Charles Kaisin : "Je ne connais pas le mot ennui…"
Comment deviner qu'une telle demeure se cache dans cette avenue du bas de la ville de Bruxelles, à quelques pas du futur musée Kanal ?
Une porte cochère, des vélos en bataille. Un escalier sur la gauche. Et, dès les premiers pas, une atmosphère qui vous happe. Les yeux se perdent : des œuvres partout. Au sol, au plafond, sur les murs. Ça clignote ici, ça s'éclaire là-bas, ça bouge aussi. Un miroir vous aspire : on aurait envie d'y entrer. Il faut bien quinze minutes avant que l'hôte de ce lieu magique ait pris le temps d'expliquer qui a créé quoi. Puis l'on arrive enfin à l'immense table de la salle à manger. Par moments, elle s'ouvre pour laisser passer des troncs d'arbre qui s'élancent vers le plafond. Nous sommes chez Charles Kaisin et son mari. Charles a plusieurs vies, plusieurs métiers : designer, professeur, architecte, organisateur de dîners surréalistes. Son parcours, de Paris à Londres, au Japon, l'a nourri de mille influences qui irriguent ses créations. Notamment de somptueuses installations d'origamis qui ont orné les galeries Saint-Hubert, à Bruxelles, lors d'un précédent Noël. Charles K. donne le sentiment de n'avoir jamais la tête au repos. L'esprit tourne à toute allure, même quand il se plonge dès l'aube dans un bain froid. L'interrompre dans son ouragan de paroles ? N'y pensez pas. Il est le roi de la parenthèse, l'empereur du détour, le champion de la digression. Il faut écouter, tenter de suivre et parfois oser le couper pour espérer qu'il accepte enfin de revenir à votre question. C'est un personnage, ce Charles Kaisin, dont les talents sont davantage connus et reconnus à l'étranger. Notamment pour ses fameux dîners surréalistes. Un coup d'œil à son site suffit pour entrevoir le genre de fêtes qu'il imagine. Millionnaires, s'abstenir. Il faut quelques zéros de plus pour lui laisser libre cours à son imagination. Mais, surtout, ne le réduisez pas à cette activité. Il en a bien d'autres. Dont l'une dont il parle avec énergie : il a fait de la générosité une obligation. Bienvenue dans un monde à part, fantasque et foisonnant, où se mêlent art, culture, âme, esprit, création et douce folie.

Dans quelle famille avez-vous grandi ?
Je suis né dans une famille extrêmement aimante, à la campagne, dans le petit village de Devant-les-Bois, dans la commune de Mettet. J'ai eu beaucoup de chance parce que j'ai été élevé dans la nature, au rythme des saisons. À la maison, on mangeait les fruits et les légumes du jardin. Mon frère Christian est arrivé, puis moi onze mois plus tard. On a été élevés comme des jumeaux.
Votre prénom est Charles-Amour…
Oui, Amour parce que mes parents ont eu du mal à avoir des enfants. Et parce que mon grand-père s'appelait Amour.
Que faisaient vos parents ?
Mon père est de famille fils de ferme, il a travaillé chez Cockerill-Sambre, puis y est devenu chef magasinier. Il était très classique, je n'étais pas très proche de lui, mais j'ai eu beaucoup de chance de l'avoir. Mes parents nous ont élevés, mon frère et moi, avec comme leitmotiv la méritocratie : tu travailles, tu réussis, tu as droit à ceci ou cela. Maman a aussi été la meilleure coach, parce qu'elle a très vite compris que j'étais gay et s'est montrée toujours extrêmement soutenante. Elle avait un côté très indépendant et absolu. Elle avait de la consistance.
Votre coming out a-t-il été compliqué ?
Oui, bien sûr. Famille catholique, milieu conservateur, un petit village à la campagne. Je suis né en 1972, c'était une autre époque. Mais on a été élevé dans l'idée de voir toujours les choses de manière positive.
