Andreï Zviaguintsev dit sa "gratitude" après la sélection de son film "Minotaure" pour représenter la France aux Oscars
Andreï Zviaguintsev, réalisateur russe, est l'invité de Quentin Lafay pour le film "Minotaure", grand prix du festival de Cannes 2026, en salles le 14 octobre.
Après neuf ans de silence cinématographique, de maladie et d'exil, Andreï Zviaguintsev revient avec "Monotaure" qui relate l'histoire d'un couple en crise au moment où la Russie bascule dans la guerre à l'automne 2022 avec la mobilisation partielle des civils. Le film s'inspire en grande partie de "La femme infidèle", de Claude Chabrol. Produit en France, "Minotaure" vient d'être sélectionné par la France pour la représenter aux Oscars, ce qui vaut au réalisateur d'être classé par la Russie comme "agent étranger".
La société russe face à la mobilisation
Ce que l'on voit dans son film "correspond à la réalité" de ce qui se passait en Russie à l'automne 2022, assure Andreï Zviaguintsev. "Les gens évitaient de réagir à ce qui se passe, de réagir à la guerre, et la guerre était cachée des yeux du public, les gens n'en parlaient pas publiquement, et le seul signe évident de la guerre, c'était les publicités qui invitaient les potentiels volontaires à venir signer un contrat avec le ministère de la Défense", relate le cinéaste. "Ensuite, la guerre s'impose un peu plus au moment où notre personnage principal est convoqué à la mairie et on l'informe que son entreprise doit désigner 14 personnes qui seront mobilisées parce qu'il y a des quotas pour les entreprises."
Un Minotaure à double sens
Andreï Zviaguintsev explique avoir nommé son film "Minotaure" car "le Minotaure nous fait penser à Hérodote, au mythe grec d'un sacrifice humain, et en parallèle, l'autre arc narratif que nous voyons dans le film fait référence à un livre d'Honoré de Balzac, 'La physiologie d'un mariage', où il utilise le terme de 'minotaurisation' d'un époux dans le labyrinthe de la vie de famille. C'est un texte formidable, très ironique, où l'auteur avait vraiment saisi beaucoup de choses."
Après sa sélection pour représenter la France aux Oscars, Andreï Zviaguintsev dit sa "gratitude" envers la France et la commission qui l'a sélectionné. Il se dit aussi conscient que sa notoriété et son statut de réalisateur reconnu ne le mettent pas à l'abri de représailles russes. "Je ne suis pas protégé et personne d'autre n'est protégé", constate le cinéaste.