Au pouvoir depuis deux décennies, Benjamin Netanyahu peut-il vraiment perdre les prochaines élections législatives en Israël ?

Au pouvoir depuis deux décennies, Benjamin Netanyahu peut-il vraiment perdre les prochaines élections législatives en Israël ?

À un mois des législatives israéliennes du 27 octobre, Benjamin Netanyahu aborde le scrutin affaibli, tandis que l’opposition espère profiter du recul du Likoud et des divisions de la droite pour le priver d’un nouveau mandat.

Benjamin Netanyahu n’est plus le favori incontesté des élections. Après près de deux décennies à dominer la vie politique israélienne, le Premier ministre voit une partie de son électorat lui échapper à un mois d’élections législatives cruciales prévues le 27 octobre.

"Normalement, Netanyahu perd"

Dirigeant du parti centriste Yashar, Gadi Eisenkot entend incarner l’alternative. Dans un spot diffusé au cinéma, l’ex chef d’état-major avance face aux flammes, lunettes d’aviateur sur le nez.

"Un gars super détendu", assure la voix off. Celui qui a perdu un fils dans la guerre à Gaza entend faire des échecs du 7 octobre, de la sécurité et de la conscription des ultraorthodoxes les thèmes centraux du scrutin, présenté comme un référendum sur Netanyahu.

"Normalement, Netanyahu perd", estime Philippe Velilla, essayiste et analyste politique. Sur les 61 sièges requis pour gouverner, le Likoud n’en obtiendrait qu’une vingtaine selon les sondages, contre 32 précédemment. "Il perd au moins dix sièges, c’est irrattrapable", tranche-t-il.

Benjamin Netanyahu, 76 ans, qui brigue un septième mandat, assure que les ennemis d’Israël veulent précisément le voir échouer.

Un scrutin qui va se jouer dans une droite divisée

Étendu à Gaza, au Liban, à l’Iran et à la Syrie, le conflit qui a débuté le 7 octobre a déplacé la société vers la droite. Construction accélérée de colonies en Cisjordanie, rejet explicite d’un État palestinien…

"Le pays est à droite, donc les élections se feront à droite", résume Philippe Velilla. Mais cet électorat est aujourd’hui fragmenté entre le Likoud et des figures comme Itamar Ben Gvir, farouche militant pour l’émigration volontaire des Gazaouis, Avigdor Lieberman, Naftali Bennett et le nouveau parti de l’ex-général Ofer Winter.

"Certains des anciens soutiens de Netanyahu lui reprochent les échecs du 7 octobre. Ils considèrent aussi qu’il a fait son temps. Aujourd’hui, le Likoud est très embêté", analyse le politologue.

Netanyahu tente de consolider son corps électoral

Récemment à Tibériade, ville natale de son adversaire Gadi Eisenkot, le "roi Bibi" mesurait sa popularité auprès de sympathisants fidèles dans un centre commercial.

Le Premier ministre garde un socle fidèle, notamment séfarade, qu’Eisenkot, d’origine marocaine, cherche aussi à séduire. "En 1999, Ehud Barak avait réussi à récupérer un quart de cet électorat en faisant campagne dans le sud d’Israël, ce qui lui a suffi à assurer sa victoire", rappelle Philippe Velilla.

Entre-temps, les nouvelles révélations du journal Haaretz arguant que Netanyahu aurait été averti dix jours avant le 7 octobre, par le président émirati, d’une opération du Hamas sont venues le fragiliser un peu plus.

Le 7 octobre reste au cœur de la campagne

"Mensonge, ingérence étrangère", a répliqué le Likoud. "Cette histoire n’en est qu’à ses débuts", estime Philippe Velilla. Pour mobiliser son camp, Netanyahu alerte une fois de plus contre une coalition potentielle de la gauche et des partis arabes.

À six semaines du scrutin du 27 octobre, tout dépendra de la capacité des différents blocs à réunir les 61 sièges nécessaires pour gouverner, dans un paysage politique israélien plus imprévisible que jamais. Reste la question des alliances si aucun des candidats n’arrive à former une coalition majoritaire.

"Netanyahu et Eisenkot ensemble ? Je n’y crois pas vraiment", dit Philippe Velilla, qui voit déjà le chef du Likoud s’effacer progressivement et conclure un accord avec le président de l’État pour échapper à ses ennuis judiciaires en cas d’échec dans les urnes. La dernière carte de Bibi ?