Brésil: la Cour suprême éclaboussée par le vaste scandale financier Banco Master
Le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes était, pour beaucoup de Brésiliens, devenu le symbole de la défense des institutions démocratiques. C'est lui qui a joué un rôle central dans la condamnation de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro pour tentative de coup d'État. Aujourd'hui, il est sous pression après des révélations sur ses liens avec le banquier Daniel Vorcaro, au cœur d'un scandale financier de grande ampleur.
Publié le : 03/09/2026 - 23:52Modifié le : 04/09/2026 - 00:02
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Le scandale Banco Master continue de secouer Brasilia. Depuis plusieurs mois, l'enquête de la Police fédérale sur les soupçons de fraude entourant la banque de Daniel Vorcaro révèle les liens du banquier avec des responsables politiques, économiques et judiciaires du Brésil.
Mais les éléments rendus publics mardi 1er septembre 2026 donnent une nouvelle dimension à l'affaire. Ils concernent directement Alexandre de Moraes, l'un des onze juges du Supremo Tribunal Federal (STF), la Cour suprême, qui a notamment joué un rôle central dans les procédures visant l'ancien président Jair Bolsonaro.
Selon le rapport de la Police fédérale, des messages extraits du téléphone de Daniel Vorcaro montrent des échanges réguliers avec Alexandre de Moraes. Le banquier aurait notamment sollicité son intervention auprès de responsables de la Police fédérale et du parquet général, alors que les investigations sur Banco Master se rapprochaient de lui.
Le rapport révèle également les relations professionnelles entre Banco Master et le cabinet d'avocats de Viviane Barci de Moraes, l'épouse du magistrat. Un contrat de 131 millions de reais, soit environ 22 millions d'euros, est notamment cité. Selon la Police fédérale, Alexandre de Moraes apparaît comme le dernier éditeur de plusieurs versions du projet de contrat. Les enquêteurs mentionnent également l'utilisation d'avions et d'autres avantages proposés par Vorcaro à l'entourage du juge.
Selon la presse brésilienne, ces éléments ne constituent toutefois pas, à ce stade, la preuve d'une infraction commise par Alexandre de Moraes. La Police fédérale indique elle-même qu'elle n'a pas établi que toutes les offres de Vorcaro avaient été acceptées ni qu'elles avaient effectivement procuré un avantage illégal au magistrat. Il n'empêche : pour le journal Folha de São Paulo, ces relations entre Alexandre de Moraes et un banquier – qualifié de « mafieux » par le quotidien – sont suffisamment graves pour justifier sa démission.
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Une bataille au sein de la Cour suprême
L'aspect le plus explosif de l'affaire est peut-être moins le contenu des messages que la manière dont ils ont été rendus publics. Le rapport a été demandé par André Mendonça, le juge du STF chargé de l'enquête Banco Master. Mardi 1er septembre 2026, celui-ci a décidé de lever le secret sur les documents et de transmettre les nouveaux éléments au plénum de la Cour suprême.
Une décision particulièrement sensible puisque Mendonça est un ancien ministre de la Justice de Jair Bolsonaro, qui l'a nommé au STF en 2021. Le juge se retrouve ainsi à examiner des éléments susceptibles de mettre en cause l'un de ses collègues, Alexandre de Moraes, devenu l'une des principales cibles du camp bolsonariste après avoir joué un rôle central dans les procédures contre Jair Bolsonaro.
Pour le politologue et journaliste brésilien Gustavo Ribeiro, cofondateur du média en ligne Brazilian Report, cette dimension institutionnelle constitue la principale nouveauté de cette semaine : « Une grande partie de ce qui a été révélé mardi, on le savait déjà. [...] Ce que nous avons vu mardi, ce sont des détails qui rendent l'histoire encore plus choquante. » Mais surtout, explique-t-il, Mendonça est considéré comme un adversaire de Moraes au sein même de la Cour suprême. La publication du rapport intervient alors que le STF est déjà soumis à de fortes pressions politiques.
Un timing particulièrement explosif
Le calendrier n'est pas anodin. Le premier tour des élections générales – présidentielle, élections parlementaires et scrutins régionaux – aura lieu dans un peu plus d'un mois. Flavio Bolsonaro, fils de Jair Bolsonaro, est aujourd'hui l'un des principaux adversaires de Lula da Silva.
La droite brésilienne entend utiliser le scandale pour dénoncer une Cour suprême qu'elle accuse depuis longtemps d'être politisée. Flavio Bolsonaro a demandé le départ d'Alexandre de Moraes. Mais le scandale Banco Master pourrait également se retourner contre le camp conservateur : le fils de Jair Bolsonaro est lui-même lié à Daniel Vorcaro, auquel il avait demandé de l'argent pour financer un film biographique sur son père.
Pour Gustavo Ribeiro, les conséquences pourraient être beaucoup plus larges : « C'est quelque chose qui peut faire basculer l'élection présidentielle et les élections pour le Parlement. [...] Le prochain président de la République pourra nommer quatre juges. Donc ce seront quatre nouveaux juges sur onze. C'est énorme. » Le prochain président pourrait en effet nommer plusieurs membres du STF au cours de son mandat, ce qui fait de la composition de la Cour suprême un enjeu majeur de l'élection.
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Le Sénat au cœur du bras de fer
La bataille ne se joue d'ailleurs pas seulement autour de la présidentielle. Les élections législatives auront également une importance déterminante. Au Brésil, le Sénat est compétent pour juger les ministres de la Cour suprême dans le cadre d'une procédure de destitution. La droite espère donc renforcer ses positions dans la chambre haute afin de pouvoir exercer une pression accrue sur le STF.
Une éventuelle destitution reste cependant très difficile : elle nécessite une majorité des deux tiers du Sénat. Et le paradoxe est que le président du Sénat lui-même est cité dans l'affaire Banco Master, ce qui complique encore davantage la situation.
Un scandale qui dépasse le seul Alexandre de Moraes
L'affaire ne se résume donc pas à un affrontement entre Lula et Bolsonaro. Daniel Vorcaro avait construit, au fil des années, un vaste réseau de relations dans les milieux politiques et judiciaires. Et même si plusieurs personnalités de gauche apparaissent dans le dossier, les personnalités actuellement les plus exposées appartiennent majoritairement à la droite, souligne Gustavo Ribeiro. Flavio Bolsonaro est notamment concerné, tandis que quelques personnalités proches de Lula apparaissent également dans les investigations.
Pour le journaliste, c'est peut-être ce qui explique la difficulté à faire toute la lumière sur le scandale. Daniel Vorcaro aurait cherché à s'attirer les bonnes grâces de responsables de différents horizons en leur offrant notamment accès à un train de vie de milliardaire, à travers des voyages et des événements luxueux. Une stratégie qui pourrait expliquer pourquoi, selon Gustavo Ribeiro, peu de responsables politiques ont aujourd'hui intérêt à ce que toute la lumière soit faite sur l'affaire Banco Master.
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