Augmentation des tarifs dans les bus : entre "courage" et "hypocrisie politique"
Il y a des débats plus clivants que d'autres au Parlement wallon. L'augmentation des tarifs des bus wallons, prévue pour février 2027, en fait partie.
L'opposition se dresse avec véhémence contre les décisions prises : le PS et Écolo ont chacun rédigé une proposition de décret réclamant la reprise en main de la politique tarifaire par le gouvernement wallon (au lieu d'en laisser la responsabilité à l'Opérateur de transport wallon, l'OTW) ; le PTB a déposé en urgence une résolution pour annuler l'augmentation des tarifs.
"Ça s'appelle vivre à crédit"
Dans la majorité, selon laquelle la quasi-gratuité n'a pas pu se transformer en véritable transfert modal, le MR Arnaud Dewez rappelle que l'abonnement à 12 € par an créé pour les BIM, les jeunes de 18-24 ans et les seniors coûtait 46 millions.
Chez Les Engagés, on a vu surgir à nouveau l'expression "chèque en bois" déjà utilisée en 2024 par le ministre de la Mobilité François Desquesnes (LE), pour rappeler que son prédécesseur (l'Écolo Philippe Henry) avait financé une partie de cette gratuité via le Plan de relance.
"On a payé une dépense permanente avec de l'argent ponctuel", redit Sophie Fafchamps (LE). Dans le même registre, François Desquesnes parle de "choix politique courageux" (là où l'opposition dénonce plutôt une "hypocrisie politique") et insiste : "Financer par de l'emprunt des dépenses journalières, ça s'appelle vivre à crédit".
Le concept d'élasticité
Chez Écolo, Stéphane Hazée en a autant pour lui : "La réforme des droits d'enregistrement, et celle des droits de succession, même revue, sont payées à crédit. Rien que les charges d'intérêt coûtent déjà autant que le prix de la gratuité. Au moins le précédent ministre de la Mobilité s'est battu pour ces tarifs. Et le ministre du Budget, qui était déjà Adrien Dolimont (MR) a signé les réallocations. ".
Il mettra aussi sur la table le "concept d'élasticité" qui mesure la réaction des usagers face à la hausse des prix : "Quand les prix augmentent de 10 %, on considère que les recettes vont baisser de 3 %", prévient-il.
Hausse du prix des abonnements de bus LeTec en Wallonie: voici les formules les moins coûteuses en fonction de votre âge et de votre situationAu PTB, Germain Mugemangango embraie : "Un choix budgétaire est un choix politique, oui. Ce gouvernement a décidé de payer les hauts managers 200 000 € par an. Vous auriez pu aller chercher les moyens de ce côté. Ou vous auriez pu décider de revoir les 3 milliards d'aides aux grandes entreprises, dont celles qui licencient toutes les semaines, pour maintenir ces abonnements à 1 € par mois. Vous avez préféré vous attaquer aux jeunes. "
Quant à Melissa Hanus, au PS, elle s'exclame : "Alors selon la majorité, pour faciliter le report modal, il faut augmenter les tarifs des bus ? Exceptionnel ! Ça restera dans les annales…" Accusée par le MR de surfer sur des slogans, notamment quand elle évoque des augmentations de tarifs jusqu'à 3200 %, la députée de l'opposition maintient : "Ce sont des faits, d'ailleurs repris par l'ancien président du parti du ministre (NDLR : Benoît Lutgen), qui parle d'une rupture tarifaire."
Tarifs des bus wallons : "Il faut changer le décret pour reprendre la main", soutient le PSUne motion sera déposée par Écolo. Et une autre motion viendra de la députée LE Sophie Fafchamps : "On ne minimise pas l'effort que ça représente pour certaines familles, mais ça s'inscrit dans un contexte budgétaire que personne ne peut ignorer. Nous préférons la notion d'équité et d'accessibilité à une politique de gratuité achetée à crédit. "