si elle voyait le jour, serait une première en Allemagne

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Fondée en 2013 comme parti eurosceptique, l'Alternative pour l'Allemagne s'est muée en parti antimigrants libéral, en particulier dans l'Est appauvri. Comme le reste de la classe politique, la CDU exclut toute alliance avec l'AfD. Mais Ulrich Siegmund et la cheffe de l'AfD à l'échelle nationale, Alice Weidel, ont évoqué dimanche soir leur « main tendue ».

Ce lundi, Friedrich Merz retrouvera la direction de son parti pour analyser la défaite, avant de s'exprimer devant la presse. La seule manière pour la CDU de continuer de gouverner la Saxe-Anhalt serait une improbable alliance avec tous les autres partis, y compris l'extrême gauche.

Décryptage avec notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut et en studio Paul Maurice, secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri

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L'extrême droite remporte l'élection en Saxe-Anhalt - Ecoutez notre édition spéciale de ce lundi 07 septembre