Ce que l'on sait de l'agression d'un policier à Belfort après l'interpellation d'un adolescent dans une rivière, en marge de la mobilisation lycéenne

Ce que l'on sait de l'agression d'un policier à Belfort après l'interpellation d'un adolescent dans une rivière, en marge de la mobilisation lycéenne

Un commandant de police a été violemment frappé par plusieurs personnes à Belfort vendredi matin. Des vidéos ayant circulé sur les réseaux sociaux le montrent en train d'interpeller un jeune un peu plus tôt dans un cours d'eau.

France Télévisions

Publié le 03/10/2026 13:51

Temps de lecture : 5min

Le policier passé à tabac interpelle un jeune quelques instants avant, le 2 octobre 2026, à Belfort (Territoire de Belfort). (CAPTURE ECRAN TWITTER)
Le policier passé à tabac interpelle un jeune quelques instants avant, le 2 octobre 2026, à Belfort (Territoire de Belfort). (CAPTURE ECRAN TWITTER)

Dans un contexte de mobilisation des lycéens dans plusieurs villes de France, les images d'un policier haut gradé passé à tabac par des jeunes à Belfort (Territoire de Belfort), vendredi 2 octobre, ont suscité l'indignation jusqu'au plus haut niveau de l'Etat. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a promis que "tout sera mis en œuvre pour identifier les auteurs de cet acte abject".

Des images très violentes montrant le tabassage d'un policier ont été largement relayées dès la fin de matinée vendredi, sur les réseaux sociaux, notamment par des syndicats de policiers. Un gradé en civil, commandant du renseignement territorial, apparaît poursuivi par "une horde d'individus particulièrement agressifs vraiment à son encontre", a décrit Paul-Edouard Lallois, procureur de la République de Belfort, lors d'un point-presse. L'un des protagonistes le fait chuter en arrière. Le policier est alors roué de coups. Un individu lui assène plusieurs coups de poing à la tête, un autre lui frappe le crâne à coups de pied.

Des renforts de police "sont rapidement intervenus pour disperser le groupe d'agresseurs" et porter secours au policier, a fait savoir le procureur. Il précise que la scène s'est déroulée à 9h15, aux abords du lycée Gustave-Courbet de Belfort. Le commandant en civil venait d'interpeller un jeune homme "suspecté d'avoir débuté un incendie sur la zone herbeuse qui entoure la zone proche du lycée".

#BELFORT : ILS VEULENT TUER DU FLIC.

Un policier pourchassé comme une proie, rattrapé, jeté au sol et frappé au visage à plusieurs reprises, à plusieurs contre un.

Ce n’est plus de la haine anti-flic. C’EST UNE CHASSE AU FLIC !

TU TOUCHES À UN FLIC, TU VAS EN PRISON. POINT !!! pic.twitter.com/091gcJ450R

— ALLIANCE PN (@alliancepolice) October 2, 2026

Dans un post sur X, publié vendredi après-midi, quelques heures après les faits, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez annonce qu'une enquête pour tentative d'homicide volontaire a été ouverte par le parquet de Belfort. Il souligne que le commandant de police "volontairement ciblé" a été "hospitalisé après avoir perdu connaissance" mais que "son état n'inspire plus d'inquiétude majeure". "Les premiers examens sont rassurants", a appris France Télévisions samedi matin de source policière, rapportant que le commandant de police souffre "de traumas superficiels".

Une seule interpellation liée à ce passage à tabac a, pour l'heure, eu lieu, celle d'un adolescent de 17 ans, scolarisé au lycée Gustave-Courbet, et n'ayant pas d'antécédents judiciaires. Le lycéen a été arrêté juste après l'agression du policier, a fait savoir le procureur de la République de Belfort. Sa garde à vue a pris fin samedi matin, a-t-il déclaré à France Télévisions, précisant qu'il est sorti libre, sans poursuites, puisqu'"aucun élément n'indique qu'il a pris part au lynchage", même s'il a reconnu avoir été présent sur les lieux.