J'ai par la suite fait un vrai travail de psychanalyse à Londres, qui m'a permis de gagner beaucoup de temps dans la vie, de comprendre l'enjeu des choses, de comprendre qui je suis, de me réjouir d'avoir un côté créatif, de mettre des mots sur des sentiments et sur des émotions.
Avant de comprendre tout cela, quel enfant étiez-vous ?
Un enfant qui semblait très performant, mais dans son monde, avec cette impression profonde de ne pas connaître son mode d'emploi !
guillementJ'ai donc mis en place très rapidement des boucliers de défense : j'étais le premier de la classe, je faisais tout très bien. Pour me protéger.
Vous étiez très différent de votre frère Christian qui, lui, est devenu boucher…
J'adore mon frère, il ressemble plus à mon père, avec un côté chasseur-cueilleur (dans le sens néolithique) très affirmé, et il fait aussi plein de choses. Moi, j'ai appris à jouer du piano parce que je n'aimais pas avoir de la terre sous les ongles, c'était mon côté précieux – aujourd'hui assumé. J'ai donc mis en place très rapidement des boucliers de défense : j'étais le premier de la classe, je faisais tout très bien. Pour me protéger.
Mais vous aimiez quand même faire des cabanes dans les bois !
Oui, mais je les mettais dans les arbres, dans les airs, comme Le baron perché d'Italo Calvino.
Pourquoi deviez-vous vous protéger ?
Je ne savais pas qui j'étais, j'évoluais dans un milieu extrêmement catholique, dictant ce qui est bien et ce qui est mal. Mon homosexualité était un non-dit su. Heureusement, j'avais mon monde, je créais et j'avais le soutien de mes parents. J'ai joué du piano, de l'orgue, du violoncelle, j'ai terminé le Conservatoire de Dinant. J'adorais la musique.
Après avoir hésité avec la médecine, vous étudiez l'architecture à Saint-Luc…
Pour moi, la médecine était le plus beau métier du monde : sauver des vies. Mais j'ai choisi l'architecture à Saint-Luc, puis l'urbanisme. Le critique d'art Pierre Sterckx, que j'ai rencontré grâce à ma marraine de cœur, m'a ensuite conseillé de partir travailler dans des ateliers. J'ai postulé chez Tony Cragg en Allemagne et Jean Nouvel à Paris. J'ai eu la chance d'être accepté.
Comment avez-vous réussi à vous faire prendre en stage chez Jean Nouvel ?
Il faut de la volonté et de la persévérance ! J'ai demandé à tout le monde autour de moi, et me suis pointé, sans rendez-vous. La responsable de la bibliothèque de matériaux m'a dit d'un ton un peu cassant : "Pour rentrer chez nous, il y a trois possibilités : ou vous êtes le fils d'un bon client, ou vous êtes le prodige de la classe qui connaît tous les programmes informatiques, ou vous arrivez au bon moment". Je ne pouvais miser que sur la troisième possibilité. J'ai appelé 53 fois pendant deux mois. À la fin, Jean Nouvel m'a pris au téléphone et m'a dit : "C'est bon", sous-entendu "Ne m'ennuie plus" ! J'ai donc fait ce stage à Paris.
Vous avez été logé dans la famille Guerrand-Hermès…
Oui ! Via via des amis. Je devais y rester un week-end, je suis resté un an ! J'étais gêné, mais je n'avais pas eu le temps de chercher un autre logement : chez Jean Nouvel, je bossais du lundi au dimanche, de 9h du matin à 11h du soir. Quand il faisait un dessin, on était dix autour de la table, on notait, on enregistrait. En un quart d'heure, il pouvait citer cent références, c'était très impressionnant. L'idée ne jaillissait pas d'un geste formel, mais d'un faisceau d'informations, d'une rencontre d'éléments qui répondaient à une question de manière extrêmement précise.
