Attaques visant le juge Youssef Badr après une publication de Frontières : ouverture d’une enquête pour cyberharcèlement

Attaques visant le juge Youssef Badr après une publication de Frontières : ouverture d’une enquête pour cyberharcèlement

Le parquet de Paris a indiqué à l’AFP vendredi avoir ouvert une enquête pour retrouver les auteurs d’une « nouvelle vague » de cyberharcèlement visant le juge Youssef Badr, à la suite de la publication d’un numéro du magazine Frontières.

Ce magazine d’extrême droite, fondé par Erik Tegnér, a consacré un numéro à Youssef Badr, juge au tribunal de Bobigny, en l’accusant de biais politique.

Le Pôle national de lutte contre la haine en ligne a fourni une « sélection de propos » pouvant être qualifiés de discriminatoires à l’Office central de lutte contre les crimes de haine (OCLCH), chargé des investigations.

Dans les 24 pages qu’il consacre cette semaine à Youssef Badr, Frontières exhume des tweets et interviews du juge qui seraient, selon ce média, de nature à poser la question de son impartialité.

Dans le giron de Vincent Bolloré

Des positions que Youssef Badr a notamment prises dans le cadre de l’association qu’il a fondée, La Courte Échelle, et dont l’objet est de faciliter l’accession aux métiers du droit d’étudiants issus de milieux modestes et de quartiers populaires. Militant pour une diversité accrue dans le recrutement de la justice, il est l’auteur de l’essai « Pour une justice aux 1.000 visages ».

Frontières fait partie de la galaxie médiatique dans le giron du milliardaire Vincent Bolloré depuis l’entrée de Lagardère News à son capital en septembre.

« Soyons clairs : les insultes et les menaces visant Youssef Badr sont inadmissibles et nous les condamnons sans réserve. Mais cette condamnation ne saurait créer une forme d’immunité journalistique », a écrit Erik Tegnér sur X avant la diffusion du numéro. « Une enquête n’est pas une attaque. Elle peut déranger, révéler des contradictions, susciter des contestations. Notre responsabilité est de publier ce que nous sommes capables d’étayer, pas de renoncer parce que le sujet est sensible », a-t-il ajouté.

Menaces de mort ou d’atteinte aux biens

Le juge Youssef Badr s’est fendu d’un communiqué après la diffusion de l’article de Frontières pour se défendre. « Vous pouvez répéter partout que je suis un juge politisé : je ne le suis pas. Je n’ai jamais eu de cartes nulle part, je ne suis même pas syndiqué », a-t-il écrit sur X.

En juin, M. Badr avait déjà reçu menaces et insultes après qu’un tribunal qu’il présidait avait condamné Erik Tegnér.

L’infraction de harcèlement en ligne se caractérise par des « propos ou comportements répétés ayant pour objet ou effet une dégradation des conditions de vie ». Dans ce cas, le ministère public soupçonne un harcèlement commis « à raison de la race, l’ethnie, la nation ou la religion ».

L’enquête est également ouverte pour menaces de mort ou d’atteinte aux biens dangereuse, à l’encontre d’un dépositaire de l’autorité publique, en l’occurrence ici un magistrat.