« C'est formidable le football, il ne faut pas le dégrader » : Michel Platini a toujours raison
Michel Platini, éternel numéro 10.
© Anthony Anex/AP/SIPA
Florent Barraco 23/08/2026 à 07:44, Mis à jour le 23/08/2026 à 08:24
Dans un remarquable documentaire de six épisodes diffusés sur Canal+, l'ancien numéro 10 des Bleus raconte sa vie et surtout la philosophie qui l'a accompagnée tout au long de sa carrière de joueur, d'entraîneur et de dirigeant.
Les sportifs légendaires ont des pouvoirs magiques. Malgré les années, les rediffusions et l'arrivée de nouvelles stars, ils restent des phares dont la lumière nous éclaire tout en nous éblouissant. On a tout vu, lu et revu sur Michel Platini. Son palmarès exceptionnel, son rôle dans le football français, ses coups francs, ses buts, ses passes. Sa gueule d'ange, ses bouclettes, ses vannes, ses coups de gueule. Ses failles, aussi. Les six épisodes de la série « Platini », diffusés sur Canal+ ce dimanche, viennent raviver le souvenir et la nostalgie. Mais ils ont un supplément d'âme.
Le numéro 10 de légende regarde les images de sa vie. Il les commente, voire les revit. Il faut voir le regard de Platoche, naguère doux, chambreur et rageur, s'embuer quand il revoit les images de la demi-finale de la Coupe du monde 1986 contre la RFA ou celles de l'entrée de son fils lors de son jubilé à Nancy en 1988. « Platoche » raconte le football comme personne. Il a une vision, presque une idéologie. « C'est pas le but, le football, c'est la belle passe. Faire une bonne passe à son collègue, c'est un signe d'amour et d'amitié. » Le triple Ballon d'or fut le meilleur joueur du monde, mais toujours un joueur dans un collectif. Ses plus beaux buts sont des passes : pour Giresse, Tigana et tous les autres. Platini a des exigences envers les autres et envers lui-même. Le récit de sa prise de pouvoir à la Juventus est le résumé du personnage. Recruté par « l'avvocato » Agnelli, il restructure le jeu de la Vieille Dame, s'impose, la porte au sommet et décide de se retirer quand il n'arrive plus ni à progresser ni à s'améliorer.
La suite après cette publicité
La vie d'après, le foot d'après...
Le dernier épisode s'intéresse à la vie d'après. La plus dangereuse. Après avoir pris la tête de la sélection française, puis du comité d'organisation de la Coupe du monde 1998, il dirige l'UEFA. Le football européen est enfin dirigé par un ancien footballeur. Dans son discours d'introduction, il résume sa philosophie : « Le football est un jeu avant d'être un produit, le football est un sport avant d'être un marché. Le football est un spectacle avant d'être un business. » Il rappelle la base.
La suite après cette publicité
Platini défend d'abord le jeu et pas seulement les enjeux économiques, politiques et diplomatiques. Il réforme l'instance européenne et se rêve président du football mondial. « C'est trop calme, j'aime la tempête », s'amuse-t-il. Ce sera un tsunami. Il sera éliminé par des gens plus politiques que lui. Et par des gens qui n'ont pas lu l'avertissement de Richard Nixon dans son livre « Leaders » : « Ce qui distingue l’homme mûr de l’adolescent en politique, c’est que l’adolescent recherche la position éminente pour être quelqu’un alors que l’homme mûr la recherche pour faire quelque chose. »
Accusé de corruption en 2015, il est définitivement blanchi en 2025. Dix ans sans Platini aux affaires et le football a basculé : de l'introduction de la VAR à la confiscation de la Coupe du monde de 2026, le ballon ne tourne plus très rond. « Le football est devenu un produit avant d'être un jeu ; le football est finalement un marché avant d'être un sport ; le football s'avère en fait un business avant d'être un spectacle. » « C'est formidable le football, il ne faut pas le dégrader », croit encore le numéro 10. N'est-ce pas déjà trop tard ? En attendant, heureusement, il nous reste les légendes.
La suite après cette publicité
La suite après cette publicité
« Platini », de Guillaume Priou, à partir du 23 août sur Canal+ et MyCanal
Contenus sponsorisés
Personnalités
Sur le même sujet