Alzheimer : une étude sur 60 000 personnes révèle un lien inattendu...
Nous n'en gardons aucun souvenir. Pourtant, ce que nous mangeons durant nos deux premières années pourrait encore influencer notre santé à 60 ou 70 ans. Une étude publiée dans la revue npj Aging suggère qu'une faible exposition au sucre pendant cette période serait associée à un risque beaucoup plus réduit de développer la maladie d’Alzheimer.
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Une expérience grandeur nature révèle les effets du sucre
Pendant et après la Seconde Guerre mondiale, le sucre était rationné au Royaume-Uni. En septembre 1953, les restrictions ont été supprimées. La consommation moyenne des adultes a alors presque doublé, passant d'environ 41 à 80 grammes par jour. Celle des confiseries chez les enfants a également fortement augmenté.
Ce changement brutal a offert aux chercheurs une occasion rare : comparer la santé des personnes nées pendant le rationnement à celle des individus nés peu après sa suppression.
L'équipe a analysé les données de 60 394 participants à la UK Biobank, nés entre 1951 et 1956. Les personnes exposées à moins de sucre depuis la grossesse jusqu'à l'âge de deux ans présentaient un risque de démence toutes causes confondues inférieur de 27 %. Pour la maladie d'Alzheimer, la différence atteignait 46 %.
Le risque de dépression était également réduit de 11 % et celui d'anxiété de 20 %. En revanche, aucun lien significatif n'a été trouvé avec la maladie de Parkinson.
L’alimentation pendant les deux premières années de vie pourrait laisser une empreinte durable sur la santé. Une faible exposition aux sucres ajoutés durant cette période serait associée à un risque d’Alzheimer réduit plusieurs décennies plus tard. ©velikiyzayats, Adobe Stock
Des différences visibles jusque dans le cerveau
Les chercheurs ont aussi étudié les IRM cérébrales d'une partie des participants. Chez les personnes exposées au rationnement après leur naissance, le cerveau paraissait en moyenne 0,39 an plus jeune que leur âge réel.
Certaines régions, dont l'hippocampe et le thalamus, présentaient également un volume plus important. Or, ces zones participent notamment à la mémoire et à d'autres fonctions cognitives.
Ces observations vont dans le même sens qu'une étude publiée en 2017 dans Alzheimer’s & Dementia. Une consommation élevée de boissons sucrées y était associée à une moins bonne mémoire, à un volume cérébral total plus faible et à un hippocampe plus petit.
Diabète et hypertension également concernés
Les effets possibles du sucre durant la petite enfance ne se limiteraient pas au cerveau. En 2024, une autre étude publiée dans Science a montré qu'une exposition réduite pendant les 1 000 premiers jours était associée à un risque de diabète de type 2 inférieur d'environ 35 % et à un risque d'hypertension réduit de 20 %. L'apparition de ces maladies était aussi retardée de quatre et deux ans.
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Ces résultats sont intéressants, car le diabète et l'hypertension peuvent eux-mêmes favoriser les atteintes des vaisseaux sanguins et augmenter le risque de démence.
Ces travaux ne prouvent pas que le sucre provoque directement Alzheimer. Le message n'est donc pas d'éliminer les fruits, le lait ou les autres aliments contenant naturellement du sucre. Il invite surtout à limiter les sucres ajoutés pendant la grossesse et la petite enfance, une recommandation déjà utile pour la santé immédiate et peut-être aussi pour protéger le cerveau à très long terme.