Bérengère Krief : “J’ai mis très longtemps à devenir le sujet de ma propre sexualité” | Les Inrocks
De retour avec un nouveau spectacle dédié au sexe et baptisé… “Sexe”, Bérengère Krief nous parle libération et Mimi-Siku.
Comment as-tu eu l’idée de Sexe, ton nouveau spectacle sur le cul ?
Un jour, en rangeant ma bibliothèque, j’ai vu que j’avais lu une tonne de bouquins sur la sexualité. Je me suis dit qu’il y avait matière à faire un spectacle qui s’appellerait Sexe et qui parlerait de ça. Le challenge, c’était de traverser l’image de la femme désirante, la femme qui assume le fait d’avoir eu beaucoup de partenaires. J’ai toujours eu une sexualité compliquée, pas simple, pas fluide, avec l’impression que tout le monde s’éclatait. J’avais pourtant envie de réussir cette partie-là de ma vie. C’est lorsque j’ai rencontré mon mari que j’ai commencé à en parler. J’ai été portée par la liberté avec laquelle on pouvait communiquer sur le sujet. Si l’homme que j’aime est hyper OK avec ça, alors je peux franchir les barrières. Ça m’a donné l’élan et la force de le faire. Quand tu es une femme, il ne faut pas trop dire que tu as envie de bien faire l’amour, il faut être un objet de désir. Moi, j’ai mis très longtemps à devenir le sujet de ma propre sexualité. C’est quand même fou qu’on ait un corps qui fonctionne pour le plaisir et qu’on n’y arrive pas, ou que ce soit complexe.
Tu fais rire sur un sujet sérieux. Pas simple, si ?
Il y a le risque d’être grivoise, voire sexiste. C’est quand même un terrain miné. En vérité, mon spectacle est frontal, mais si tu regardes bien, il n’y a pas tant de mots crus. Ça aurait été trop facile d’amener l’aspect comique par ce biais. Ici, c’est plutôt un rire de surprise. Je ne dis pas “bite”, par exemple, alors que celui-là, il est facile et il fait rigoler. Je voulais créer une safe place où on parle pendant une heure dans le noir. C’était hyper-important de rester pudique, tout en me livrant un peu : toutes les histoires sont vraies. Après, je laisse les gens libres d’interpréter ou de trouver des échos en eux.
Tu penses que faire circuler la parole est primordial ? Qu’elle ne “tue pas le désir” ?
Je me suis rendu compte qu’on est tous différents et que nos stimuli ne sont pas les mêmes. Je peux parfaitement entendre que des gens n’aient pas envie d’en parler. Mais il y a d’autres personnes qui ont souffert de l’aspect abrupt du sexe. Personnellement, j’aime bien apprendre un truc avant de le faire. Il y a aussi des gens qui ont le sentiment qu’une femme libérée, c’est celle qui couche le plus. Moi, pendant longtemps, j’ai eu envie de cette liberté, d’être indépendante, d’avoir des plans cul. Le sexe amène beaucoup de liberté, d’adrénaline, d’aventure, d’inconnu, qui sont des moteurs, mais il faut aussi une certaine sécurité. J’ai mis du temps à l’accepter, donc je me mettais dans des situations où, évidemment, ça ne pouvait être que compliqué puisque je n’étais pas secure. Et pour s’abandonner à poil avec quelqu’un dans le corps, dans la tête, dans le cœur, il faut quand même sentir une certaine sécurité. Maintenant, c’est moi qui me l’apporte.
