Analyse du projet de budget 2027

Analyse du projet de budget 2027

Coup de projecteur sur l'économie et la France, qui est, selon Christian Chavagneux, dans la spirale d'une austérité inefficace. Les prévisions de croissance par le gouvernement seraient-elles trop optimistes ?

Hier, le gouvernement a proposé son projet de budget pour 2027. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la situation de départ est tendue avec un déficit à 5,4 % du PIB cette année, une dette qui approche les 120 % du PIB.

Comment le gouvernement compte maîtriser la situation ?

D'abord, par le pari d'un retour de la croissance à 1 % l'an prochain : « Une prévision solide et étayée » a indiqué Roland Lescure, le ministre de l'Économie et des Finances. Une prévision « optimiste » rétorque le Haut Conseil des finances publiques, car « l'ampleur du rebond prévu de l'investissement privé paraît volontariste ».

L'investissement privé, c'est celui des entreprises et l'investissement immobilier des ménages. Les économistes sont plutôt d'accord avec le Haut Conseil, l'un d'entre eux, Patrick Artus, m'a même dit que "l'investissement privé sera en croissance négative en 2027". On ne peut pas faire plus opposé à la prévision du ministre !

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Quel est l'autre choix du gouvernement pour maîtriser le déficit ?

L'austérité, mais sans le dire.

Pour le comprendre, il faut aller regarder dans le détail l'effort de baisse réelle des dépenses et de hausse réelle des recettes, ce que les économistes appellent l'effort structurel : plus il est positif, plus il y a d'austérité.

Or, cet effort structurel passe de 0,4 point de PIB en 2025 et 2026 à 0,9 point en 2027, il fait plus que doubler.

Au passage, sa répartition est intéressante : la majorité passe par des hausses de recettes fiscales, ce qui confirme la tendance des années précédentes. Sans le reconnaître, le gouvernement d'Emmanuel Macron a enfin compris qu'un redressement budgétaire réussi passe forcément par des hausses de prélèvements obligatoires.

Avec tout ça, la France va-t-elle réussir à maîtriser son déficit ?

Même pas. Et c'est là que l'on comprend combien nous sommes entrés dans une zone très périlleuse. Parce qu'en dépit de l'austérité, le déficit budgétaire est prévu pour rester scotché à 5 % du PIB l'an prochain. Pourquoi ?

Parce que comme notre dette est importante et que les taux d'intérêt sont de plus en plus élevés, les dépenses des intérêts de la dette mangent une grande partie de l'effort d'austérité, ce qui empêche de véritablement maîtriser le déficit.

La France est en train de s'enfermer dans une spirale redoutable : plus elle serre la vis budgétaire, plus elle affaiblit la croissance ; plus la croissance ralentit, plus le redressement des comptes devient difficile, plus la dette coûte cher et plus il faut serrer la vis.

Une course étrange où il faut courir toujours plus vite pour rester pratiquement à la même place, jusqu'à l'épuisement, c'est à craindre.

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