Anti-chaleur et anti-crise : la Côte d’Opale bientôt aussi prisée que la Côte d’Azur ? - RTBF Actus

Anti-chaleur et anti-crise : la Côte d’Opale bientôt aussi prisée que la Côte d’Azur ? - RTBF Actus

Vous souvenez-vous de cette réplique de Michel Galabru dans le film "Bienvenue chez les Ch’tis"? En parlant du Nord, il disait, "en été, ça va parce que tu as entre 0 et 1 degré. Mais l’hiver, ça descend, ça descend, moins dix, moins vingt, moins trente…" Aujourd’hui, l’image du Nord est en train de changer.

Ce lundi, à Bray-Dunes, la température a atteint 27 degrés. Et toute la semaine, elle tournera autour des 22-24 degrés. On est bien loin des températures caniculaires annoncées cette semaine dans le sud de la France. Alors pour y échapper, de plus en plus de touristes se tournent vers le nord !

Dans les bureaux d’Evancy, société qui propose des locations de vacances sur la Côte d’Opale, le téléphone n’arrête pas de sonner. "De nombreuses personnes veulent louer cette semaine. Mais nous avons plus de demandes que d’offres. Donc on doit refuser", explique Alexandre Goosaert, directeur vente et marketing de la société. Ici, la tendance est claire : le nombre de locations, cette année a progressé, entre 5 et 10%. Plus de touristes donc pour des séjours plus longs aussi. "En août 2025, la durée moyenne d’un séjour était de 3,76 jours. Cette année, c’est 5,28."

Le Bassin du Commerce, avec le port de plaisance et, au loin, le voilier "Duchesse Anne", à Dunkerque, dans la région Nord-Pas-de-Calais, en France. © Getty Images

À 20 minutes de là, il y a Dunkerque, ville qui a longtemps souffert d’une image assez terne. Depuis une dizaine d’années, elle s’est complètement redynamisée. Et ça se sent dans les chiffres du tourisme, la saison a démarré sur les chapeaux de roues. À l’office du tourisme, on a enregistré une hausse des visites de 50%. Sur ces derniers 15 jours, on estime que la fréquentation sur la plage de Malo-les-Bains a augmenté de 10%. Tendance confirmée au camping "Vagues Océanes" : on affiche complet jusqu’à la mi-septembre. Pour Gaëlle, sa gérante, Dunkerque est devenu une vraie destination de vacances.

Et le discours est le même à Wimereux, à une petite centaine de kilomètres de là. À "l’hôtel des Arts", le responsable constate que cette année, il travaille davantage à flux tendu. Parmi ses clients, des Français mais aussi des Hollandais, des Belges et des Anglais revenus dans ce coin de la France depuis l’année dernière. Maxime Collet constate lui aussi une évolution au niveau de la durée des séjours : "l’année dernière, les clients restaient 3 ou 4 jours. Cette année, on tourne autour de 6 jours, voire une semaine et demie".

Moins loin, moins cher, moins longtemps

Didier Arino est le directeur de Protourisme, cabinet conseil spécialisé en tourisme. Il nous livre son analyse du succès touristique de la Côte d’Opale. "Il faut d’abord remettre les choses à leur place : si les touristes voulaient fuir la chaleur, des destinations comme l’Espagne ne continueraient pas à progresser. Mais avec l’augmentation du prix du carburant et la hausse des prix dans le secteur du tourisme, beaucoup de vacanciers vont moins loin", analyse-t-il.

"Et pour toute une partie de Français (de l’île de France ou du Nord, par exemple), pour des Belges ou des Hollandais, la Côte d’Opale est à moins de trois heures de route", fait-il remarquer. "Les plus fortes progressions de ces dernières années se sont faites dans le Nord qui avait encore une marge de progression, ce que n’a plus le Sud."

Selon lui, les touristes sont également à la recherche de destinations familiales qui offrent plus que la simple plage et le soleil. D’ailleurs, 30% des Français choisissent une destination proche de chez eux. Il faut ajouter que les stations balnéaires de la Côte d’Opale ont énormément travaillé sur leur offre et leur image de marque.

Les coolcations…

Ce mot "coolcation" fait aujourd’hui parie du vocabulaire touristique. En d’autres mots, il s’agit de choisir sa destination de vacances en fonction de la fraîcheur qu’il y fait.

Début juillet, nous nous étions rendus dans une agence spécialisée dans les voyages en Scandinavie. Les réservations y avaient augmenté de 37% en un an. "Dans le sud de l’Europe, où il fait très chaud, les gens passent beaucoup de temps dans les espaces climatisés. En partant en Scandinavie, là où les températures atteignent 23-24 degrés, les gens ont vraiment accès à la nature, aux balades, aux randonnées, expliquait Séverine Vanoorbeek, responsable de l’agence. Ça permet de passer du temps en extérieur avec sa famille".

Même constat dans une agence de voyages où des destinations comme l’Irlande, l’Ecosse ou des stations d’hiver reconverties sont désormais plébiscitées, même si elles n’ont pas encore pris le dessus sur les destinations estivales classiques comme l’Italie, l’Espagne ou la Grèce. D’ailleurs, "dans le sud de l’Europe, les mois de juillet et août sont progressivement délaissés au profit de vacances en mai juin ou septembre octobre, quand les températures sont plus clémentes", remarque Frank Bosteels, porte-parole de cette agence.

Mais attention. Comme nous disait Didier Arino, il suffirait que la météo soit mauvaise plusieurs années de suite pour que les touristes revoient leur plan.