Aurore Bergé blanchit un concept raciste à l’origine de la tuerie de Christchurch

Aurore Bergé blanchit un concept raciste à l’origine de la tuerie de Christchurch

Politique 10/09/2026 12:23 Actualisé le 10/09/2026 13:31

Sur CNews, la ministre chargée de la Lutte contre les discriminations a refusé de qualifier la théorie complotiste du « grand remplacement » de raciste.

Pour Aurore Bergé, « le grand remplacement » n’est pas raciste.

ERIC POLLET / Hans Lucas via AFP

Pour Aurore Bergé, « le grand remplacement » n’est pas raciste.

Voilà un concept venu de l’extrême droite, qui ne repose sur rien, discrédité par l’ensemble des chercheurs qui ont sérieusement travaillé dessus, mais qui se retrouve discuté sur un plateau de télévision. Mercredi soir, sur CNews, la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations a mis un pied dans la porte en refusant de dire que « le grand remplacement » est raciste.

« Je pense que c’est un débat politique », a tranché Aurore Bergé sur le plateau d’une émission présentée par Christine Kelly et Mathieu Bock-Côté, sur la chaîne appartenant au milliardaire ultraconservateur Vincent Bolloré. Avant d’ajouter : « Non je ne pense pas que ce soit une théorie raciste. C’est une théorie que je combats car elle décrit une réalité qui n’est pas la nôtre dans notre pays ». Comprendre : le problème n’est pas qu’elle soit fumeuse, complotiste ou xénophobe, mais simplement qu’elle ne s’applique pas à la France d’aujourd’hui.

Rappelons que le concept (théorisé par l’idéologue d’extrême droite Renaud Camus et porté par Éric Zemmour ou Marion Maréchal) prétend décrire un processus de remplacement des populations blanches occidentales par d’autres, non-blanches. Il a plusieurs fois armé le bras de terroristes et conduit à des actes de violence. Dans une proposition de résolution déposée à l’Assemblée en 2023, les députés écologistes Benjamin Lucas et Sophie Taillé-Polian estimaient que la théorie constitue « un appel direct à la violence terroriste » et qu’elle « porte inéluctablement en elle les germes d’une guerre raciale ».

Même l’ONU qualifie la notion de raciste. En 2024, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, estimait que « ces idées délirantes et profondément racistes ont directement influencé de nombreux auteurs de violence ».

Aussitôt, les propos de la ministre ont provoqué une indignation de nombreux élus, en particulièrement issus de la gauche. « Aurore Bergé touche le fond », attaque le député de La France insoumise Bastien Lachaud, dénonçant la « déchéance politique, intellectuelle et morale » de la ministre. « La honte absolue », dézingue aussi Thomas Portes, qui rappelle que « c’est au nom de cette théorie que Brenton Tarrant, terroriste d’extrême droite et suprémaciste blanc, a assassiné 51 personnes en 2019 » à Christchurch en Nouvelle-Zélande. « Soit Aurore Bergé est d’extrême droite et ça m’étonnerait quand même un peu. Soit Aurore Bergé n’est pas d’extrême droite et ça m’étonnerait quand même beaucoup », ironise aussi Benjamin Lucas.

Même au sein du bloc central sa prise de position a provoqué l’émoi. « Hein ? Aurore, tu expliques qu’une théorie raciste, ça se débat comme une opinion politique ? Le racisme est un délit. Le « Grand remplacement » n’est pas un débat : c’est une théorie complotiste, qui a motivé des attentats terroristes », a dénoncé dans un tweet l’ex-porte-parole du gouvernement, et députée des Hauts-de-Seine, Prisca Thévenot.

Pas de mea culpa

Jeudi matin, sur france info, la ministre a de nouveau été interrogée sur cette prise de position. Sans jamais faire machine arrière ni esquisser le moindre mea culpa. « Je considère que cette théorie est fausse, mensongère, qu’elle attise les peurs, qu’elle ne se base sur aucune donnée statistique. En revanche, je crois que quelqu’un a le droit de défendre cette théorie-là, ça fait partie du combat politique, ça fait partie de la liberté d’expression », a-t-elle exprimé.

Pire : pour Aurore Bergé, dire que la théorie du « grand remplacement » est raciste « voudrait dire qu’on n’a pas le droit d’en débattre ». Cette notion a donc, selon elle, toute sa place dans le débat public et politique. Et d’ailleurs, ajoute-t-elle : « Je ne crois pas quelqu’un ait été condamné pour racisme pour avoir dit ça ». « Il ne faut pas empêcher l’extrême droite de pouvoir s’exprimer. Si vous donnez le sentiment de brider, vous ne faites que renforcer toutes les théories complotistes ».