Beaune. « C’est un virage » : la Cité des vins licencie cinq personnes

Beaune. « C’est un virage » : la Cité des vins licencie cinq personnes

Les temps sont décidément difficiles pour les cités bourguignonnes. Alors que la Cité de la gastronomie de Dijon s’enfonce dans le marasme économique, la Cité des climats et des vins de Bourgogne, ouverte à Beaune depuis juin 2023, vient de licencier cinq personnes. L’édifice, lié à ses “sœurs” créées à Chablis et Mâcon, qui abrite un espace scénographique réussi et une école des vins unique en son genre, peine pourtant à attirer un public suffisant pour être rentable : « Notre budget de fonctionnement et notre masse salariale sont aujourd’hui supérieurs à ce que l’on gagne. L’objectif, c’est l’équilibre à horizon trois ans », affirme au Bien Public Édouard Mognetti, le directeur des cités des vins.

Ce dernier concède des pertes de « plusieurs centaines de milliers d’euros », qui ont provoqué, ces dernières semaines, cinq licenciements pour motif économique : deux employés des services généraux, une personne à l’école des vins de Bourgogne, un employé au service commercial et un dernier affecté à l’exploitation de la cité beaunoise ont été remerciés. « C’est un virage. C’est toujours extrêmement difficile de se séparer de collaborateurs. La Cité a été mal calibrée au départ, dans la vision stratégique comme au niveau des équipes. Ma mission, c’est de restructurer et de préparer le rebond », assène le directeur, qui a été mis en première ligne par l’interprofession.

Une équipe réduite d’une dizaine de postes en un an et demi

Le BIVB, devenu Comité des vins de Bourgogne, qui exploite et loue l’édifice à la mairie, avait déjà, après un audit, choisi de mettre de côté le directeur Olivier Le Roy, mais aussi la directrice culture et communication, et mis un coup de rabot, au printemps 2025, sur des effectifs de « de 42 à 43 personnes l’été sur les quatre sites, puisque je compte les ateliers accords mets-vins de l’école des vins organisés à la Cité de la gastronomie de Dijon », expliquait alors Benoît de Charette, toujours président des trois cités. Avec les derniers licenciements, ce sont 31 personnes qui restent employées par les trois édifices, dont une grande majorité est basée à Beaune.

Édouard Mognetti, le directeur de la Cité des vins et climats de Beaune.   Photo d’archives Victor Large

Édouard Mognetti, le directeur de la Cité des vins et climats de Beaune.   Photo d’archives Victor Large

Arrivé depuis bientôt un an, Édouard Mognetti a été choisi pour sa dimension commerciale, dans un contexte de fréquentation annuelle des cités bien en deçà des objectifs. En 2024, 86 000 entrées avaient été comptées sur les trois sites, dont 83 % à Beaune. Une déception, quand ses dirigeants annonçaient leur ambition d’attirer 180 000 curieux. Depuis, les chiffres de fréquentation ne sont plus présentés à la presse, et le directeur ne déroge pas à la règle, admettant tout de même une baisse de « -10 % de la fréquentation cette année. Mais on résiste bien. Ailleurs, cela atteint parfois -20 % ».

L’événementiel, l’accueil d’entreprises… et bientôt un billet commun avec l’Hôtel-Dieu ?

Des difficultés sur lesquelles il est difficile de capitaliser, mais qui n’empêchent pas l’ancien responsable de la School of Wine & Spirits Business de Dijon d’y croire : « Je crois profondément au projet. C’est un lieu d’accueil extraordinaire et une merveilleuse vitrine pour les vins de Bourgogne. La scénographie est exceptionnelle, le restaurant et les vins disponibles gagnent à être connus. L’école des vins de Bourgogne existe depuis 50 ans et est unique, car elle a été créée par la filière. On doit juste exploiter l’intégralité de l’offre, et le faire savoir », s’enthousiasme-t-il.

Pour cela, un billet expérience à 29,50 € permet de profiter du musée, d’un atelier dégustation de trois vins et d’un accès aux expositions temporaires. Des événements ouvrent également les portes de la Cité beaunoise à un public plus jeune amateur de vin, à l’image de la soirée organisée par le Trafic bar sur le toit-terrasse, en juin dernier. « Cela nous donne une énergie folle », sourit Édouard Mognetti, qui a d’autres raisons d’entrevoir un avenir meilleur : une offre d’accueil des entreprises, qu’il affirme pouvoir muscler pour accueillir « 20 000 à 25 000 personnes par an » et une Arlésienne : un billet commun avec l’Hôtel-Dieu. Un sujet sur lequel il a bon espoir, grâce notamment à l’élection de Pierre Bolze : « On l’appelle de nos voeux. Avec la mairie, on est passé d’une relation parfois houleuse à un travail entre partenaires. On les rencontre prochainement, et nous sommes intégralement disposés à faire les efforts qu’il faut. »