André Citroën ... bientôt au Panthéon ?

André Citroën ... bientôt au Panthéon ?

Chaque dimanche, Paola Puerari brosse le portrait d'une femme ou d'un homme qui va faire l'actualité, aujourd'hui André Citroën.

Ingénieur visionnaire, esprit d'avant-garde, l'homme qui a démocratisé l'automobile en France.

Il pourrait devenir le premier grand patron sous la Coupole. Car la crypte abrite des écrivains, des résistants. Mais aucun chef d'entreprise. Un oubli que le président du Medef entend bien réparer !

Pour comprendre ce destin hors norme, ses gloires et ses déboires, il faut commencer par le logo. Deux chevrons. Deux dents d'engrenage. Nous sommes en 1900. Un étudiant passe l'été en Pologne, le pays de sa mère. Il pousse la porte d'un atelier où un artisan taille des roues dentées en arête de poisson. Ça tourne sans bruit, ça ne casse pas. Il achète le brevet pour presque rien. Il ne le sait pas encore, mais il vient d'acheter le plan de sa propre vie. L'engrenage est en marche.

Pourtant, les débuts avaient été difficiles. Fils d'immigrés juifs, André Citroën a six ans quand son père se donne la mort. L'enfant se choisit deux figures : Gustave Eiffel, dont il regarde monter la tour, et Jules Verne, qu'il dévore. Le fer et le rêve.

C'est la guerre qui fait de lui un industriel ?

En 1914, il n'est qu'un simple lieutenant d'artillerie envoyé sur le front. Et déjà cet esprit d'audace. la France se fait pilonner. La suite, c'est son petit-fils qui la raconte, Henri-Jacques Citroën.

L'usine de Javel, montée en six semaines, finira par produire 55 mille obus par jour. La cadence, il l'a trouvée. D'où cette promesse, en 1919 : là où l'on a vu faire des obus, on verra bientôt construire des automobiles. Car le 20ème siècle sera celui de la bagnole !

Et la machine passe la vitesse supérieure. André Citroën devient ami avec Charlie Chaplin, il part aux Etats Unis visiter les usines Ford : les chaînes de montage, la standardisation. Une révélation… La Type A sort dans l'année en France, moitié moins chère qu'une voiture d'avant-guerre.

Javel devient une ville dans la ville. Il invente le treizième mois. Citroën se révèle un patron social, voire même féministe pour 1915 : tout était prévu pour ses ouvrières !

C'est le roi du marketing. Avec des panneaux de signalisation offerts aux villes et même des voitures miniatures pour prendre les enfants au berceau. Et vient la folie des grandeurs de ce mégalomane. Un avion écrit son nom dans le ciel. Puis le rêve d'enfance exaucé : la tour Eiffel changée en enseigne, deux cent mille ampoules de toutes les couleurs avec écrit Citroën en géant !

À écouter

La Croisière noire, une expédition Citroën à la gloire de la colonisation française - Le récit

Affaires sensibles

France Inter

35 min

André Citroën voulait étonner le monde. Il a réussi.

Mais une machine lancée à ce régime-là ne connaît plus le point mort. La crise de 29 frappe les États-Unis, les ventes s'effondrent, il faut casser les prix. Alors il accélère encore. C'est un joueur dans l'âme, et le jeu ne s'arrête pas aux tapis verts de Deauville. Une vie à quitte ou double. Un acrobate sur un fil.

Mauvais engrenage. Retards, défaillances, agonie financière. La machine se casse. André Citroën est mort ruiné, à cinquante-sept ans, d’un cancer, dépossédé de tout ce qu'il avait bâti.

L'homme s'arrête. Pas l'engrenage. Ceux qui gagnent à long terme sont ceux qui savent rêver, et Citroën savait rêver. De son esprit, naît la Deux Chevaux, la DS…

Reste le dernier cran, cette idée d'entrée au Panthéon, pour rejoindre son ami Joséphine Baker qui avait chanté son amour de la marque.