Charles Kaisin, l'architecte et designer qui a érigé le rêve, la fantaisie et les petites choses en grands projets qu'on s'arracheAprès Jean Nouvel, vous passez dans l'atelier de Tony Cragg, en Allemagne, grâce à une bourse…
Tony Cragg est un sculpteur, qui travaille le carbone, le kevlar, le verre, différentes matières. Au fil de multiples rencontres, une dame collectionneuse m'a introduit auprès de l'artiste. La démarche a pris du temps parce qu'il fallait que je trouve des fonds. J'y ai fait mon stage spécialisé.

Après un an à la St. Martin's à Londres, vous passez deux ans au Royal College of Art, chez le designer de renom Ron Arad. Qu'avez-vous retiré de cette expérience ?
C'est l'une des écoles les plus intéressantes, en tout cas en Europe, parce qu'on a accès à de très nombreux ateliers, plus d'une quinzaine – de peinture, de verre, de métal, de bois, de céramique, etc. – 24h/24. C'était formidable, il n'y avait pas de limite : tout était possible ! Mais le premier exercice était éliminatoire, sur le thème "Que peux-tu faire en tant que designer pour influencer la vie des sans-abri dans la ville ?". Une semaine pour répondre. Je devais réussir. J'étais animé d'une forme d'instinct primaire. J'ai conçu un sac en recyclant des sacs en polyéthylène, avec une anse en tuyau. J'ai obtenu un prix grâce à cela. Ron Arad voulait que chaque étudiant soit passionné, entier, et qu'il choisisse une direction. J'ai opté pour travailler sur le thème de l'extension.
C'est de là que vient le fameux banc, K-Bench, qui vous a fait connaître ?
Oui. En fait, ce ne fut pas simple d'arriver seul à Londres. J'ai trouvé un logement mais je n'avais pas compris que le loyer, 220 £, était par semaine ! J'ai dormi dans des canapés, chez des copains,… Après deux mois, j'avais épuisé les économies avec lesquelles je pensais pouvoir vivre six mois. Je ne menais pourtant pas la grande vie. Raison pour laquelle j'ai commencé à travailler le recyclage : je n'avais pas les moyens d'acheter autre chose. Je me suis donc dit : "Faisons une force d'une faiblesse". Et j'ai travaillé chaque soir comme serveur dans un grand hôtel, le Dorchester, et participé à de nombreux concours de design pour gagner des sous. J'ai notamment créé un banc avec du papier journal : un an de Financial Times. J'ai collé les journaux, fait une structure en nid d'abeilles et tapissé. Et le premier prix m'a été attribué !
Parmi les concours, il y avait la bourse de la British Standards Institution (BSI) qui était importante, parce qu'elle permettait de financer des études où l'on voulait dans le monde. Il fallait que je l'aie pour pouvoir aller au Japon, qui me fascinait.
Pourquoi ?
À mes yeux, le Japon est le pays au monde où l'on a le plus grand sentiment d'appartenance et de sécurité. Le Japon, c'est la poésie à l'extrême, la perfection, les rituels. J'ai réalisé une sphère rouge et mis en place un mécanisme avec l'aide d'un ami étudiant ingénieur pour que, dès qu'elle touche une paroi, elle s'ouvre et un cube en sorte. Il y avait donc six faces à ce cube, chacune exprimait une des raisons pour lesquelles je voulais tant aller au Japon. J'ai imploré la terre entière pour que cela marche : la boule s'est ouverte et j'ai eu le prix. J'ai été accepté à l'Université des arts de Kyoto. J'habitais dans 9 m², c'était comme un conteneur, mais avec une grande fenêtre qui donnait sur un champ de kakis, un paysage à l'infini.
