Comment les Houthis parviennent-ils à attaquer l’Arabie saoudite aussi efficacement?

Comment les Houthis parviennent-ils à attaquer l’Arabie saoudite aussi efficacement?
De la fumée s’élevant depuis la raffinerie d’Aramco, au sud de Riyad, en Arabie saoudite, le 3 octobre 2026. © REUTERS

L’Arabie saoudite a intercepté plusieurs missiles houthis, mais des failles ont été mises en évidence dans ses mécanismes de défense. Des frappes ont ainsi touché l’aéroport de Riyad et le siège social de Saudi Aramco. Selon les experts, les Houthis auraient bénéficié d’une formation aux armes de la part de l’Iran et auraient diversifié leurs chaînes d’approvisionnement. En parallèle, l’immensité du territoire saoudien complique la tâche de Riyad.

Kevin Dupont

Source: Reuters

16 octobre 2026, 07:12

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Les militants houthis, qui contrôlent le nord-ouest du Yémen, ont attaqué la semaine dernière l’aéroport international de Riyad et ont frappé le siège social de Saudi Aramco, la plus grande compagnie pétrolière au monde, lors d’attaques aériennes qui ont mis en évidence la vulnérabilité de l’Arabie saoudite face aux menaces de son ennemi voisin.

Le siège social de la Saudi Arabian Oil Company (Saudi Aramco) à Dhahran. © AFP

Ces attaques brisent l’illusion selon laquelle l’Arabie saoudite serait un lieu sûr pour les investissements internationaux, alors même que le pays tente d’attirer les capitaux étrangers et de diversifier son économie au-delà du pétrole.

Selon des experts en armement et en affaires régionales, ce scénario catastrophe pour un allié clé des États-Unis dans le Golfe couve depuis des années. Ils attribuent la vulnérabilité de l’Arabie saoudite face à un groupe hétéroclite de combattants yéménites à une conjoncture désastreuse de facteurs, parmi lesquels l’aide apportée par Téhéran aux Houthis pour leur permettre d’atteindre une quasi-autosuffisance dans la production et le déploiement d’armes sophistiquées, ainsi que l’impact de la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran, qui a épuisé les stocks de missiles intercepteurs.

Un conflit à l’échelle régionale

L’Iran fournit depuis plus d’une décennie des armes, de l’argent et une formation aux Houthis, officiellement connus sous le nom d’Ansar Allah, bien que Téhéran ait nié armer les Houthis en violation d’un embargo sur les armes décrété par l’ONU.

Alors que l’Iran est lui-même confronté à des difficultés financières et militaires dues à la guerre et aux sanctions, les Houthis ont appris, avec l’aide de l’Iran, à fabriquer leurs propres armes, notamment des drones et des missiles, ont déclaré les experts interrogés par Reuters.

Des combattants houthis, à Sanaa le 7 octobre 2026. © AFP

“Ce sont les Gardiens de la Révolution iraniens et des membres d’un autre allié de l’Iran, le Hezbollah libanais, qui ont initialement transmis aux Houthis les connaissances relatives aux systèmes de missiles et à leur fonctionnement”, a déclaré Andreas Krieg, maître de conférences en études de sécurité au King’s College de Londres. “D’anciens ingénieurs militaires yéménites et une nouvelle génération de spécialistes formés sur place ont contribué à institutionnaliser ces capacités”, a-t-il déclaré. “Téhéran ne s’est pas contenté de fournir des armes aux Houthis. Il a contribué à mettre en place un processus d’apprentissage militaro-industriel local qui devient de plus en plus difficile à démanteler, même si les voies d’approvisionnement directes iraniennes sont interrompues.”

“L’Iran a appris aux Houthis à pêcher”

Selon des analystes iraniens, les Houthis sont ainsi devenus l’un des mandataires militaires les plus rentables et les plus précieux de l’Iran. “Les Gardiens de la Révolution ont fait preuve de clairvoyance. Ils ont envisagé ce qui se passerait si les Houthis ne pouvaient pas recevoir directement de matériel ou des armes d’Iran, ou si ceux-ci étaient saisis par les forces alliées aux États-Unis”, a déclaré Hamid Nikou, ancien conseiller politique du Corps des Gardiens de la Révolution islamique iranien.

