« C’est une maison très intime, elle a été conçue pour son usage et ses besoins » : découvrez de l’intérieur la villa imaginée par Eileen Gray à Menton

« C’est une maison très intime, elle a été conçue pour son usage et ses besoins » : découvrez de l’intérieur la villa imaginée par Eileen Gray à Menton

Quand on pose un pied dans la villa « Tempe a Pailla », à Menton, il faut faire preuve d’imagination pour se replonger dans la bâtisse voulue par Eileen Gray au début des années 30. Placées dans chacune des pièces correspondantes, des photos imprimées en haute résolution permettent de comparer. Et de se représenter le mobilier d’antan – pliant, escamotable, extensible – utilisé par l’Irlandaise dans sa vie quotidienne.

Quelques traces du travail de recherche mené sur place depuis près d’un an se chargent quant à elles de renvoyer à l’époque actuelle. Entre relevés stratigraphiques et mesure des failles.

Passant de pièce en pièce, l’architecte Maximilian Eisenkoeck – qui a acheté la maison en 2025, en vue de l’ouvrir au public – détaille quelques spécificités du lieu.

« Eileen Gray voulait qu’on voie les miroirs selon sa propre perspective, à sa hauteur. On retrouve cela dans plusieurs parties de la maison : c’est sa taille qui servait de référence. On comprend alors pourquoi la maison a été construite si petite : elle répond à ce qu’Eileen Gray jugeait nécessaire pour elle-même. »

D’où le sentiment d’une maison très intime, conçue pour son usage et ses besoins.

Contrôle de la lumière et mises en scène

Eileen Gray avait développé des techniques astucieuses pour contrôler la lumière dans les pièces.
Eileen Gray avait développé des techniques astucieuses pour contrôler la lumière dans les pièces.
Oskar Artur Rozek

Avec son équipe de l’association Tempe a Pailla, Maximilian Eisenkoeck entend progressivement restituer le mobilier. Remettre en place l’ancien système de chauffage, aussi. « Les tubes sont encore dans le mur, mais le système a été arraché dans les années 90. Nous essayons de remettre le tout en état sans installer de nouvelles canalisations. »

Dans le séjour, les volets coulissants à lamelles permettaient à Eileen Gray de contrôler la lumière, jusqu’à plonger la pièce dans l’obscurité totale… Peut-être pour développer ses photos, suggère l’architecte.

Plus loin, au plafond, on remarquera une ouverture circulaire fermée par un disque. Maniable depuis le lit, l’installation visait à augmenter ou diminuer l’intensité de lumière. En créant, sur le plan visuel, une sorte d’éclipse.

Plusieurs pièces de mobilier étaient, du reste, inspirées par l’aéronautique. À l’instar d’une garde-robe conçue en bois peint, malgré son apparence métallique.

Eileen Gray utilisait, de fait, des matières innovantes. Parmi elles, le Rhodoïd, une marque déposée qui n’était autre du celluloïd – un des tout premiers plastiques.

La villa Tempe à Pailla, située sur les hauteurs de Menton, a été bâtie par la designer irlandaise Eileen Gray au début des années 30.

Désignant un coin de la chambre, Maximilian Eisenkoeck explique que la designer avait fait des photos d’un de ses tabourets à cet emplacement. N’hésitant pas à orchestrer une véritable mise en scène.

« Elle tenait à ce que son architecture soit présentée correctement, mais cette maison n’a jamais vraiment fait l’objet de publications avant 1956. Tout cela reflète sa personnalité : elle ne s’intéressait pas au marketing et n’était pas très douée pour présenter ses idées aux autres. »

De multiples fonctions cachées

Parmi le mobilier imaginé par Eileen Gray pour la villa « Tempe a Pailla », on peut citer une garde-robe en faux métal.
Parmi le mobilier imaginé par Eileen Gray pour la villa « Tempe a Pailla », on peut citer une garde-robe en faux métal.
Oskar Artur Rozek

Dans un couloir, un système pour ranger les bagages en hauteur devra s’offrir une seconde jeunesse. « On pourrait rechromer la pièce ou la polir. Mais la seule chose que nous prévoyons, c’est un nettoyage professionnel et une intervention sur les zones endommagées pour stopper la détérioration et lui permettre de pivoter librement », tranche l’architecte. Qu’importe si les futurs visiteurs la trouvent un poil défraîchi.

Dans la chambre de Louise – la gouvernante d’Eileen Gray – demeurent quelques traces d’un vert intense. « Il faut imaginer que la maison était probablement très colorée », pose Maximilian Eisenkoeck. Avant de se diriger vers la cuisine, vraisemblablement la pièce qui a le plus changé.

Faute de photos l’illustrant – malgré les 200 clichés dont elles disposent – les équipes ne peuvent qu’imaginer. « Elle était très précise dans ses dessins. L’exécution était parfaitement fidèle à son tracé. Toutefois, il est parfois difficile de comprendre dans le détail à quoi correspondait chaque élément », lâche l’architecte. Donnant l’exemple d’un rond qui représentait, suppose-t-il, une lampe.

De retour dans le hall d’entrée, Max Eisenkoeck soulève une banquette, révélant un accès au cellier. « Eileen Gray a intégré tellement de fonctions cachées… »

À l’extérieur, la terrasse-solarium est moins une réussite. « Elle est noire et le soleil tape directement dessus, de sorte qu’elle se transforme en plaque chauffante, plaisante l’architecte. C’est la preuve qu’Eileen Gray était à la fois pragmatique et très peu pratique. Elle a réalisé certaines choses qui n’étaient pas durables et qui ne fonctionnaient pas. »

Le nouvel hôte de Tempe a Pailla y voit un témoignage de sa personnalité complexe : « Elle voulait faire les choses à sa manière ».

Toute personne qui disposerait de photos ou d’informations sur la villa « Tempe a Pailla » peut joindre l’équipe à l’adresse mails suivante : [email protected] Ou via le formulaire de contact sur le site de l’association.