Ces animaux devenus emblèmes : le coq, de la moquerie des Gaulois à la fierté française

Ces animaux devenus emblèmes : le coq, de la moquerie des Gaulois à la fierté française

C'est l'histoire d'un petit village peuplé d'irréductibles gallinacés. Vu de Rome, un "Gaulois" est en effet un "coq". D'un point de vue sémantique du moins, car le terme latin "gallus" signifie l'un comme l'autre.

Bien que les principaux intéressés ne fassent aucun usage particulier de l'animal, l'Empire romain en fait donc un objet de moquerie. "L'emblème, plutôt dépréciatif permet de se moquer du désordre gaulois et du cri peu mélodieux que ceux-ci poussaient au combat, jugé semblable à celui d'un coq", éclaire Michel Pastoureau, professeur émérite de La Sorbonne (Paris) et historien des emblèmes, couleurs et autres symboles.

Des siècles durant, les rivaux de la France utilisent abondamment l'animal pour déprécier celle-ci, à commencer par le traditionnel ennemi britannique. Le coq vise désormais le peuple comme le roi, et "il faut attendre le XIVe siècle pour assister à un retournement de situation avec un coq accepté, d'abord en milieu royal puis au sein de la population" poursuit l'historien. Enfin doté d'un nouveau statut, le coq fait désormais fièrement la guerre au léopard anglais.

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Trop faible pour Bonaparte

L'animal n'est toutefois pas érigé au rang d'emblème royal officiel, la monarchie lui préférant le lys. Dénué de statut héraldique, il ne s'en affiche pas moins sur les estampes, gravures et médailles des rois de France.

Mais la Révolution française va l'ériger en étendard du peuple, symbolisant la colère et de la contestation. "C'est évidemment un tournant, commente Michel Pastoureau. Avec la Révolution, la France se débarrasse de tous les anciens emblèmes et symboles de la monarchie, à l'exception de la couleur bleue et de la figure du coq. Cela s'explique par le fait que depuis plusieurs décennies déjà, ces deux emblèmes n'étaient plus liés à la monarchie et la dynastie, mais étaient devenus les emblèmes de la nation. En 1789, le coq incarne le peuple vigilant. Il acquiert presque un statut officiel sous la Première république, et s'affiche partout : sur les sceaux, les documents officiels, et les emblèmes de toutes sortes".

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D.R. ©D.R.

Bonaparte est moins convaincu. Lorsque, premier consul, il cherche un emblème pour le régime impérial qu'il s'apprête à fonder en 1804, Napoléon fait voter le Conseil d'État. La majorité penche en faveur du coq. Guère impressionné, l'empereur balaie l'idée d'un revers de la main, jugeant l'oiseau ridiculement faible face aux aigles et aux lions brandis par ses ennemis. "Certains hommes politiques étaient partisans du lion, d'autres de l'éléphant, Cambacérès proposa des abeilles, évoque le professeur émérite de La Sorbonne. Mais Bonaparte, assez tardivement, finit par leur préférer l'aigle, en partant du principe que tous les empires ont toujours pris l'aigle pour emblème".

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Bleu des villes, coq des champs

Il faut attendre le couronnement de Louis-Philippe en 1830 pour voir le gallinacé orner les boutons et drapeaux de la Garde nationale. Puis la Troisième République en 1875 pour le voir apparaître sur les timbres et pièces de monnaie. Présence relativement timide donc, jusqu'aux drames absolus du siècle dernier : la Première et la Seconde Guerre mondiale.

"Dès la Première Guerre mondiale, le coq gaulois s'affiche sur les supports de propagande contre l'aigle de la Prusse, devenu le Reich, détaille Michel Pastoureau. Cela reprend durant la Seconde Guerre mondiale, mais plutôt sous des formes de résistance relativement discrète. On cite souvent à titre d'exemple l'étiquette de Camembert de la marque "Le Coq Hardi", commercialisée durant l'Occupation, sur laquelle un coq se dresse fièrement sur le territoire français."

Cela ne suffit toutefois pas à lui donner un statut officiel. De nos jours, encore, l'animal passe au troisième plan derrière Marianne et le drapeau tricolore, qui sont reconnus – eux – comme symboles d'État. Le coq se console comme il peut sur les terrains de sport, et notamment les terrains de football, où il a fait son apparition sur le maillot de l'équipe de France en 1904 pour ne plus jamais le quitter.

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Les quarante ans et plus se souviendront par ailleurs de Footix, mascotte assez moche, mais mascotte tout de même, de la Coupe du monde 1998 avec le résultat sportif que l'on sait.

Footix
Footix ©D.R.

"Il est intéressant de noter que des années 50 aux années 70, les sports d'origine rurale comme le rugby prennent le coq pour emblème, alors que les sports d'origine urbaine se parent de la couleur bleue, note encore Michel Pastoureau. Les deux symboles entrent d'abord en concurrence avant de s'associer. Durant mon adolescence, les footballeurs de l'équipe de France étaient d'ailleurs encore appelés "Les Coqs", maintenant on dit généralement "les Bleus". En Rugby, même dans les tournois internationaux, il était également d'usage de lâcher un coq sur le terrain avant le match. C'était un rituel venu du monde rural qui a totalement disparu aujourd'hui. Signe, selon moi, du déclin considérable de la France rurale, et avec elle, du coq gaulois. Il est certes toujours présent sur les maillots, avec une certaine confusion d'ailleurs, puisque l'équipementier de l'équipe de France de football n'est autre que "Le Coq Sportif". On ne sait donc plus très bien si le coq est l'emblème de la France ou celui de la marque".

Rappelons, enfin, que contrairement à son cousin "français", le coq wallon adopté comme emblème régional en 1913 n'est pas "chantant" mais "hardi" et s'affiche la patte droite levée, symbole de fierté et d'action.

D.R.
D.R. ©D.R.

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