« Chaque naissance est un cadeau, c’est la beauté, le mystère de l’existence » : Famille nombreuse, famille heureuse !
Pierre et Marielle (assis à g.), ou l’art de rester zen. Avec leur descendance au complet : Domitille, la benjamine, 8 ans, Eugénie, Charles, Espérance, Augustin, Pierre-Éloi, Félix, Théophane, Louis, Henri, Clémentine, Édouard et les aînés de la fratrie, Paul et Victor, jumeaux de 33 ans.
© Baptiste Giroudon / Paris Match
À la tête d’une tribu de 14 enfants, Pierre et Marielle ont battu le rappel pour célébrer le mariage de leur fils Victor.
En franchissant le portail, d’aucuns s’attendent à braver un tourbillon. « Surtout pas ! Ce n’est pas ce que nous souhaitons », corrige Marielle d’une voix posée mais teintée d’une autorité naturelle. Chaque été, elle et son mari, Pierre, retrouvent leurs 14 enfants dans leur résidence secondaire de Saint-Clément-des-Baleines, sur l’île de Ré. « Ils ont entre 33 et 8 ans, et nous ne sommes pas toujours ensemble », précise la maman. Pas de cris ni de joyeux bazar. Ce mardi 14 juillet, la jeune génération des Blanchier n’est pas encore au complet dans la demeure familiale, qui compte huit chambres et vingt couchages. Manquent encore à l’appel Paul, Clémentine, Louis, Théophane, Pierre-éloi et Augustin. Dans quelques jours, la fratrie entière célébrera le mariage de Victor, l’un des deux aînés, et de sa fiancée, Valentine. En attendant le jour J, Charles, 14 ans, Eugénie, 11 ans, Espérance, 16 ans, et Domitille, 8 ans, se distribuent des cartes autour d’une table basse. « L’avantage d’une grande famille, c’est qu’on trouve toujours un frère ou une sœur pour jouer. On ne s’ennuie jamais », confie Édouard, 31 ans. Assis sur une banquette, Félix, 21 ans, lit. Victor, 33 ans, et Henri, 28 ans, férus de marathon, sont sortis faire un footing, tandis que Pierre, le papa, revient des Portes-en-Ré, commune voisine. Avec Édouard, ils sont allés préparer le voilier, un dériveur de 7,20 mètres, sur lequel tout le monde a un jour appris à caboter. Pierre y est maître à bord. Un capitaine qui aime transmettre à sa progéniture le plaisir de la voile, au point que deux de ses garçons, Édouard et Louis, naviguent maintenant en amateurs éclairés jusqu’à s’aligner sur la Fastnet Race ou sur la Mini Transat.
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à terre, c’est Marielle, cheveux sagement attachés en chignon, petit gabarit mais énergie d’hyperactive, qui mène l’équipage : « Je ne me sens pas femme au foyer mais plutôt cheffe d’entreprise », dit-elle. Et pour cause, 14 enfants, cela demande une organisation au cordeau et des dépenses maîtrisées. D’autant que seul Pierre, ingénieur en sécurité informatique, travaille. Leurs revenus : un salaire confortable et des allocations familiales qui ont pu s’élever jusqu’à 2 000 euros par mois à la naissance de Charles, le 12e de la lignée, avant de redescendre lorsque les plus vieux ont atteint leurs 20 ans, âge où s’arrêtent les prestations. « J’arrive très bien à gérer mon budget, assure la mère de famille. Nous achetons utile. Je fais des économies d’échelle. Les vêtements et chaussures des uns servent aux autres. » Marielle applique depuis toujours ce qui est devenu aujourd’hui le nec plus ultra : modérer sa consommation et s’habiller avec des vêtements de seconde main. Pour le mariage, elle a déniché les tenues sur Vinted : « Des vêtements Cyrillus dans les mêmes tons. » Consciemment ou inconsciemment, les Blanchier respectent au quotidien un code vestimentaire qui pourrait servir de pub à la marque en question : robes aux lignes classiques pour les femmes, chemises et bermudas pour les hommes. Chic, élégant et intemporel. Facile à porter, quelle que soit la tendance de la mode.
Une tradition familiale : la photo de la rentrée des classes, devant leur maison de Sceaux. À g., Marielle et ses sept enfants en 2007. Elle allait en avoir encore sept. « Et ils eurent beaucoup d’enfants… » À droite : dix-neuf ans plus tard le perron est devenu trop étroit. Le 7 juin 2026.