Et vous vous faites remarquer dès le départ…
La première semaine, on nous a demandé de créer autour de la question "Comment représenter en tant que designer le territoire ?". Et j'ai fait quelque chose de complètement surréaliste. On avait chacun un bureau et, un jour, j'ai renversé du thé par terre. En nettoyant, je me suis rendu compte que le linoléum, gris clair à l'origine, était devenu presque noir – ce qui est normal dans un atelier. Pendant deux jours, j'ai nettoyé avec du Cif tout autour de mon bureau. Je voulais montrer qu'on pouvait déterminer un espace par une couche tellement fine, en enlevant peut-être un dixième de millimètre. Un des professeurs m'a dit : "Tu as osé !" Je ne voulais pas les offenser, d'autant que tout est très propre au Japon. J'ai quand même dû expliquer ma démarche auprès du recteur de l'université. Et il se fait qu'on est devenus proches au fil du temps. Grâce à cela, j'ai eu les clefs de l'amphithéâtre pour y jouer quand je voulais sur le très beau piano à queue.
guillementJe ne voulais pas les offenser, d'autant que tout est très propre au Japon. J'ai quand même dû expliquer ma démarche auprès du recteur de l'université.
Qu'avez-vous fait à votre retour en Belgique ?
J'ai créé, dans mon atelier, à Uccle puis à Bruxelles, où j'ai acheté ma maison, celle que j'habite encore aujourd'hui. J'ai dû vendre mes cinq petits dessins de René Magritte pour cela. J'en avais acquis – un chaque année, que je payais en plusieurs fois auprès de la Galerie d'Isy Brachot, pendant mes études d'architecture, en travaillant très dur pendant les vacances pour les avoir. Ils étaient petits… Pierre Sterckx m'a dit alors : "Charles, tu as une jolie collection de timbres-poste de Magritte…" Je n'en ai pas dormi pendant deux jours. C'était le seul patrimoine que j'avais, je l'ai tenu très secrètement, je ne le partageais avec personne, j'en avais la jouissance en les regardant, dans ma chambre. Je connaissais l'histoire et les références de chacun de ces dessins.
Quels projets professionnels se mettent en place alors ?
Je mène beaucoup de projets en parallèle pour être sûr que l'un aboutisse et, finalement, tous aboutissent ! Un homme d'affaires, qui est devenu un ami, m'a proposé de dessiner de A à Z son hôtel, Almaha, dans la médina de Marrakech. J'ai fait tout un travail de livre plié en rapport avec un poème de Baudelaire, L'Invitation au voyage. J'ai tout dessiné dans le lieu, non seulement l'architecture mais aussi le mobilier, les lustres, les objets, en valorisant l'artisanat.
"On essaie de rendre l'impossible possible"
Une autre facette de votre travail est la conception et la réalisation de dîners surréalistes. Comment l'idée est-elle née ?
Je voulais remercier la famille Hermès, qui m'avait hébergé et soutenu pendant mon stage chez Jean Nouvel, et aussi de nombreuses personnes qui ont toujours cru en moi. Je les ai invitées pour un dîner pas comme les autres, lors de la foire d'art Art Brussels. J'ai conçu quelque chose de différent : à l'arrivée de chaque invité, un oiseau était lâché en liberté. Il volait et se posait sur une branche d'un des arbres ornant la table de la salle à manger, une table arbre qui existe toujours et que j'avais dessinée pour l'événement. J'ai invité une soprano de la Chapelle musicale. Pierre Marcolini avait préparé le dessert. Ce fut un événement inattendu, car déclencheur de plein d'autres projets. S'en sont suivies de belles histoires de rencontres. Grâce au bouche-à-oreille, j'ai eu de nombreuses demandes en Belgique, et surtout à l'international.
Les dîners surréalistes, péchés mignons de Charles KaisinVous en organisez plusieurs par an. Quel est le concept de ces dîners surréalistes ?
Je suis un passionné de René Magritte. J'aime cultiver ce côté surréaliste qui s'est transformé en créant un thème différent et spécifique à chaque fois, en fonction de la demande du client et en essayant que chaque instant soit un moment d'étonnement, de curiosité. C'est l'idée qu'il se passe des choses tout au long du dîner. Le concept est total, tout est original, souvent créé pour l'événement : les serviettes, les nappes, parfois les couverts ou les verres. Tout doit être surprenant. Un soin particulier est accordé au service. Les serveurs, un pour deux convives, changent de costume pour chaque plat. Il y a des interludes entre chaque mets, pour permettre les changements de costumes.
guillementIl doit se passer des choses tout au long du dîner. Le concept est total, tout est original, souvent créé pour l'événement. Tout doit être surprenant.