Le magistrat assure que les investigations "avancent bien" et que plusieurs individus ayant participé au passage à tabac "ont été formellement identifiés" mais pas encore interpellés. Des parents "se sont manifestés par civisme et ont fourni des vidéos aux autorités de police", relaie également Paul-Edouard Lallois.

Vendredi après-midi, de nouvelles images diffusées après cette agression ont cependant été partagées et largement commentées sur les réseaux sociaux. Elles ont été filmées juste avant le lynchage du policier, a confirmé Paul-Edouard Lallois à France 3 Bourgogne Franche-Comté, qui les a authentifiées.

Dans une vidéo floue d'une trentaine de secondes, le commandant de police apparaît debout, les pieds dans une rivière, en train d'interpeller un jeune agenouillé dans l'eau. Le visage de l'individu semble entrer en contact avec la rivière et, alors qu'il paraît résister à l'interpellation, le policier le retient et tente de le menotter.

sur mes derniers postes et réponses certains me traitent de.Voici trois vidéos qui montent le policier menotter en forçant la tête de l’ado qui crie dans l’eau , le menotter quelques minute d’ asphyxiions plus tard en dehors,se faire taper (je cautionne pas)#blocus #info #belfort pic.twitter.com/mslUfcA0Mn

— bababingo_73 (@Stikerfrrr) October 2, 2026

Plusieurs internautes estiment que le policier a tenté de "noyer" le jeune homme. Le député LFI de l'Essonne Antoine Léaument a partagé l'un des extraits vidéos sur son compte X, écrivant : "Allo @NunezLaurent !!! Appelez au calme les hommes qui sont sous votre responsabilité. Cette intervention ne répond à aucune des règles du maintien de l'ordre. Aucune."

Dans une autre vidéo de onze secondes, les deux protagonistes remontent sur une petite pente, en haut de la rivière. Le policier tient le jeune par le pull dans le dos d'une main et tient une gazeuse dans l'autre main. Tous deux marchent, le jeune homme apparaît non menotté.

Le procureur de la République de Belfort a apporté des précisions sur ces deux extraits vidéos à France 3, expliquant que le commandant de police "a voulu isoler le jeune au plus loin possible de la foule" ce qui l'a conduit jusqu'à la rivière. "Il a ensuite procédé à l'interpellation, il l'a agenouillé et il l'a menotté. Et il l'a par la suite relevé, avant de traverser le cours d'eau pour revenir à l'esplanade, du côté de la foule. C'est à ce moment qu'il a violemment été pris à partie", détaille le magistrat à nos confrères. Le policier s'est alors "défendu avec sa grenade lacrymogène, mais il a rapidement été submergé, ce qui a conduit à ce violent lynchage." Le magistrat a affirmé sur BFMTV que le jeune a alors réussi à prendre la fuite, avec les menottes sur un seul poignet.

Paul-Edouard Lallois conteste fermement toute tentative de noyade de cet individu. "Effectivement, les deux se retrouvent dans l'eau. On voit d'ailleurs le commandant les pieds dans l'eau. Mais il l'a rapidement relevé et, on le voit avec les images qui suivent cette première vidéo tronquée, le jeune est en bonne santé et il marche avec le policier jusqu'à l'intervention des agresseurs." Le procureur insiste sur "l'urgence de la situation" et le "danger" que pose une interpellation effectuée "sans soutien à proximité" et avec pour "seul matériel une gazeuse, une paire de menottes et son arme de service".

Interrogé sur cette séquence au journal de 20 heures sur TF1, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a dit s'en remettre aux déclarations du procureur, précisant que le jeune a été interpellé parce qu’il était "à l’origine de jets de projectiles". Une version que conteste un jeune témoin interrogé par France 3, expliquant : "Ils ont voulu l'arrêter parce qu'il y a eu un tir de mortier, alors que ce n'est pas le jeune homme qui s'est fait arrêter qui a tiré au mortier. Il s'est fait couler et après les jeunes sont venus taper. Après, bien sûr, le policier ne mérite pas cela, mais les médias ne montrent pas tout."

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