Paris Match / © Baptiste Giroudon
En cette fin de matinée caniculaire, Marielle surveille les tomates farcies. « Nous serons quinze à table ? » demande-t-elle à la volée. Coline, la femme d’Édouard, qui est en train de mettre le couvert, confirme. Lors des fêtes de famille, les conjoints des aînés agrandissent la tribu. Les petits-enfants aussi. Pierre et Marielle en ont déjà quatre et deux autres sont sur le point de naître. « Le plus dur quand on intègre une telle famille, confie Coline, c’est de retenir les prénoms. Sinon, c’est agréable et joyeux. » La veille, avec quelques-uns, Marielle a fait les courses chez Lidl, « l’enseigne la plus économique », assure la maman. Elle a rempli deux Caddies… seulement – car le frigo et le congélateur sont de taille classique. « Ça nous permet de tenir trois jours », précise-t-elle. Lorsqu’ils sont réunis, nourrir tout ce petit monde requiert par semaine, rien qu’en produits de base : 10 baguettes, 8 baguettes croustilles, 2 pains aux graines, 12 packs de lait, environ 60 œufs… Chacun met la main à la pâte, ou pas, en fonction de son humeur. « Je refuse les tableaux de tâches, explique la maman. Chacun fait de son mieux pour aider. Si un enfant ne collabore pas, c’est qu’il a besoin d’être en retrait. Ceux qui participent le font avec plaisir. » Lors du déjeuner, le ballet des volontaires s’exécute sans ordre ni contrainte. Henri apporte le plat principal, tandis qu’Eugénie débarrasse l’assiette des entrées. Pierre reconnaît que « la différence d’âge entre les frères et sœurs a favorisé l’entraide ». Mieux, elle a permis de montrer l’exemple : « Les aînés ont vu Marielle s’occuper de bébés et l’ont parfois aidée. Quand ils sont devenus parents, ils savaient déjà comment faire », ajoute-t-il.
Catholiques pratiquants, ils assurent que leur choix ne relève pas d’un carcan intégriste, mais à chaque fois d’un désir
Dans un coin du salon sont rangés des instruments de musique. En ce début d’été, la famille répète tous les jours, au grand dam des voisins. Édouard et Charles au saxophone. Espérance et Marielle à la flûte traversière. Domitille à la clarinette. Pierre et Eugénie à la trompette. Ce mini-orchestre s’entraîne à jouer l’« Hymne à l’amour », d’Édith Piaf, et la « Valse n° 2 », de Chostakovitch, qui ouvrira le bal des mariés. Après quelques couacs, les morceaux se font plus harmonieux. « Il y a encore du travail », reconnaît Édouard en souriant. Jouer d’un instrument est une tradition familiale qui occupe les temps libres et les soirées. À Saint-Clément-des-Baleines comme à Sceaux, où se situe leur résidence principale, il n’y a ni télévision ni tablette, uniquement deux ordinateurs fixes à disposition en fonction des besoins. Pas de téléphone portable non plus en dessous de 15 ans, sauf en cas de voyage à l’étranger. Charles, 14 ans, en possède un depuis peu. L’adolescent est parti en séjour en Allemagne ces dernières semaines. « Pierre avait bloqué certaines applications », confie Marielle. Charles a voyagé seul pour retrouver les membres de la famille déjà installés sur l’île de Ré. « La clé, c’est de développer leur autonomie, explique Marielle. Dès le CP, ils préparent leur sac de piscine, et, en CE2, leur pique-nique. Ils se réveillent et prennent le train seul dès la 6e. Puis, c’est le baby-sitting, le soutien scolaire et l’encadrement de camps à l’étranger pour gagner leur argent de poche. »
Ils auraient pu choisir le rugby. Ils ont préféré la musique. Tous les enfants jouent d’un instrument.
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Mine sérieuse et flegme britannique, Pierre incarne le calme olympien. « Il a une rigidité structurante qui donne confiance, décrypte sa femme. C’est la force tranquille. » Ils se sont rencontrés alors qu’ils avaient la vingtaine et qu’ils étudiaient tous les deux en Angleterre. Lui est issu d’une famille de quatre enfants. Elle est l’aînée de trois. Se retrouver à la tête d’une telle tribu ne faisait pas partie de leurs projets. Ils ont d’abord eu des jumeaux, puis un autre garçon, une fille, à nouveau un garçon… « Nous n’avons jamais imaginé une telle trajectoire, avoue Marielle, mais nous avons toujours été acteurs de notre vie. » Catholiques pratiquants, ils assurent que leur choix ne relève pas d’un carcan intégriste, mais d’un désir à chaque fois renouvelé. « Chaque naissance est un cadeau : c’est la beauté, le mystère de l’existence », raconte Marielle. Leur histoire est aussi celle d’un couple amoureux qui a su se préserver. Chaque soir, alors que la maisonnée est endormie, ils s’accordent un tête-à-tête. « C’est essentiel, admet Marielle. Nous nous aimons comme au premier jour. Peut-être plus encore ! » Et comme si 14 êtres de chair et de sang ne suffisaient pas, Marielle a commis trois autres bébés de plume et de papier. Un premier livre, grand public : « Et ils eurent beaucoup d’enfants ». Un deuxième, sur son itinéraire spirituel : elle a découvert la foi à 20 ans. Le troisième, « Débordée ? Non merci ! », donne des conseils d’éducation. « J’en écris un nouveau, confie-t-elle. Un livre pour les 3 à 6 ans qui s’intitulera “Comment aider à la maison”. Coline en fera les illustrations. Une activité à laquelle Marielle se livre, l’après-midi, quand le mari et les sept enfants vivant encore sous leur toit travaillent ou sont à l’école. Il lui reste quelques années encore avant de souffrir du syndrome du nid vide, ce spleen qui atteint les parents quand leurs rejetons quittent le foyer pour voler de leurs propres ailes…