Carnet de campagne | Chaussure à son pied
Clin d’œil presque obligé à chaque visite protocolaire chez le maire de Québec, le port des souliers de course fait désormais partie de l’étiquette non écrite à l’hôtel de ville. La scène se répète à chaque cérémonie d’accueil : pendant que Bruno Marchand attend à la porte de la mairie, les dignitaires attendus exécutent quelques enjambées sportives vers lui en exhibant fièrement leurs godasses parfois fraîchement sorties de leur boîte.
Chaque fois, le visiteur ou la visiteuse prend bien soin de souligner, devant les caméras présentes, l’originalité du gant qui habille ses doigts de pied. Quand Bruno Marchand et ses espadrilles colorées faisaient leur apparition sur la scène politique, le geste comportait une certaine nouveauté. Maintenant que la première année de son second mandat achève, ce cérémonial se rapproche désormais dangereusement du cliché.
Ruba Ghazal a décidé de faire une entorse à cette diplomatie du jogging, jeudi, lors d’une visite au maire de la capitale québécoise. La co-porte-parole de Québec solidaire (QS) a plutôt opté pour des Sorel blanches à semelle compensée, bien plus propices, à première vue, au confort — lorsqu’il faut rester debout lors de longs points de presse — qu’aux prouesses sur une piste d’athlétisme.
La bonne entente entre la leader solidaire et le maire de Québec ne dépend pas de ce qui soutient la cheville, assure Ruba Ghazal. Immigration, transport collectif, TGV : sur ces dossiers, Bruno Marchand peut « toujours trouver un allié » en QS.
« On se bat, a-t-elle lancé à la sortie de sa rencontre. On est des gens de cœur, de conviction. »
Ruba Ghazal portait les mêmes souliers lorsqu’elle a évoqué, quelques heures plus tard, ses premiers pas en sol québécois à l’âge de 10 ans et demi.
« C’est grâce à toutes les personnes qui m’ont tendu la main, qui m’ont ouvert les bras, qui m’ont fait comprendre que le Québec m’appartient à moi aussi, que je suis devenue indépendantiste », a souligné la solidaire. Son parti annonçait la marche qu’il propose de réaliser pour atteindre la souveraineté — une lignée d’arrivée qui se franchit, pour QS, bien mieux avec des mains tendues et des bras ouverts que des pieds bien chaussés.