Ce que l'on sait des enquêtes confiées à l'IGPN depuis le début de la mobilisation lycéenne

Ce que l'on sait des enquêtes confiées à l'IGPN depuis le début de la mobilisation lycéenne

L'Inspection générale de la police nationale a été chargée d'enquêter sur une dizaine de faits de violences policières lors du mouvement de blocages des lycées. Le parquet de Metz a également ouvert une procédure après l'interpellation d'une jeune fille de 14 ans.

France Télévisions

Publié le 06/10/2026 14:14

Mis à jour le 06/10/2026 14:15

Temps de lecture : 6min

La grille du lycée Michelet, à Vanves (Hauts-de-Seine), le 6 octobre 2026. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)
La grille du lycée Michelet, à Vanves (Hauts-de-Seine), le 6 octobre 2026. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Depuis le début du mouvement de protestation dans les lycées, 215 élèves ont été blessés, selon Matignon. Les services du Premier ministre ont déclaré que "l'immense majorité" l'a été "soit dans le cadre d'accidents", "soit par le fait d'autres individus extérieurs". Dix enquêtes ont toutefois été ouvertes par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la "police des polices", depuis le début du mouvement lycéen, a annoncé le ministère de l'Intérieur dans la soirée du lundi 5 octobre.

Au lendemain de ces annonces, le parquet de Metz a fait savoir qu'une nouvelle enquête avait été ouverte mardi 6 octobre, pour des faits survenus lundi dans la ville. Au total, 6 059 interpellations ont été effectuées depuis le 28 septembre et 715 policiers ou gendarmes ont été blessés, d'après le gouvernement.

Un jeune de 14 ans blessé à la mâchoire

"Il a la mâchoire scellée, il ne peut plus parler et il s'alimente avec une paille". La mère d'Eden, 14 ans, grièvement blessé après le tir d'un policier devant son lycée lundi 28 septembre, s'est exprimée une semaine plus tard face à la presse à propos de l'état de santé de son fils. Il a "toutes les dents du haut cassées" et "celles du bas arrachées". Selon l'avocate de l'adolescent, Eden a été grièvement blessé à la tête "par le tir d'un lanceur de grenade lacrymogène".

Sur des images massivement partagées sur les réseaux sociaux, trois policiers casqués sont filmés en face-à-face avec le lycéen. L'un d'eux assène un premier coup à l'adolescent, qui lui adresse à son tour un coup de pied, avant qu'un tir de lance-grenade dans le visage ne le propulse au sol.

Le parquet de Pontoise a fait savoir le 28 septembre que deux enquêtes étaient ouvertes. La première, confiée à l'IGPN, porte sur le tir effectué par le policier, et la seconde sur des faits de violence sur des policiers, rapporte France 3 Paris-Ile-de-France. Les parents de cet élève de seconde au lycée professionnel Château d'Epluches de Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise) s'apprêtent par ailleurs à porter plainte auprès du parquet de Pontoise pour tentative d'homicide volontaire.

Un adolescent de 16 ans éborgné

Maël, un adolescent de 16 ans, a lui été grièvement blessé, mercredi 30 septembre à la tête, lors du blocus du lycée Balzac, à Tours (Indre-et-Loire), a rapporté la procureure Catherine Sorita-Minard. "J'ai saisi l'IGPN pour enquête", a-t-elle annoncé sur X. Ce même jour, la magistrate a ensuite annoncé que les examens médico-légaux confirmaient que les blessures étaient "compatibles avec l'impact d'une balle de défense de type LBD".

Résultats des examens médico- légaux. Les lésions à l'œil sont compatibles avec l'impact d'une balle de défense de type LBD. La victime est prise médicalement en charge. Elle sera entendue ultérieurement. L'enquête se poursuit.

— 🇫🇷 Procureure Tours - Catherine Sorita-Minard (@ProcureureTours) September 30, 2026

Dans un communiqué transmis lundi à la presse, la famille de Maël a assuré que l'adolescent n'avait "aucune implication, ni de près ni de loin, dans quelque engagement militant ou politique que ce soit", précisant qu'il était toujours hospitalisé. "Il s'agit simplement d'un adolescent qui s'est retrouvé pris dans les événements, et qui l'ont tragiquement frappé dans son intégrité physique", ajoute la famille. Une plainte pour violences par personne dépositaire de l'autorité publique a été déposée, selon le parquet.

