Anne Laure Borras, nouvelle présidente de l’AOP Languedoc : "Les vignerons doivent jouer collectif"

Anne Laure Borras, nouvelle présidente de l’AOP Languedoc : "Les vignerons doivent jouer collectif"

Œnologue de formation, la viticultrice de Vendre, investie de longue date dans le syndicat vient d’être élue à 48 ans présidente de l’AOP Languedoc.

Vous êtes issue d’une famille de vigneron ?

Oui, de par mon père, et j’ai hérité du domaine par ma mère. Mon grand-père médecin avait acheté la propriété dans les années 50. J’ai repris en 2003 avec mon mari et nous exploitons 17 hectares en agriculture biologique.

Vous êtes investie dans les instances depuis quelques années ?

Mon père a été très investi au sein des coteaux du Languedoc dans les années 90. J’ai été bercée par ce syndicalisme d’appellation. Il est vrai que quand mon père a voulu lever le pied, j’ai pris sa suite au sein du conseil d’administration de l’AOP Languedoc. Cela fait 4-5 ans que je suis investie aussi dans des instances autres comme la Fédération Sud de la CNAOC.

Pourquoi franchir le pas et prendre la présidence ?

L’AOP me tient à cœur. J’avais envie de faire un peu bouger les choses qu’on arrête de s’entendre dire "eux là, haut, le terrain ils n’y connaissent rien". Il y a beaucoup de vignerons dans les conseils d’administration et j’ai envie que ça se sache. Il ne faut pas nous nous voir comme des gens hors sol. Dans une période comme celle que nous vivons, il faut jouer collectif, en finir des vieilles rancœurs. Il y a eu des guerres intestines il y a dix, vingt ans, qui ont laissé des choses qui rongent. J’aimerais, sous mon mandat, qu’on ne soit qu’une seule famille du Languedoc pour tirer tous l’appellation vers le haut et s’en sortir avec brio. On a tous les atouts en main pour le faire.

Vous êtes la première présidente, preuve que la profession se féminise ?

La profession en production est féminisée depuis de longues années. Les femmes sont à la tête de domaines, à des postes importants dans les négoces. Elles sont en revanche peu représentées au sein des syndicats dans la partie conseil d’administration. Chez nous, nous avons deux jeunes femmes très dynamiques qui sont rentrées.

"Mutualiser les coûts de nos différentes appellations satellites"

Quel est l’état des lieux de l’appellation dans un contexte chaotique ?

Nous sommes impactés comme le reste de la profession. Nous disposons toutefois d’atouts et notamment d’un territoire très étendu, des portes de Nîmes à celles de Collioure, qui nous offre une grande diversité climatique. Cela nous permet d’équilibrer bon an mal an sur les années compliquées. Il est certain qu’il y a une baisse de la consommation et qu’on ne fera pas ce que l’on faisait il y a quinze ans en volume. Mais nous avons un art de vivre languedocien unique à mettre en avant pour rester sur la place et nous développer.

Quels sont vos principaux chantiers ?

Nous croyons au collectif. Pour ça nous mettons en place des outils de mutualisation pour diminuer les coûts de toutes nos appellations satellites. Cela permettra de mettre de l’argent ailleurs, notamment de la communication. On met en place un logiciel pour dématérialiser et simplifier tout ce qui est déclaratif. Notre directrice Stéphanie Delorme développe tout cet esprit-là pour faciliter le quotidien des vignerons.

Nous sommes en pleines vendanges, quelle est la tendance pour le cru 2026 ?

Sur les volumes, c’est trop tôt. Tant que tout n’est pas dans les cuves et qu’il y a des aléas climatiques, on ne peut rien avancer. Sur les premiers éléments en rosé et en blanc, je suis admirative devant la résilience de nos vignes. On craignait avec ces canicules de ne pas avoir d’aromatique et il y en a quand même, avec de la fraîcheur. C’est aussi lié au savoir-faire du vigneron qui a su s’adapter. Cette année ils n’ont pas rogné et laissé le feuillage fourni pour protéger le raisin.