Donc, tout est possible ?
On essaie de rendre l'impossible possible ! Notamment par la découverte de lieux inattendus. Nous avons réalisé des dîners dans une piscine, sur le toit d'un gratte-ciel, dans une station de métro, dans une église… Et aussi, dernièrement, un dîner à l'Opéra Garnier à Paris avec des milliers de roses.
Autre soirée, dans un parking, pour une marque de parfum cette fois. Nous y avons organisé un dîner, au cours duquel chaque plat était servi à un niveau différent. Il y avait cinq niveaux : le cocktail au rez, l'entrée au premier étage, le plat au deuxième, le dessert au troisième et la soirée dansante au dernier étage. Il est important de comprendre que tout ceci s'est fait petit à petit, c'est une vraie construction.



Pouvez-vous citer un nom de client ?
Nous avons organisé l'anniversaire de la chanteuse Cher. Une femme incroyable.
Si certains lecteurs sont intéressés, quel est le délai pour réaliser un projet ?
Minimum trois mois. Mais nous travaillons déjà sur des projets en 2027 et 2028.
Malgré tout ce faste, on vous dit généreux. Comment se traduit votre générosité ?
À titre personnel, je soutiens plusieurs projets caritatifs. L'an dernier, nous avons, par exemple, aidé à financer un centre de réhabilitation à Kiev, grâce la fondation de l'hôpital Saint-Pierre, avec le soutien de la Ville de Bruxelles. La Fondation Saint-Pierre fait un boulot incroyable depuis le tout début de la guerre en Ukraine. Je soutiens aussi la musique, comme la Chapelle musicale Reine Elisabeth, et d'autres associations, comme l'Association mondiale des amis de l'enfance, dans laquelle je suis très actif.
Bruxelles inondée d'origamisVous ne créez pas que les dîners…
L'organisation de ces dîners ne représente en effet qu'une partie de mes activités. Par ailleurs, je donne encore un cours d'architecture à l'université.
Que souhaitez-vous transmettre à vos étudiants ?
La passion, la persévérance.
En tant que designer, vous avez notamment dessiné la bouteille Bru…
Oui, j'ai beaucoup aimé réaliser des objets qui peuvent être acquis par tout un chacun. Et, dans les nouveautés, j'ai aussi accepté la direction artistique d'une maison qui existe depuis plus de 70 ans : la bijouterie Polomé. Il y a quatre ans, j'ai commencé par dessiner une bague à la demande de Baptiste Polomé, troisième génération. À présent, je travaille avec son équipe. Ils m'ont proposé la direction artistique de toutes les collections. Ils ont ouvert des boutiques à Charleroi, Waterloo et Knokke. C'est très excitant et je viens de sortir une première collection de bijoux qui s'appelle Origami, une collection où chaque élément est lié au mouvement.
"Tous les matins, au lever, je prends un bain froid"
Les journées n'ont pourtant que 24 heures…
J'ai eu l'immense chance de rencontrer mon mari qui me soutient beaucoup. Et mon équipe est dynamique, fantastique, pleine de jeunes qui arrivent en fonction des différents projets, dans les différents pays.
Avez-vous connu des échecs ?
Sans doute que oui, comme tout le monde, mais je fais tout pour les rendre positifs.
Avez-vous peur de l'ennui ?
Je ne connais pas le mot.
Quand les lumières s'éteignent après un grand événement, que reste-t-il de Charles Kaisin ?
La satisfaction d'avoir essayé de rendre les gens heureux.
Et si vous étiez dans l'impossibilité de créer pendant un an ?
Impossible ! Ça me fait mal, rien qu'à l'idée d'y penser.
