Changer de vie : d'athlète olympique à maire de son village natal

Changer de vie : d'athlète olympique à maire de son village natal

Ancien lanceur de marteau de haut-niveau, Quentin Bigot est devenu en mars dernier maire de Gandrange (Moselle). Cette ville de 3.000 habitants a longtemps été un fief de la sidérurgie française avant la fermeture très médiatisée de son aciérie. Le jeune élu veut lui redonner une seconde vie.

Par Jérôme Val Publié le mercredi 22 juillet 2026 à 07:19

Comme quand il était athlète, Quentin Bigot a une équipe autour de lui : les adjoints et les conseillers municipaux de sa liste, seule en lice au scrutin de mars dernier. Fini aujourd'hui le T-shirt et les bandages aux doigts, c'est plutôt chemise et parfois la cravate pour le nouveau maire de Gandrange.

Des années passées au plus haut niveau sportif

Dans son bureau, son écharpe tricolore de premier magistrat de la ville est posée sur la table et sur les murs gris de la pièce, sont accrochés un portrait du Général de Gaulle, une photo de ses colistiers et deux autres photos plus personnelles. "D'abord le lanceur de marteau Sergey Litvinov qui a été une figure et un modèle quand j'étais sportif de haut-niveau, champion olympique en 1988, s'enthousiasme Quentin Bigot qui a conservé sur une étagère dans son bureau le dossard du Russe des JO de Séoul. L'autre photo à côté qui rappelle le passé industriel de notre ville, c'est mon grand-père qui bossait dans les années 60 et 70 au port de Richemont."

Quentin Bigot, c'est quinze ans au plus haut niveau, deux Jeux olympiques à Londres en 2012 et à Tokyo en 2021, et une deuxième place aux championnats du monde en 2019 à Doha, la seule médaille mondiale pour un Français en lancer de marteau. Et dès 2022, une envie commence à trotter dans sa tête. "Je ne me suis pas réveillé au dernier moment, se souvient-il. Alors que je suis au top de ma carrière en 2022, j'avais dit aux habitants que je voulais devenir maire de Gandrange en 2026 et de nulle part ailleurs. Vous pourriez me parachuter dans une autre ville beaucoup plus grande et en meilleur état financier que Gandrange, je n'en voudrais pas. C'était maire de Gandrange ou rien."

"Son objectif était la mairie et il a réussi"

Quand Quentin Bigot officialise la fin de sa carrière il y a un an, il se lance dans la campagne à Gandrange, son village natal, le berceau de sa famille depuis "le 17ème siècle." "Comme il le dit souvent, il doit quelque chose à Gandrange, souligne son père François Bigot. Les Gandrangeois l'ont toujours supporté en tant qu'athlètes de haut niveau et il se devait de donner maintenant quelque chose pour eux. C'est très émouvant et quand il y a eu la passation de pouvoirs lors du premier conseil municipal, j'étais très fier de lui."

C'est un changement de vie complet pour ce père de 2 jeunes enfants qui est aussi conducteur de train de marchandise, un métier pour lequel il s’est mis en disponibilité. Car Quentin Bigot, féru d'histoire locale, a fait le choix d'être un maire à temps plein. "Concrètement à Gandrange, et c'est public, je gagne 1770 euros nets par mois, dévoile l'élu de 34 ans. Je suis aussi vice-président à la Communauté de communes Rives de Moselle mais tout ça cumulé, je ne gagne pas énormément. Déjà en tant que lanceur de marteau, je ne gagnais pas des millions. J'ai toujours un peu galéré, par exemple pour partir en stage. Ça m'a beaucoup éduqué cette façon de me débrouiller. Parfois en tant que maire, j'utilise les mêmes astuces pour faire avancer des dossiers. C'est un vrai défi."

Dans le bar-PMU de la commune, petit havre de fraîcheur alors que le soleil écrase tout, Sybella del Gaudio s'active derrière son comptoir. Elle est la benjamine du conseil municipal. "Quentin est quelqu'un qui aime les challenges. Il a fait sa carrière de sportif, il a travaillé dans les trains comme il le souhaitait. Son objectif était la mairie et il a réussi."

Quentin Bigot veut faire revenir l'emploi sur sa commune

Gandrange est une commune de 3.000 habitants qui a fait sa richesse et sa renommée grâce à son usine sidérurgique, un fleuron qui a prospéré dans les années 1960 et 1970 avant une longue agonie et le rachat par le groupe Arcelor-Mittal. La ville devient un symbole politique, celui des promesses non tenues. Une plaque dans l’entrée de la mairie a été posée par l’ancien maire socialiste où on peut y lire : "je me rendrai à Gandrange dans deux mois pour graver cet engagement dans le marbre." Une déclaration du Président de la République de l'époque, Nicolas Sarkozy qui s'est rendu plusieurs fois sur place en 2008 et 2009. Mais "la droite comme la gauche ont laissé tomber Gandrange, c'est tout", conclut Quentin Bigot. Résultat : 600 emplois ont été supprimés, les hauts-fourneaux ont été fermés puis détruits (le dernier bâtiment a été mis à terre en août 2023). "La cheminée faisait plus de 80 mètres de haut. On pouvait rentrer la cathédrale de Metz, on l'appelait la cathédrale d'acier."

Aujourd’hui, on entend au loin les pelleteuses et les engins de chantier. "Dans quelques mois, 400 voire 500 emplois vont revenir à Gandrange parce que l'industriel américain AGCO construit en lieu et place de l'aciérie un entrepôt logistique de presque 90 000 m², s'enthousiasme Quentin Bigot. On peut voir avec un peu de nostalgie que l'aciérie ne soit plus là. Mais quand on prend un peu de hauteur, cette histoire industrielle n'est qu'un court temps dans l'histoire de la ville. Maintenant, il faut se projeter sur l'avenir. Je ne suis pas maire à 34 ans pour rester dans la nostalgie pendant des années. Je veux aller de l'avant." Même si l'élu qui a refait le logo de la ville a tenu à y faire figurer l'aciérie en arrière fond.

Un vrai enjeu sur ces terres où le Rassemblement National prospère (le député de la circonscription est Laurent Jacobelli). Un défi pour Quentin Bigot, qui se définit centre-droit mais sans étiquette politique, le plus relevé de sa nouvelle vie.