Avec leur « superteam », les Sixers nagent à contre-courant
Pendant des années, la NBA a vécu au rythme des superteams. LeBron James à Miami avec Dwyane Wade et Chris Bosh. Les Warriors de Kevin Durant, Stephen Curry, Klay Thompson et Draymond Green. Plus récemment, les Nets de Kevin Durant, Kyrie Irving et James Harden, voire les Suns de Kevin Durant, Devin Booker et Bradley Beal.
Et puis le vent a tourné. Les échecs successifs de Brooklyn, Phoenix ou encore des Clippers ont convaincu les dirigeants qu’empiler les stars n’était clairement pas une garantie de succès. La nouvelle tendance est ainsi devenue la profondeur d’effectif, la continuité et la polyvalence générale.
Le champion en titre, New York, en est l’illustration parfaite. Les Knicks possèdent plusieurs All-Stars, mais leur force repose sur une rotation riche, des ailiers interchangeables et une véritable identité collective.
Le Thunder s’est construit autour de Shai Gilgeous-Alexander, mais a patiemment développé Chet Holmgren et Jalen Williams, tout en constituant un banc capable de maintenir le niveau sans bouleverser l’équilibre de l’équipe.
Même les Spurs, désormais considérés comme l’un des cadors de la ligue, ont résisté à la tentation d’accumuler les superstars autour de Victor Wembanyama. Leur progression repose davantage sur le développement interne, la défense et une hiérarchie clairement établie. Et puis il y a Philadelphie…
Quatre titulaires capables de diriger l’attaque
Avant la « free agency », les Sixers possédaient déjà un effectif impressionnant avec Joel Embiid, Tyrese Maxey, Paul George et le prometteur VJ Edgecombe. De quoi s’inviter une nouvelle fois en playoffs. Mais la nouvelle direction ne veut pas simplement observer les gros bras se tirer la bourre, et les dirigeants avaient déjà frappé très fort en récupérant Jaylen Brown, échangé contre Paul George.
D’un seul coup, les Sixers devenaient de véritables candidats aux Finals. Aux commandes du projet sportif, Bob Myers ne s’est pas contenté de récupérer Jaylen Brown puisqu’il a aussi convaincu LeBron James de rejoindre ce « Fab Four », et ainsi de monter une véritable superteam.
Dans le cinq, on devrait retrouver quatre joueurs qui ont été capables d’être la première option offensive d’une équipe à différents moments de leur carrière : Tyrese Maxey, Jaylen Brown, LeBron James et Joel Embiid. À leurs côtés, Kentavious Caldwell-Pope pourrait bien apporter son adresse extérieure et sa défense, tandis que VJ Edgecombe a de bonnes chances d’être utilisé comme sixième homme.
À l’instar de Dylan Harper aux Spurs, VJ Edgecombe possède le potentiel pour devenir un jour une première option en attaque, et il l’a déjà laissé entrevoir la saison passée.
À l’arrivée, on obtient une accumulation de talent rarement observée dans la Grande Ligue ces dernières années et, à première vue, le pari semble aller à l’encontre de tout ce vers quoi les meilleures équipes se sont dirigées.
Un recrutement déjà critiqué
Les premières réactions n’ont d’ailleurs pas tardé. Pour certains observateurs américains, Philadelphie possède désormais « trop d’alphas », comme disent les Américains, et pas assez de « role players ». En résumé, beaucoup de ses titulaires ont longtemps eu besoin du ballon pour s’exprimer.
Deuxième critique : le « spacing » pourrait devenir problématique lorsque Kentavious Caldwell-Pope ne sera pas sur le terrain… ou s’il est aussi maladroit que ces deux dernières saisons. Qui écartera le jeu pour ces spécialistes de l’attaque du cercle ? Troisième critique : la fragilité de Joel Embiid, combinée à l’âge avancé de LeBron James. Quatrième critique : l’absence d’un véritable ailier-fort de métier pour épauler le pivot et soulager le « King ».
C’est peut-être pour toutes ces raisons que les Spurs et le Thunder restent, pour beaucoup, les favoris pour la saison prochaine. Comment faire fonctionner cette équipe sur la durée, tout en préservant ses vétérans et en conservant assez de défense, de tir extérieur et de présence physique ?
Les superteams qui ont échoué avaient souvent plusieurs points communs : un manque de profondeur, une complémentarité imparfaite et surtout une incapacité à aligner leurs meilleurs joueurs assez régulièrement.
La situation est un peu différente à Philadelphie. LeBron James arrive à 42 ans. Joel Embiid n’est plus le MVP capable de porter seul une franchise pendant 82 matches, ou même 50… Tyrese Maxey est suffisamment intelligent pour accepter un partage des responsabilités. Jaylen Brown vient de quitter Boston et sa principale motivation sera sans doute de prouver que Brad Stevens a eu tort de l’échanger.
Personne n’a réellement intérêt à monopoliser le ballon. Au contraire. LeBron James pourrait se concentrer davantage sur le rôle qui lui convient dsormais le mieux : celui d’un chef d’orchestre. Aux Lakers, il était d’ailleurs très bon dans ce rôle lorsque Luka Doncic et Austin Reaves n’étaient pas à l’infirmerie.
Une superteam pas comme les autres ?
C’est peut-être ce qui rend, sur le papier, cette équipe unique. Les anciennes superteams étaient généralement construites autour d’une hiérarchie assez nette. À Miami, LeBron James était progressivement devenu le patron même si c’était l’équipe de Dwyane Wade.
À Golden State, Stephen Curry restait le visage de la franchise malgré Kevin Durant. À Brooklyn, Kevin Durant était le leader naturel. À Philadelphie, la hiérarchie est beaucoup moins évidente.
LeBron James sera probablement le cerveau de l’attaque. Tyrese Maxey sera souvent le moteur offensif. Jaylen Brown pourra devenir le meilleur scoreur certains soirs. Joel Embiid restera la première option dans la peinture. Et VJ Edgecombe représente déjà l’avenir, même s’il pourrait finalement devenir le sixième homme de cette « superteam », derrière un Kentavious Caldwell-Pope titulaire.
Philadelphie peut potentiellement être un vrai collectif de vedettes aux responsabilités partagées. Et si les Sixers remportent le titre, ils pourraient relancer un modèle que beaucoup considéraient dépassé.
En revanche, si cette accumulation de talents échoue, la NBA risque bien de conclure que l’époque des superteams est bel et bien terminée. LeBron James ne joue donc peut-être pas seulement son dernier chapitre dans la Grande Ligue. Il joue aussi, en quelque sorte, le dernier « process » de la superteam.