“Comme en temps de guerre”: la canicule provoque un afflux d’animaux en détresse dans les centres de soins
À cause de la canicule, le Centre de soins pour la faune sauvage d’Oudsbergen, dans le Limbourg, bat des records à cause de la canicule, avec parfois plus de 200 animaux en détresse accueillis en une seule journée. Les martinets et les hérissons sont tout particulièrement touchés par la chaleur. “Nous prions vraiment tous pour qu’il pleuve”, expliquent les responsables de ce centre de référence en Europe.
Esther De Leebeeck, Kevin Dupont
Source: HLN
17 juillet 2026, 12:55
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Au Centre de soins pour la faune sauvage (Natuurhulpcentrum) d’Oudsbergen — le plus grand d’Europe avec 22 employés permanents, 180 bénévoles et 12.000 animaux sauvages recueillis chaque année —, les personnes ramenant des animaux blessés ou affaiblis défilent sans cesse. Ici, pas de chiens ou de chats, mais uniquement des animaux sauvages.
Actuellement, 2.400 animaux sont pris en charge ici. Il n’y en a jamais eu autant, explique le directeur Frederik Thoelen (40 ans), qui précise que son équipe a même dû installer un ordinateur supplémentaire pour pouvoir enregistrer tous les animaux. “L’été est par définition la période la plus chargée de l’année. Mais avec cette vague de chaleur, nous battons tous les records. Fin juin, plus de 200 animaux ont été amenés en une seule journée. Jamais nous n’avions connu ça. En temps normal, nous en accueillons en moyenne 70. Avant, on s’écriait encore dans notre groupe de discussion: ‘Quelle journée de folie, 100 animaux’. C’était une exception. Aujourd’hui, ce nombre est atteint durant tout l’été. Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles les jeunes animaux peuvent se retrouver en détresse, mais actuellement, la chaleur est la principale cause.”
Dans son centre figurent notamment des martinets noirs, des chauves-souris naines et les hérissons. “Vous voyez: les cages se remplissent les unes après les autres. Nous avons dû commander 50 cages supplémentaires pour accueillir tous les animaux. Il est rare que nous ayons 16 chauves-souris naines ici. Elles vivent dans les greniers et sous les toits des maisons, mais les gens l’ignorent souvent. Or, en raison de la chaleur, elles s’introduisent désormais chez les particuliers. Nous leur avons construit une cage spéciale ici.”
La vague de chaleur coïncide également avec la saison de nidification des jeunes martinets. “Ils nichent également sous les toits, où il fait souvent encore très chaud. S’ils sont trop petits, ils ne peuvent pas sortir du nid. S’ils sont trop grands, ils s’envolent. Mais là, ils se trouvent justement dans cette phase intermédiaire: ils sont assez forts pour ramper et sautent donc hors du nid pour échapper à la chaleur. C’est ainsi qu’ils se cassent les ailes. Avec des soins adaptés, la plupart d’entre eux s’en remettent. Actuellement, nous avons une quarantaine de martinets ici.”
Dans un tel contexte, le Centre de soins pour la faune sauvage manque de personnel, explique Frederik. “Nous avons trois équipes par jour. Ce n’est donc pas facile de toujours trouver suffisamment de monde. Surtout que pour chaque animal qui nous est amené, il faut compter trois appels téléphoniques pour traiter d’autres problèmes. Les gens nous appellent pour tout: des soucis avec des martres, des chatons trouvés, la possibilité de nourrir des oiseaux, etc. Il faut aussi du personnel pour s’occuper de tout ça. Nous réorganisons les plannings chaque semaine. Nous sommes actuellement 50 ici, mais l’idéal serait d’être 60, voire plus. C’est presque comme en temps de guerre: nous devons y arriver, et nous y parvenons, mais c’est très difficile.”
Les animaux blessés ou affaiblis sont d’abord conduits dans une sorte de salle d’attente qui, au moment d’écrire ces lignes, abrite environ sept cartons contenant des oiseaux et des hérissons. Toutes les dix minutes, un vétérinaire s’y rend pour classer les animaux par catégorie de risque. Le rouge correspond par exemple à la grippe aviaire, le vert à la chaleur. Actuellement, ce sont surtout les hérissons qui sont amenés en raison de la chaleur. Environ 2.000 hérissons arrivent désormais ici chaque année, alors qu’il y en avait encore environ 1.000 il y a cinq ans.
“Ils ont du mal à se nourrir à cause de la chaleur”, explique Frederik. “Ils se nourrissent d’invertébrés tels que les escargots, les vers et les larves de coléoptères. Mais les vers de terre sont trop enfouis et les escargots se cachent, ce qui les affaiblit et les déshydrate. Nous recevons donc des hérissons vraiment maigres comme des clous. À cela s’ajoute une certaine ‘maladie des hérissons’ – nous en avons déjà recueilli des milliers à cause d’elle – qui sévit au sein de la population et provoque de graves blessures. Cette maladie empêche les petites plaies de cicatriser, ce qui permet aux mouches d’y pondre leurs œufs. Récemment, par exemple, nous avons recueilli un hérisson à moitié dévoré par des asticots, complètement déshydraté, mais qui était encore en vie. Nous devons souvent les euthanasier car ils sont irrécupérables. Il est peu probable qu’un animal dans cet état puisse encore survivre.”
Hérisson sans épines
Le personnel est très occupé, à l’image de Marjo Stieners, assistante vétérinaire, qui s’occupe d’un hérisson blessé qui tremble sans cesse. “Nous recevons beaucoup de hérissons adultes qui sont tout simplement épuisés par le manque d’eau et de nourriture”, explique-t-elle tout en appliquant de la pommade sur une plaie ouverte. Ces plaies doivent être nettoyées et soignées deux fois par jour. “Cela permet à de nombreux hérissons de guérir. Mais pour l’instant, ils ne peuvent pas être relâchés tant qu’il fait aussi chaud. Nous prions tous pour qu’il pleuve.” L’un des hérissons n’a même plus d’épines. “Je n’ai jamais vu ça de toute ma carrière”, s’étonne Marjo. “Mais cela est dû à une maladie, pas à la chaleur.”
Les écureuils, les moineaux, les martinets et les hérissons sont souvent placés à plusieurs dans de petites cages, mais c’est un choix délibéré, explique Frederik. “Les jeunes animaux sauvages sont souvent sensibles au stress. Il vaut donc mieux qu’ils soient dans un endroit petit, calme et sombre.”
Beaucoup de personnes font un long trajet en voiture pour amener les animaux sauvages en détresse. “Pouvez-vous me tenir au courant pour savoir si l’oiseau s’en sortira?”, demande par exemple une femme après avoir déposé un rouge-gorge. Heureusement pour elle, chaque animal reçoit un numéro qui permet de prendre à tout moment des nouvelles par e-mail.
Le refuge accueille également des renards, des sangliers et des chevreuils. Les équipes interviennent 360 fois par an à la suite d’accidents impliquant un chevreuil, mais ces animaux supportent bien la chaleur. “Ce sont des animaux très mobiles, ils parviennent à trouver de l’eau”, explique Frederik.
La capacité maximale du centre est-elle déjà atteinte? “C’est difficile à dire”, répond Frederik. “S’ils appellent demain pour 100 oiseaux, on arrivera à les accueillir. Mais 100 hérissons supplémentaires, ce ne sera plus possible”, conclut-il.