Comment vous ressourcez-vous ?
Je citerai trois moments. D'abord, en étant entouré de personnes que j'aime et qui ont de bonnes énergies. Ensuite, dans la nature. J'adore me balader, découvrir les saisons. Et enfin, cette habitude quotidienne : tous les jours, au lever, je prends un bain froid. C'est devenu un rituel.
guillementJe pense que chaque personne a une force, une singularité qui mérite d'être développée et révélée.
En qui ou en quoi croyez-vous ?
En la vie ! Je crois en l'individu. Je pense que chaque personne a une force, une singularité qui mérite d'être développée et révélée. Et l'on ne valorise pas assez cela dans notre enseignement. Que ce soit par des métiers manuels, par l'artisanat, chaque métier est un savoir-faire qu'il faut faire savoir !
Pensez-vous à la mort parfois ?
Oui et non : quand j'étais enfant, j'avais une sorte d'instinct vital, que je n'ai pas choisi. Et, il y a six ans, j'ai failli mourir à cause d'une bactérie au cœur. J'ai été opéré. À certains moments, j'ai eu ce sentiment d'avoir touché la mort, ce qui m'a permis, évidemment, de relativiser plein de choses.
Qu'y a-t-il après la mort ?
Mystère.
Êtes-vous un homme heureux ?
Oui, j'ai beaucoup de chance.

Du côté de chez Proust
Quelle est votre vertu préférée ?
La curiosité.
La qualité que vous préférez chez un homme ?
J'aime la générosité chez l'homme et la femme. Si l'on veut vraiment faire la distinction entre les deux, j'aime beaucoup l'autonomie chez la femme. L'autonomie de pensée, et aussi l'autonomie matérielle.
Quel est votre principal défaut ?
L'impatience.
Votre principale qualité ?
La persévérance, l'endurance.
Avez-vous un rêve de bonheur ?
Continuer à faire ce que je fais.
Quel serait votre plus grand malheur ?
Perdre la personne que j'aime.
Quel est votre auteur préféré ?
Borges, parce qu'il plonge dans un labyrinthe et développe l'infini.
Votre compositeur préféré ?
Bach, parce qu'il rend invisible l'architecture du monde à travers la musique, et il invente le contrepoint. Pour moi, c'est la base du jazz et de plein d'autres genres de musiques.
Dans la fiction, quel est votre héros préféré ?
Je n'aime pas trop la fiction, mais j'adore les Schtroumpfs.
Quelle est la faute chez les autres qui vous inspire le plus d'indulgence ?
L'erreur commise de bonne foi.
Avez-vous une devise ou une phrase qui vous inspire ?
Plutôt un petit texte de Jules Romain, que je connais par cœur, extrait du livre Pour raison garder. "Dans toute l'histoire de l'esprit humain, l'étonnement a joué un rôle considérable et déployé de précieuses vertus. Non qu'il ait été suffisant ; mais il a été indispensable. C'est parce qu'un homme, ou plusieurs, se sont étonnés de certaines absurdités ou improbabilités choquantes admises autour d'eux que des progrès ont été faits dans la connaissance de la réalité. Il faut, bien entendu, que l'étonnement devienne actif, qu'il n'ait pas honte de lui-même, qu'il ose demander des comptes. Et, s'il n'a pas à s'incliner devant des croyances traditionnelles, il n'a pas non plus à désarmer devant des théories neuves ou des hypothèses, pour la seule raison qu'elles sont neuves ou bouleversantes."
Cinq dates
5 décembre 1972 : naissance à 13h30.
Août 2000 : études à Kyoto, à l'Université des arts.
2002 : sortie du sac Basket Chez Delvaux, début de mes projets comme designer.
Avril 2009 : Premier Dîner surréaliste, à Bruxelles.
Mars 2020 : Origami for life, pendant le Covid, un projet participatif pour soutenir les soins de santé à Bruxelles. De nombreux projets origamis en découleront.
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