On a oblitéré pendant des années la nécessité de se connaître soi-même. Ce n’est pas : “Tu peux coucher avec deux mecs dans ta vie et être libérée.” La quantité ne fait pas la libération. M’autoriser à être sujet de mon désir a sûrement été une vraie bascule. Dans l’éducation que j’ai reçue, je sentais bien que je devais plaire aux hommes, ne pas leur faire peur. Un jour, j’ai vexé un mec parce que j’avais apporté un bouquin pour approfondir le sujet. Je ne savais pas comment je fonctionnais. Lui, il l’a pris comme : “Bon, elle me montre un livre parce que je m’y prends mal.” Il s’est vexé à mort. Et puis le sujet a longtemps été frictionnel pour moi. J’avais le sexe sans l’amour ou l’amour sans le sexe. Chaque fois que j’étais avec quelqu’un, j’avais l’impression que le désir s’en allait. Pourquoi ? Comment ? En lisant, j’ai découvert des choses sur cette érosion du désir, et sur comment on peut faire pour en parler, en sortir. À 40 ans, ça a été un énorme soulagement de ne plus me sentir obligée, de comprendre comment je fonctionne.
Est-ce qu’un livre t’a marquée ?
Il y en a deux : Sexpowerment de Camille Emmanuelle – une bombe ! – et L’Intelligence érotique, au sujet du désir dans le couple, d’Esther Perel.
Ton premier émoi au cinéma ?
Mimi-Siku dans Un Indien dans la ville. Le king ! Je le trouvais trop beau. Et Sexe Intentions, avec la B.O. de Placebo.
Et ton rapport au porno ?
J’ai eu un réflexe de sensible : je me suis dit que je ne voulais pas me mettre dans la tête des images qui allaient y rester. C’est pour cette raison que je ne regarde pas non plus de films d’horreur. Moi, pendant un porno, je suis en empathie avec la meuf. Je me demande si elle est OK ou pas. Ce n’est pas mon moteur.
L’érotisme passe par le réel, chez toi ?
Récemment, dans l’épisode sur le sexe de The Goop Lab de Gwyneth Paltrow, j’ai appris qu’il y avait cinq profils sexuels : la vision ; le sensuel ; le coquin, qui va aimer les jeux de rôles, les accessoires ; le métamorphe, qui combine tout ; et l’énergétique, qui est excité par la potentialité des choses. Il faut que l’autre n’en fasse pas trop, mais un peu pour que le désir monte. Moi, je suis comme ça. Ado, je fantasmais sur les mecs. Pendant hyper-longtemps, je ne roulais pas de pelle.
As-tu déjà eu envie de monter une émission comme celle de Gwyneth Paltrow ?
Quand on a été confinés, je me suis dit : “Bon, si mon métier n’existait plus, j’ouvrirais un cabinet, je recevrais mes patients et je serais vraiment heureuse.” Je donne beaucoup de conseils à mes amies. La libre antenne que j’ai eue sur France Inter m’a apporté beaucoup de bonheur.
La dernière fois que tu as changé d’avis sur un truc intime ?
J’avais l’impression qu’en couple, j’étais moins forte. À un moment, je n’y croyais plus. Je pensais que l’amour allait me faire du mal. J’ai beaucoup travaillé pour changer. Le coaching m’a redonné foi en l’amour. Et quand j’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari, j’ai dû me redire qu’on est plus forts à deux. J’ai aujourd’hui le sentiment d’être soutenue, d’être aimée pour ce que je suis dans ma puissance, dans mon potentiel haut.
Lauren Bastide a publié Enfin seule, sur la force d’être seule, justement. Qu’en penses-tu ?
Je le trouve nécessaire. Si je peux vivre le couple aujourd’hui, c’est parce que j’ai été seule. Cette période de solitude m’a forgée, m’a permis de nourrir mon couple d’égal à égal. Je me sens désormais très libre, alors qu’avant, je pensais que c’était synonyme de prison. Il fallait toujours que je m’échappe. Le couple que je forme avec mon mari est simple, ce n’est pas le film que je me faisais quand j’étais plus jeune.
Si on te proposait de tourner un film avec un couple hot, qui choisirais-tu ?
Les plus hot, c’est quand même Adèle [Exarchopoulos] et François [Civil].
Timothée Chalamet ou Pedro Pascal ?
Putain, c’est dur. Je crois que je prendrais Pedro Pascal.
Un morceau hot ?
Je veux te baiser d’Odezenne. Propos recueillis par Carole Boinet
Sexe de Bérangère Krief, en tournée actuellement.
- cafeyn