Bonus à l'emploi: à prouver
Trouver le fil conducteur d'un budget régional relève souvent de la gageure. Celui de la Wallonie, présenté lundi, n'échappe pas à la règle. Au milieu des trajectoires pluriannuelles et des économies structurelles qu'il faudra décortiquer, une mesure mérite pourtant d'être isolée : le "job bonus", cette prime dégressive pouvant atteindre 500 euros par an pour les salariés, dont la rémunération brute ne dépasse pas 5 000 euros. Près de 900 000 travailleurs devraient en bénéficier à partir de 2028.
L'idée n'est pas neuve. Elle a pour objectif de rendre le travail plus attractif, et existe déjà en Flandre depuis plusieurs années où elle touche près d'un million de personnes, principalement jeunes et peu qualifiées. Dans un contexte où le pouvoir d'achat reste sous pression et où la dégressivité des allocations de chômage peine à ramener autant de chômeurs qu'espéré sur le marché du travail, le bonus wallon peut apparaître comme un complément bienvenu à la réforme fédérale du marché de l'emploi. Pour une fois, deux niveaux de pouvoir pourraient donc se renforcer mutuellement. On ne va pas bouder son plaisir.
Présenté avec habileté, le budget wallon pèsera néanmoins sur les portefeuillesL'efficacité du dispositif doit cependant encore être démontrée. Le modèle flamand n'a jamais fait l'objet d'une évaluation rigoureuse – étonnant de la part d'une région qui érige la rigueur budgétaire en dogme. Cela dit, soutenir financièrement les bas et moyens salaires est une chose. Créer des emplois ou faire basculer massivement du chômage vers le travail en est une autre. Les chiffres de bénéficiaires supposés ne suffisent pas à justifier le coût, de quelque 200 millions d'euros tout de même. Le dispositif devra donc faire l'objet d'un vrai monitoring.
Deux interrogations demeurent. Pourquoi attendre 2028 alors que les difficultés d'insertion sur le marché du travail se posent déjà aujourd'hui ? La proximité des élections régionales de 2029 autorise le soupçon d'une mesure calibrée qui flatte l'électeur. Ensuite, le champ d'application : on imagine mal que les salariés de sociétés de management puissent y prétendre. Un effet d'aubaine serait, par les temps qui courent, malvenu.
Pouvoir d'achat: le gouvernement wallon prévoit un job bonus entre 50 et 500 euros par anSur le papier, le bonus à l'emploi est une vraie mesure de soutien au pouvoir d'achat. Face aux 500 euros mensuels fédéraux qui s'éloignent et à la pression fiscale qui s'accroît pour beaucoup, il ne peut juste servir à compenser d'autres mesures plus douloureuses. La Wallonie a besoin d'incitants crédibles pour relancer l'emploi, et pas juste de reprendre d'une main ce qui a été donné de l'autre.
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