Un lycéen de 16 ans blessé à l'œil

Le parquet de Pontoise (Val-d'Oise) a déclaré jeudi 1er octobre avoir confié une enquête à l'IGPN pour violences avec arme par personne dépositaire de l'autorité publique. Ce jour-là, deux policiers ont fait usage de leur LBD alors que "deux jeunes hommes situés à une vingtaine de mètres d'eux (...) avaient tiré en leur direction des mortiers" d'artifice, a expliqué le procureur.

"En riposte, deux policiers porteurs de LBD" ont fait "usage de ceux-ci", selon le parquet. Les policiers ont atteint les deux jeunes, qui ont ensuite "pris la fuite". Le ministère public précise que la description "d'un des deux individus" correspond à celle d'un adolescent de 16 ans dont la famille a annoncé le dépôt d'une plainte.

Sur France Inter, l'avocate Sophia Kerbaa, qui représente la famille, a expliqué que l'adolescent, un élève de première scolarisé au lycée Georges-Braque, tentait de rentrer chez lui en contournant la gare du Val-d'Argenteuil, bloquée par les forces de l'ordre, quand il s'est retrouvé "malgré lui" au milieu d'un rassemblement. "C'est là qu'il a reçu un tir en plein visage", a affirmé l'avocate. Opéré en urgence pour tenter de libérer son nerf optique, "il a peur d'être aveugle", a confié l'avocate. "Des os ont été cassés autour de l'œil et le pronostic de cécité est réservé", a-t-elle expliqué, ajoutant que son client devra sans doute subir d'autres interventions.

Un adolescent de 15 ans dont la main a été arrachée

Un lycéen de 15 ans, scolarisé en seconde, a eu la main arrachée lundi matin près d'un lycée de Lens. Les jours de l'adolescent, hospitalisé à Lille, "ne sont pas en danger", selon le préfet du Pas-de-Calais François-Xavier Lauch. Les circonstances exactes dans lesquelles l'adolescent a été blessé, restent à déterminer, écrivent nos confrères de France 3 Hauts-de-France qui ont recueilli des témoignages d'adolescents présents au moment des faits.

Si certains de ces témoins ont affirmé que l'adolescent a été blessé par une grenade, ce sera à l'IGPN de "déterminer le type de grenade utilisée", a expliqué le procureur Etienne Thieffry, qui s'est exprimé au côté du prefet lors d'une conférence de presse lundi après-midi. Il a par ailleurs assuré ne pas être en mesure d'affirmer, pour le moment, "si cet adolescent avait formellement récupéré une grenade qui a explosé dans sa main, ou si la grenade aurait atterri sur lui".

"C'est évidemment un drame, on n'a pas à perdre sa main dans une manifestation."

Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur

sur France Inter

"Une enquête est ouverte, qui dira dans quelles conditions ces faits se sont produits" et "si l'action était proportionnée ou pas", a ajouté le ministre au micro de la radio publique.

Une jeune fille de 14 ans possiblement agressée sexuellement

Une enquête a également été ouverte mardi 6 octobre après l'interpellation la veille d'une jeune fille à Metz (Moselle), en marge de la mobilisation des lycéens, a appris franceinfo auprès du parquet. Les investigations devront "établir l'existence ou non d'actes relevant d'une agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans", a annoncé le procureur de la République.

Sur les réseaux sociaux, une vidéo massivement partagée montre une jeune fille maintenue au sol par un policier qui lui touche les cheveux et la poitrine. L'enquête, confiée à l'IGPN avec l'appui de l'Office anti-cybercriminalité, doit notamment permettre d'"authentifier et analyser" ces images.

Une source policière rapporte à franceinfo que le policier entend déposer plainte pour diffamation. Quant à la jeune fille, le procureur de Metz précise qu'elle est âgée de 14 ans et qu'elle a été placée en garde à vue pour "dégradations" et "participation à un groupement en vue de la préparation de violences".

D'autres enquêtes ouvertes

Si le ministère de l'Intérieur a annoncé lundi que dix enquêtes avaient été confiées à l'IGPN depuis le début de la mobilisation lycéenne, plusieurs d'entre elles n'ont pas fait l'objet de communication de la part des autorités et des services de police. Selon une liste dressée mercredi par le ministre de l'Intérieur, l'une d'elles concerne par exemple des faits qui se sont produits à Sevran (Seine-Saint-Denis). Concernant les cinq autres enquêtes ouvertes, nous ne disposons pas à cette heure d'éléments. Contactés par franceinfo, ni l'IGPN ni la police n'ont communiqué sur ces cas.

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