Banque mondiale : Michael Kremer devient économiste en chef
La nomination de Michael Kremer intervient alors que les pays en développement doivent composer avec une dette élevée, des besoins d’investissement considérables et des ressources publiques limitées. Pour la Banque mondiale, l’enjeu consiste à renforcer l’évaluation économique des programmes financés et à identifier les interventions offrant le meilleur impact pour chaque dollar mobilisé.
La Banque mondiale a nommé Michael Kremer, lauréat du prix Nobel d’économie 2019, au poste d’économiste en chef. L’économiste américain succède ainsi à Indermit Gill et prendra une place centrale dans la définition des orientations intellectuelles et économiques de l’institution internationale.
Un spécialiste de la lutte contre la pauvreté
Michael Kremer est particulièrement connu pour ses recherches consacrées à l’économie du développement. Avec Abhijit Banerjee et Esther Duflo, il avait reçu en 2019 le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel pour leurs travaux utilisant une approche expérimentale afin de réduire la pauvreté mondiale.
Le principe consiste notamment à tester différentes politiques sur le terrain et à comparer leurs résultats afin d’identifier celles qui fonctionnent réellement. Cette méthode a été appliquée à des domaines aussi variés que l’éducation, la santé, l’accès aux technologies ou les politiques destinées aux populations disposant de faibles revenus.
Pour une institution qui finance chaque année des dizaines de milliards de dollars de projets, cette approche présente un intérêt directement économique : elle peut permettre de mieux mesurer l’efficacité des dépenses et de privilégier les programmes produisant les résultats les plus importants avec les ressources disponibles.
La nomination traduit ainsi une volonté de rapprocher davantage la recherche économique, l’évaluation des politiques publiques et les décisions de financement.
Mesurer davantage l’efficacité de chaque dollar investi
Le nouveau responsable devra intervenir dans un environnement particulièrement contraint. De nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire doivent simultanément financer les infrastructures, l’éducation, la santé, l’énergie et l’adaptation climatique, alors que leur capacité budgétaire reste limitée.
Dans ce contexte, la question n’est plus uniquement de mobiliser davantage d’argent. Il s’agit également de déterminer où les financements peuvent produire le plus d’impact économique et social.
Les travaux de Michael Kremer sont précisément associés à cette logique. Les évaluations expérimentales peuvent, par exemple, comparer plusieurs dispositifs éducatifs ou sanitaires avant leur déploiement à grande échelle. Une intervention efficace peut ensuite être étendue, tandis qu’un programme coûteux dont les résultats sont insuffisants peut être révisé.
Pour les gouvernements comme pour les bailleurs internationaux, cette démarche peut améliorer l’allocation de ressources financières rares. Elle apporte également davantage d’éléments quantitatifs pour déterminer si les objectifs annoncés ont effectivement été atteints.
Une nomination stratégique pour l’institution
Le poste d’économiste en chef dépasse largement la production de prévisions macroéconomiques. Son titulaire contribue aux travaux de recherche, aux analyses sur le développement et aux recommandations économiques qui accompagnent les interventions de l’organisation.
Michael Kremer devra donc participer aux réflexions sur plusieurs enjeux majeurs : croissance, productivité, emploi, pauvreté, dette publique, transformation technologique ou encore financement du développement.
Sa nomination intervient aussi à un moment où les institutions multilatérales sont poussées à démontrer plus précisément l’impact de leurs interventions. Les États actionnaires et les pays bénéficiaires attendent des financements capables de générer des effets mesurables, tandis que les besoins mondiaux continuent d’augmenter.
L’utilisation plus systématique des données et des évaluations pourrait ainsi influencer la manière dont certains projets sont conçus, sélectionnés puis suivis.
De la recherche universitaire aux politiques de développement
La carrière de Michael Kremer associe recherche académique et applications concrètes dans les pays en développement. Professeur à l’Université de Chicago, il a notamment travaillé sur les mécanismes permettant d’encourager l’innovation dans les domaines où les incitations commerciales traditionnelles peuvent être insuffisantes.
Son arrivée peut donc renforcer l’importance accordée à l’expérimentation dans les programmes internationaux. Pour les pays bénéficiaires, l’objectif serait de disposer de politiques mieux adaptées aux réalités locales plutôt que d’appliquer uniformément les mêmes dispositifs.
Cette logique peut également avoir une dimension financière importante. Lorsqu’une intervention relativement peu coûteuse produit un effet supérieur à un programme beaucoup plus onéreux, son déploiement permet théoriquement d’améliorer le rendement économique et social des fonds publics.
La nomination du Nobel 2019 place ainsi l’efficacité mesurable des politiques de développement au cœur des orientations économiques de l’institution. Dans un contexte de ressources limitées et de besoins considérables, la capacité à identifier les investissements les plus efficaces pourrait devenir aussi importante que le volume des financements mobilisés.