Hamid Nikou ajoute que cette stratégie consiste notamment à enseigner aux Houthis comment assembler des pièces à double usage pour fabriquer des drones, voire des missiles balistiques. “L’Iran a en quelque sorte appris aux Houthis à pêcher”, explique-t-il.

Un drapeau iranien brandi lors d’une manifestation houthie à Sanaa, le 20 juin 2025. © AFP

La coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite, qui combat les Houthis au Yémen, affirme avoir intercepté plusieurs missiles tirés par les Houthis en direction de villes saoudiennes et avoir détruit 127 sites de stockage d’armes et plates-formes de lancement appartenant aux Houthis. Le porte-parole de la coalition, Turki al-Maliki, a déclaré lors d’une conférence de presse que les Houthis s’étaient procuré, avec l’aide d’“acteurs régionaux”, des technologies militaires de pointe, notamment des missiles balistiques, des drones et des vedettes rapides chargées d’explosifs.

Le soutien de la Chine

L’un des principaux atouts des Houthis dans la fabrication de leurs propres armes réside dans le fait qu’ils ne dépendent pas uniquement d’équipements de fabrication iranienne ou d’importations en provenance d’Iran. L’organisation Conflict Armament Research a indiqué cette semaine dans un rapport que les Houthis tentaient de fabriquer des missiles balistiques de moyenne portée de dernière génération à partir de pièces expédiées depuis la Chine, après que le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale eut saisi l’une de ces cargaisons.

“La Chine s’est imposée comme une source commerciale particulièrement importante, tandis que l’Iran continue de fournir une technologie militaire spécialisée, un savoir-faire technique et des composants difficiles à se procurer sur le marché”, a déclaré M. Krieg.

Les Houthis se sont également lancés dans l’expérimentation de l’intelligence artificielle afin d’améliorer l’efficacité de leurs armes. Anthropic a déclaré le mois dernier qu’“une cellule d’acteurs malveillants basée dans le nord du Yémen” avait utilisé son assistant IA Claude pour contribuer au développement d’un logiciel destiné à un missile guidé, d’un missile balistique dont la portée prévue dépasse les 2.000 km et d’une variante de missile intégrant un véhicule planant hypersonique.

Le chatbot Claude serait utilisé par les Houthis. © NurPhoto via Getty Images

Fatigue et pénurie

Alors que les Houthis ont amélioré leur production d’armes, les alliés des États-Unis dans la région voient leurs défenses aériennes mises à rude épreuve depuis le début de la guerre, qui a éclaté lorsque les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran fin février. Les États-Unis ont utilisé une grande partie des missiles intercepteurs qu’ils ont déployés dans la région pour protéger leurs bases et leurs alliés, parmi lesquels figurent Israël et les pays du Golfe, laissant ainsi certains d’entre eux vulnérables, notamment l’Arabie saoudite.

“L’Arabie saoudite, en termes de sophistication de ses forces armées et de développement d’un réseau intégré de défense aérienne, n’est pas encore vraiment au niveau d’Israël ou de l’Ukraine, et elle a une tâche très difficile à accomplir”, a déclaré Farzan Sabet, expert du Moyen-Orient à l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève. “L’immensité du territoire saoudien rend la défense contre les attaques aériennes plus difficile que celle d’Israël ou d’une base américaine”, a-t-il déclaré.

Douze ans d’expérience de la guerre

Les Houthis ont pour leur part tiré les leçons de la recrudescence de la violence dans la région ces dernières années, a ajouté M. Sabet. La guerre civile au Yémen, qui opposait les Houthis aux forces soutenues par l’Arabie saoudite depuis 2014, a abouti à un cessez-le-feu précaire en 2022. Mais après l’offensive israélienne contre Gaza en 2023, qui a fait suite à des attaques meurtrières menées par le Hamas contre Israël, les Houthis ont commencé à tirer des roquettes sur Israël et à prendre pour cible le trafic maritime en mer Rouge.

Les répercussions de la guerre entre les États-Unis et l’Iran cette année ont ravivé la guerre civile au Yémen, alors que les Houthis avaient déjà développé de nouvelles capacités. “Ils ne sont pas restés les bras croisés”, a déclaré Sabet. “Ils ont essentiellement diversifié leurs chaînes d’approvisionnement. Et à mesure qu’ils acquièrent de l’expérience opérationnelle, ils parviennent à rendre ces armes plus sophistiquées.”

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